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Climatisation : un faux débat ?

Un problème, une solution ! Le problème ? La canicule. La solution ? La climatisation… Nous suffoquons et Marine Le Pen propose un « plan massif de climatisation ». Il y a encore trois ans, la députée du Pas-de-Calais estimait que les spécialistes du climat, les experts du GIEC, étaient « très, très alarmistes ». Elle ne le dit plus. Elle parle maintenant de « santé publique ». Sa solution, donc ? La climatisation.

Et voilà le débat relancé, comme l’été dernier, pendant des heures, sur les plateaux télé – des plateaux climatisés. Pour ou contre la clim. Jean-Luc Mélenchon, en désaccord. Son argument : « climatiser massivement, ça veut dire augmenter les dégâts ». Ou l’écologiste Marine Tondelier. La clim ? « Ni un tabou, ni une réponse à tout ».

Partons de la réalité, de ces températures inédites, de ces bâtiments parfois invivables. Oui, la climatisation peut nous aider. Parfois, elle est précieuse. Elle nous soulage. D’après l’ADEME, l’agence de maîtrise de l’énergie, un logement sur quatreOuverture dans un nouvel onglet est maintenant équipé, dans une pièce ou davantage.

Un débat stérile

Cela fait-il de la clim une réponse politique ? D’abord, il ne faut pas oublier tous ses mauvais côtés. La pollution, même si on a fait de gros progrès. La chaleur qu’elle génère, même si c’est très inégal. Et bien sûr, l’électricité qu’elle consomme. La clim donne aussi un coup de chaud… aux factures.

Et surtout, pendant qu’on parle de la clim, on ne parle pas du reste. On est comme enfermé. Que dire à l’ouvrier, sur son chantier, sous 40 degrés ? A la factrice qui transpire sur son vélo ? A l’éleveuse, dans son étable, avec ses bêtes écrasées par la canicule ? Qu’on va leur mettre la clim ? Politiquement, ce débat nous fait oublier les deux sujets essentiels : la décarbonation et l’adaptation.

Décarbonation et adaptation

La décarbonation, d’abord. Pour ne pas aggraver le réchauffement, pour essayer de reprendre le contrôle, nous devons continuer à réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Comment ? En changeant complètement nos modes de production et nos modes de consommation. En France, nos émissions ont reculé : -34% depuis 1990. Mais nous sommes encore loin de nos objectifs.

L’adaptation, ensuite. Au sens large. La situation que nous vivons va se reproduire, et elle sera pire qu’aujourd’hui. Là aussi, nous devons changer massivement nos habitudes. Demain, en conseil des ministres, le gouvernement présentera ses mesures pour les logements, pour les adapter. C’est un pas, mais un trop petit pas. Nous sommes toujours loin du compte.

L’illusion de la climatisation

La climatisation est-elle une forme d’adaptation ? Si c’était plutôt une illusion ? L’illusion que nous allons continuer à vivre comme avant, grâce à la technique, grâce à l’électricité. Quelques millions de climatiseurs supplémentaires, et ça ira ! L’architecte Jacques Ferrier a une autre formule encore. Il évoque, lui, « une fuite en avant .

Il y a quelques jours, Jacques Ferrier a publié une belle tribune dans le journal Le MondeOuverture dans un nouvel onglet. Il nous invite à ne pas penser seulement à ces bâtiments ou à ces pièces climatisés, mais à tout ce qui les entoure. “La ville durable de demain , écrit-il, ne peut être une succession de de refuges climatisés reliés par des espaces extérieurs devenus hostiles”. Dubaï ou Las Vegas sont-elles des modèles ?

Voilà le problème du débat sur la clim. Il nous empêche de penser globalement, de penser autrement. Comment voulons-nous vivre demain, notamment en ville ? Vivre, et pas seulement survivre ? L’architecte imagine de l’ombre, de la ventilation naturelle, d’autres matériaux, de l’eau, des végétaux. Nous avons des solutions. Politiquement, la climatisation est une diversion.


Source:

www.radiofrance.fr

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