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Peine de mort : la cause abolitionniste progresse

Il se déroule tous les trois ans à l’ initiative de l’Ong  » Ensemble contre la peine de mort « . Ce congrès s’est ouvert hier à Paris à la Maison de la Radio et de la Musique, et parmi les invités se trouvent une japonaise de 93 ans, Hideko Hakamata. Cette femme exceptionnelle a passé les deux tiers de sa vie à lutter pour sauver son petit frère Iwao. Ce dernier a été accusé par erreur d’un quadruple meurtre et condamné à mort par erreur. Grâce à elle, à 90 ans Iwao est innocenté et vit avec elle. Désormais Hideko lutte contre la peine capitale. Notre correspondante à Tokyo, Karyn Nishimura, la suit depuis des années.Hideko Hakamata, conjugue la joie de vivre, et la combativité « Je ne me tairai pas, au contraire, je ne vais pas arrêter de parler »Cette nonagénaire aurait pu se satisfaire de la mission déjà accomplie, puisqu’après 58 ans de combat, elle est parvenue en 2024 à faire acquitter son petit frère Iwao arrêté en 1966 et condamnée à mort en 1968. Désormais, elle veut que le Japon en finisse avec les trop nombreuses erreurs judiciaires. »Je veux qu’il n’y ait plus ni erreur judiciaire ni peine capitale. Parce que je pense que cela ne correspond pas à l’idée qu’on se fait du Japon. Je veux le dire depuis l’étranger pour qu’une pression extérieure s’exerce sur le Japon. La peine de mort existe toujours au Japon, même si à l’étranger, on pense que le Japon l’a abolie. Je veux appeler à son abolition »Et pour elle, venir à Paris c’est une grande première. « Eh oui, c’est la première fois. Je veux découvrir Paris. Mais je ne parle pas français, je sais à peine dire bonsoir et bonjour »A 93 ans, Hideko rattrape en partie le temps de loisir dont la justice japonaise l’a privée par une erreur judiciaire qui ne sera jamais totalement réparée.

Plus de 90 % des exécutions ont lieu en Iran et en Arabie Saoudite

26 000 personnes dans le monde restent sous le coup d’une condamnation à mort. Hier, une jeune transfuge nord coréenne est venue témoigner de la situation dans son pays natal où la peine capitale est toujours appliquée tandis que l’arsenal juridique a été renforcé afin de l’appliquer davantage. Valérie CrovaLe souvenir que Eunju Kim de la première exécution publique à laquelle elle a assisté, petite fille continue de la hanter, trente ans plus tard. »Mais lorsque les neuf coups de feu ont retenti, la cervelle de l’homme a explosé. Des enfants qui, en temps normal, auraient pleuré la mort d’un chiot sont restés pétrifiés et silencieux. Dès notre plus jeune âge, on nous apprenait que tout ce que faisait l’État était juste. »Elle quitte la Corée du Nord en 2006 avec ses parents, pour fuir la répression impitoyable du régime de Kim Jong-il. Son fils Kim Jong-un, qui lui a succédé, a fait passer six nouvelles lois pour durcir l’application de la peine de mort. Partager des contenus venus de l’étranger est désormais passible de la peine capitale »Les Nord-Coréens, en particulier les jeunes générations, sont vraiment fascinés par tout ce qui provient du monde extérieur les informations, les séries, la musique. Le partage de contenu est illégal, mais ils le font même s’ils savent qu’ils risquent de perdre la vie. « Le régime contrôlant strictement Internet, des Sud-Coréens parviennent à envoyer des cartes SD accrochées à des ballons de l’autre côté de la frontière. Elles sont ensuite copiées clandestinement. Regardez des groupes de K-pop, c’est faire dissidence aujourd’hui en Corée du Nord.

2 707 exécutions (hors Chine) ont été recensées en 2025. Plus de 90 % d’entre elles ont eu lieu en Iran et en Arabie saoudite.Avec notamment ce constat : s’il n’y a jamais eu autant de pays abolitionnistes à travers la planète, le débat n’en resurgit pas moins régulièrement sur ce qui pourrait à nouveau la favoriser y compris, donc, jusque dans des pays qui l’ont abandonnée depuis plusieurs décennies.Après la célébration (c’était en 2021) du 40e anniversaire de l’abolition de la peine de mort en France, mais aussi l’entrée au Panthéon le 9 octobre dernier de celui qui a permis le droit à la vie, Robert Badinter, la France accueille donc ce 9e Congrès mondial contre la peine de mort.Invité du journal de la mi-journée, aujourd’hui : Nicolas Picard, professeur agrégé d’histoire au lycée, par ailleurs chargé de cours à l’Université Sorbonne Paris Nord.

Avant toute chose, diriez-vous que la mémoire de cette abolition et son inscription au rang des valeurs de la République fait toujours consensus, aujourd’hui, en France ?

Alors elle fait consensus. Elle tente de faire consensus. C’est à dire que effectivement, toutes les commémorations, la Panthéonisation, les hommages qui sont rendus à Robert Badinter visent à faire de l’abolition de la peine de mort une grande valeur de la République. Malheureusement, on peut constater que dans une certaine fraction de la population française, c’est quelque chose qui reste contesté. Mais il y a c’est ça rentre quand même dans la cadre d’un effort politique pour que cette l’abolition devienne une valeur de la République incontestable.

Un effort contesté, disiez-vous. C’est vrai que dans un discours prononcé hier autour du consensus abolitionniste, le président Emmanuel Macron a tenu à rappeler que cette bataille restait éminemment contemporaine. Parce qu’effectivement, aujourd’hui, dans nos sociétés, ce débat revient régulièrement. En 2025, on estimait que le soutien à la peine capitale en France se chiffrait à 49 %. Et il y a quelques semaines à peine, un sondage de l’Institut CSA, propriété du milliardaire réactionnaire Vincent Bolloré, pour le JDD et CNews, entendait même montrer que celui-ci se haussait à 68 %. Est-ce qu’il faut y voir une tendance de fond, ou bien est-ce que ses tentatives d’agiter des des thématiques punitives relèvent au fond davantage d’une forme de de permanence ?

Alors, le dernier sondage, la question qui est posée en plus porte sur un référendum. Donc elle n’est pas très bien posée, donc je le laisse de côté. Néanmoins, il est vrai que globalement, depuis les années 2010, on assiste à une remontée du soutien à la peine de mort dans les sondages. Les gens pourraient se demander pourquoi cette question continue d’être posée dans les sondages. Et d’autre part, je pense que le fait de répondre oui à cette fin, de soutenir la peine de mort dans ce type de sondage n’a pas la même valeur tout à fait que lorsqu’on répondait à cette question dans les années 80, parce que le risque de retour de la peine de mort en France est quasi nul. Donc en fait, ce n’est pas une réponse engageante pour les citoyens qui sont sondés. Revenir à la peine de mort en France, ça voudrait dire sortir justement de l’Union européenne, sortir du Conseil de l’Europe dont on voit que ça produit quand même des effets assez négatifs. Donc pour l’instant, c’est une question qui est très théorique et qui n’est pas très engageante. Malgré tout, ça montre une un durcissement d’une frange de la population sur des valeurs plus autoritaires, une demande d’autorité que l’on voit sur d’autres également sur d’autres aspects. Après, c’est aussi quelque chose qui est instrumentalisé politiquement par certains individus, même plus que par certains groupes politiques en fait. Mais ça, ça relève de l’instrumentalisation politique.

« En terme de pays, la cause abolitionniste progresse. En terme d’exécutions, c’est différent »

C’est la France, donc, qui, cette année, accueille ce congrès international. Est ce que le fait que nous associons l’abolition de la peine de mort à de grandes figures, à des grands moments de notre histoire collective, confère à la France justement une position particulière sur ce thème vis à vis des autres pays, ou bien ce que chaque nation a d’ailleurs son héros de l’abolition ?

Alors en fait non, C’est assez rare en fait de voir dans l’histoire des pays des personnages comme Robert Badinter, qui associent à la fois cette dimension d’homme, de réflexion et d’homme d’action. Et cela relève aussi un peu du hasard, c’est à dire que Robert Badinter, à l’origine, ne se destinait pas à cette lutte. C’est l’affaire Bontems qui a vraiment changé son parcours. Il n’était pas aussi le premier ministre de la Justice pressenti par François Mitterrand. C’était son deuxième choix. Donc c’est aussi ça qui a fait qu’il a aussi bien pu s’investir dans la sphère militante que ensuite, dans la sphère politique et également, dernière dimension, il s’est aussi beaucoup investi à l’échelle internationale. Après son parcours, comme ministre de la Justice, il a fait progresser les domaines sur la lutte contre les crimes, contre l’humanité. C’est d’ailleurs paradoxal de voir que Robert Badinter, qui est présenté par ce nain comme étant un laxiste, c’est celui qui a fait reculer l’impunité sur pas mal de crimes et notamment les crimes contre l’humanité.

Au mois de mai, Amnesty International estimait que 2707 personnes avaient été condamnés à mort exécutées dans le monde. C’est une hausse de 78 % en un an, le plus haut niveau jamais enregistré.Est-ce qu’il faut en déduire que la cause abolitionniste perd du terrain à l’international ?

Non, parce qu’en fait, le nombre de pays qui abolissent ou qui prolongent un moratoire est en fait en constante progression. Hier, au Congrès mondial, le ministre de la Justice libanais a annoncé que le projet de loi pour abolir la peine de mort au Liban allait être déposé et que le Liban allait rejoindre la communauté abolitionniste. Donc, en terme de pays la cause abolitionniste progresse. En termes d’exécution, c’est différent. Mais c’est aussi parce que les exécutions se concentrent sur une toute petite partie des pays et notamment les quatre principaux. Vous avez la Chine, l’Iran, l’Arabie saoudite, l’Irak, et dans une moindre mesure, les États-Unis. C’est parce que ce sont quelques pays qui condamnent beaucoup plus à mort.

Relevons que 114 pays ont aboli la peine de mort alors que 47 pays continuent de l’appliquer.


Source:

www.radiofrance.fr

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