Un projet donc pour le PS qui doit se donner les moyens de désigner une candidate ou un candidat. Alors comment y parvenir ? Les militants choisiront la méthode, lors d’un vote interne, le 9 juillet prochain.n attendant, le premier secrétaire du PS Olivier Faure et ses opposants bataillent pour déterminer la question qui leur sera posée. Ils ont jusqu’au Conseil national de ce soir pour se mettre d’accord. Avec Adrien Toffolet, prenons connaissance de ce contenu programmatique .
Première question : pourquoi le PS se met en 2026 à proposer un projet ?
Pour plusieurs raisons : d’abord parce que ces 8 dernières années, c’est-à-dire, depuis qu’Olivier Faure est à la tête du Parti socialiste, et même on pourrait dire, depuis presque 10 ans avec la fin du quinquennat de François Hollande, le Parti socialiste a été totalement absent du monde des idées… Et ça ça ne vient pas seulement de leurs détracteurs, eux mêmes le reconnaissent : ceux qui ont produit des idées, des concepts, qui se sont donnés les moyens d’en avoir avec un think tank et d’autres outils, ce sont les Insoumis… Nous socialistes, nous n’avons rien produit, un parti qui ne produit pas d’idées, il meurt.Il y avait donc un retard à rattraper. Olivier Faure l’avait donc promis lors du dernier Congrès du PS l’année dernière. Il avait expliqué à ses opposants en interne que le parti aurait un projet pour la présidentielle, et même pour irriguer le débat politique au-delà. Il a confié la tâche à l’eurodéputé Chloé Ridel qui a tout organisé. Il y a eu des ateliers avec des sympathisants de gauche pour recueillir leurs préoccupations, leur vision du monde. Il y a eu un appel aux contributions citoyennes, via un site dédié.
Les fédérations ont été mobilisées pour faire des propositions, les militants également. Tout cela a été confronté à des avis d’experts et d’universités. Pour aboutir à une première version du projet en avril dernier. Mais vous savez qu’au sein du PS, il y a différents courants, la ligne d’Olivier Faure, celle de Boris Vallaud le chef des députés socialistes, et celle du maire de Rouen, Nicolas Mayer Rossignol qui elle même est constitué de plusieurs courants. Tous ont été sollicités pour amender le projet, puis les fédérations, et enfin les militants, qui ont adopté le texte définitif la semaine dernière..Donc vous voyez que c’est un très long travail qui a été réalisé. Aujourd’hui, on est à dix mois de la prochaine présidentielle et les socialistes peuvent dire : oui nous avons un projet. Et puis un sénateur socialiste me disait récemment : « On se dispute sur beaucoup de choses ces temps-ci, on montre un visage désuni, au moins avec le projet, on montre qu’on arrive à se mettre d’accord quand le sujet est important « .
Cela passe, selon le parti socialiste par « la fin de la parenthèse libérale, libérale au sens économique du terme. La fin du capitalisme prédateur et débridé »
– Quelles sont les priorités émises ?
Le projet est un document qui fait grosso modo une centaine de pages, et la ligne directrice en quelque sorte, elle tient sur une opposition : la liberté, et tout ce que cela implique comme projet de société, face à la menace autoritaire, liberticide de l’extrême droite. Olivier Faure a expliqué en présentant ce projet que le parti socialiste comptait mener un combat existentiel, qu’il adoptait désormais une attitude de combat frontal contre l’extrême droite. Et ça passe, selon lui, par la fin de la parenthèse libérale, libérale au sens économique du terme. La fin du capitalisme prédateur et débridé, un peu comme quand François Hollande candidat faisait de la finance son ennemi. Donc ça signifie un projet ancré à gauche. Dix priorités ont été présentées ce matin. Alors je ne vais pas tout citer, ni trop rentrer dans le détail, mais on retrouve des mesures comme la hausse des salaires, la reconnaissance des métiers essentiels, le partage des richesses en imposant la justice fiscale (la taxe Zucman fait d’ailleurs son retour). On trouve aussi la refondation de l’école, moins d’élèves par classe et des enseignants mieux payés… la lutte contre les violences sexistes et sexuelles envers les femmes et les enfants, sujet o combien d’actualité et qui peut prendre une grande place dans la campagne présidentielle. Il y a aussi des mesures sur l’écologie.Tout cela avec une particularité intéressante, ou tout du moins originale, en se présentant comme combattant LES insécurités, pas seulement l’insécurité au singulier comme le fait le Rassemblement national, mais LES insécurités. Les insécurités, c’est à la fois traiter la problématique qu’on pourrait qualifier de classique ; la lutte contre la délinquance et le narcotrafic, mais c’est aussi parler des insécurités sociales, comme le fait de vivre éloigné des bassins d’emploi ou d’avoir des difficultés d’accès à la santé. C’est parler des insécurités environnementales, le fait d’évoluer dans un milieu pollué ou loin de la nature.En faisant ça, le PS s’inscrit dans un combat contre l’extrême droite, en proposant autre chose, mais en allant aussi sur ses thématiques. Notamment l’immigration. Les socialistes dans leur projet défendent une politique d’intégration par le travail. Et prévoient même, s’ils arrivent au pouvoir bien entendu, de créer un Secrétariat d’état à l’immigration et l’intégration

– Peut-on parler de lignes de fractures programmatiques ?
Au sein du Parti socialiste, pas vraiment, ou du moins, on arrive à se mettre d’accord, à faire des compromis. Le texte a été amendé, mais la direction du parti parle plutôt d’enrichissement. Il n’y a pas de mesure majeure qui a été sortie du projet entre la première version qui date d’avril et la version définitive que l’on découvre aujourd’hui, c’est ce qui explique que ce projet a pu être voté aussi rapidement. Mais attention, des fractures il y en aura avec le potentiel candidat qui sera choisi ! Raphael Glucksmann partage beaucoup de choses sur le plan de idées avec le PS, en particulier en matière de politique étrangères. Mais la taxe Zucman, l’eurodéputé n’en veut pas. Sur la question des retraites, les avis divergent également. Autre candidat putatif, François Hollande. Lui aussi en matière de partage des richesses et d’écologie, n’est pas tout à fait sur la même ligne, et ses propres équipes travaillent à développer des propositions. La direction du PS insiste sur le fait que le candidat qui sera choisi devra s’en tenir au projet qui a été voté par les militants. Mais dans les faits, rien ne l’y obligera.
C’est le programme « d’une gauche radicale de gouvernement »
Adrien Toffolet, vous avez reçu dans le journal de la mi-journée l’eurodéputée Chloé Ridel, secrétaire nationale à la coordination du projet du Parti socialiste. Première question que vous lui avez posée : pourquoi avoir choisi de parler de » gauche radicale de gouvernement » ?
C’est pour moi une gauche qui marche sur ses deux jambes. C’est-à-dire qu’il y a une radicalité dans l’ambition de transformation de la société. Quand on voit la canicule ces derniers jours, les demi-mesures ne vont pas suffire. Il faudra qu’on adapte massivement nos logements, le bâti, nos villes, qu’on mette aussi la climatisation. Mais vous voyez bien que sur tout un tas de sujets, je pourrais parler du pouvoir d’achat, de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, il faut une ambition radicale et de gouvernement, parce que nous serons toujours fidèles à notre méthode qui est le dialogue, la recherche du compromis, le refus de la violence. Et donc je crois qu’une gauche qui a une vocation majoritaire dans le pays, c’est cette gauche-là, la gauche radicale de gouvernement.
Vous pensez qu’au second tour de la présidentielle, le candidat qui sera au second tour devra affronter l’extrême droite? C’est aussi ce pari que vous faites ?C’est ce que les sondages nous disent. Et en tout cas, c’est aussi ce que l’époque nous montre partout en Europe, partout dans le monde, l’ extrême droite est forte et puissante, même si on voit des signaux faibles. La défaite de Viktor Orban en Hongrie, on voit la difficulté aussi de Donald Trump. Tout ça commence à s’effondrer et nous pensons que c’est nous, la gauche radicale de gouvernement, pour reprendre encore ce terme, qui sommes l’alternative et qui sommes responsables de forger l’alternative. Je pense que le grand combat de notre temps pour la gauche, c’est un combat pour la liberté et un combat pour fermer la parenthèse qui s’est ouverte dans les années 80 de la mondialisation libérale, qui aujourd’hui a évolué sous la forme d’un capitalisme ultra prédateur, autoritaire et qui met en jeu, encore une fois, notre capacité à vivre libre.

Un quart de siècle est déjà passé dans ce XXIe siècle. Vos détracteurs qui apprennent que le Parti socialiste a un projet vous disent : « il était temps ». Alors pourquoi le Parti socialiste a mis autant de temps et a vu passer autant de crises économiques, géopolitiques, environnementales pour proposer sa vision pour le futur du pays ?Ecoutez, vous le disiez dans l’introduction, le Parti socialiste n’a pas de candidat encore, mais il a un projet ! Et donc moi, pour l’instant, mon candidat, c’est le projet. Et ce projet qui a été validé à 83 % de nos militants, sera celui qui sera défendu par notre futur candidat à l’élection présidentielle. Ce projet, il a une légitimité. Moi, je la défendrai. Il est issu d’un processus de refondation ambitieux que j’ai conduit sur plus d’un an, avec l’ensemble des sensibilités de notre parti. Maintenant, plus personne ne pourra dire que le Parti socialiste n’a pas de programme, ne travaille pas. Nous avons un projet, il est ambitieux et j’appelle tous les militants de gauche et tous les Français à le lire, à s’en emparer.
Mais comment pouvez vous vous assurer qu’un Raphaël Glucksmann, qui porte sa propre vision pour pour la France ou un François Hollande qui sera peut être candidat, un socialiste mais qui n’est pas sur la même ligne que vous, respectera ce projet, il n’ira pas juste piocher quelques éléments.Eh bien, je leur dis que ce projet bénéficie d’une double légitimité. La légitimité d’abord d’avoir été travaillé sur le long court par tous les militants et plus largement les sympathisants du Parti socialiste, et la légitimité d’avoir été approuvé à 83 %. Donc ils ne peuvent pas s’en laver les mains. Il faudra qu’ils se l’approprient et le récupèrent. Et moi, j’y veillerai.
Une dernière question, les militants PS seront donc sollicités le 9 juillet prochain pour décider de la stratégie présidentielle, primaire ou non ? Avec qui ? Qui doivent voter ? Mais le PS, on l’a dit est divisé, certains cadres du parti soutiennent déjà Raphaël Glucksmann. Vous en avez d’autres, comme François Hollande, qui se préparent, disent se préparer. Est-ce qu’il y aura un seul candidat socialiste ou social-démocrate à cette présidentielle ?
Moi, je le souhaite. J’ai fait le projet avec beaucoup d’autres et je souhaite que le Parti socialiste ait maintenant un candidat. Et il faudra un processus de départage démocratique. On peut appeler ça une primaire, mais qui départage et qui choisisse un candidat dans l’espace socialiste.

Source:
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