« C’est (…) une guerre de l’eau qui démarre”. Une guerre de l’eau ! Qui tient ces propos ? Un écoterroriste, comme dirait Gérald Darmanin ? Non. Le réseau France Urbaine, l’association qui regroupe les grandes villes et les agglomérations. Elle regroupe des élus locaux de tous bords. Dans les villes moyennes, les petites villes, à la campagne, l’inquiétude est la même.
Une autre réaction ? A votre avis, qui dénonce, “un accaparement sans contrepartie, sans contrainte, et sans limite de ressources” ? Des militants de la décroissance ? Non. Le Medef ! Le mouvement patronal défend le partage de l’eau, pour les collectivités, les communes, mais aussi les entreprises. Je pourrais citer aussi la gauche, les écologistes, les défenseurs de l’environnement, les plus mobilisés.
L’objet de leur inquiétude, à tous ? La loi d’urgence agricole, votée au SénatOuverture dans un nouvel onglet il y a quelques jours et qui reviendra au Parlement jeudi prochain. Sept députés et sept sénateurs vont essayer de se mettre d’accord, au sein d’une CMP, une commission mixte paritaire. Ils sont à la la recherche d’un texte commun, sur ce sujet qui déchire les élus : les mesures pour l’agriculture, et ici, les mesures qui concernent l’eau, l’accès à l’eau, et sa qualité.
Le Sénat à l’offensive
Au nom des agriculteurs, de leurs besoins, au nom de la souveraineté alimentaire, le Sénat a pris des mesures radicales, comme le réclamait la FNSEA. Il veut bouleverser la gestion de l’eau en France. Sauf que nous sommes en pleine sécheresse – une sécheresse dramatique cet été. Les nappes phréatiques baissent à vue d’œil. Les incendies se multiplient. Ce débat devient terriblement concret.
Regardez les mesures adoptées au Sénat. Elles mettent les agriculteurs, ou plutôt une partie d’entre eux, au centre du dispositif, et au détriment de l’environnement. Les stockages d’eau ? Le Sénat veut les doubler. La protection des zones humides ? Affaiblie. La gouvernance de l’eau ? Réformée, pour faire plus de place aux exploitants. Les agences de l’eau ? Elles changeraient de tutelle. Les voilà confiées aussi au ministère de l’agriculture, à Bercy, et plus seulement au ministère de l’Ecologie. L’eau est-elle encore un bien commun ?
Les agriculteurs ont besoin d’eau, évidemment. Ils sont en plein désarroi. Leur avenir s’assombrit. Pour eux, à chaque fois, la sécheresse est terrible. Elle va l’être de plus en plus. Avec ces mesures, leur avenir sera-t-il meilleur ? Même pas. La loi va-t-elle les aider ? Non. Lisez la tribune de cinq anciens ministres de l’agriculture, dans Le Figaro. Des socialistes et des macronistes : « Sans véritable politique de préservation (…) il n’y aura demain ni irrigation, ni élevage, ni agriculture viable ».
La préservation de l’eau, voilà l’enjeu. Pour tous les acteurs, pour tous les agriculteurs. Et pas seulement pour une partie d’entre eux. L’irrigation concerne seulement 6% des surfaces agricoles, avec d’énormes disparitésOuverture dans un nouvel onglet : à lui seul, le maïs représente un tiers des surfaces irriguées.
Une fuite en avant
La semaine prochaine, le débat sera tendu. Les mesures votées au Sénat seront-elles maintenues ? On connaît les positions de la droite, du RN, de la gauche, des écologistes. La question, c’est le bloc central, ou l’ancien bloc central, et notamment le parti de Gabriel Attal. Les députés macronistes sont très divisés. Que vont-ils faire ? Le gouvernement aussi est embarrassé.
D’autant plus que, dans le texte du Sénat, d’autres mesures menacent l’environnement, notamment le retour du fameux acétamipride. Il concerne l’eau, lui aussi, sa qualité. Chaque année, en France, on doit abandonner une centaine de captages, à cause de la pollution.
Le Parlement va-t-il regarder ces sujets en face ? Tous les besoins en eau ? Et aussi la biodiversité ? Hier, en pleine sécheresse, le Haut Conseil climat a livré son rapport annuelOuverture dans un nouvel onglet. Il réclame “des mesures de court terme afin d’organiser sans délai la sobriété hydrique en agriculture, et la concertation pour la gestion de l’eau”. Sobriété, concertation… Une partie du monde politique prend le virage, comme si confisquer l’eau allait régler nos problèmes. Une solution ? Non. Une fuite en avant.
Source:
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