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"Ne pas être dans les médias à tout prix, c'est son souhait" : Monique Barbut, une ministre de la Transition écologique contrainte de forcer sa nature face à la canicule

L’ancienne présidente de l’ONG WWF, entrée au gouvernement sans expérience politique, est prise dans une polémique sur sa communication hâtive autour du risque d’une nouvelle vague de chaleur. Et se voit reprocher, plus largement, sa discrétion et sa difficulté à incarner son action.

« Arrêtez de m’énerver ! » L’apostrophe est lancée avec un grand sourire sur le ton de la plaisanterie, mais traduit un léger agacement. En visite, vendredi 26 juin, au siège d’Airparif, la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, est une nouvelle fois interrogée sur la bourde commise l’avant-veille lors d’une interview sur fond de canicule.

« On devrait connaître la semaine prochaine une pause relative, mais Météo-France nous indique qu’il y a de fortes probabilités pour qu’à partir de la semaine d’après [celle du 6 juillet], nous revenions à des chaleurs extrêmes jusqu’au 14 juillet », avait-elle déclaré mercredi dans la matinale de France Inter. Relancée pour s’assurer qu’elle annonçait bien une probable troisième canicule de l’année début juillet, elle avait confirmé : « Exactement ».

La déclaration de la ministre a aussitôt mis en alerte les rédactions de France, et sans doute un certain nombre d’auditeurs. Mais Météo-France a immédiatement pris ses distances, rappelant que ses prévisions ne pouvaient être finalisées à une telle échéance. Quelques heures plus tard, lors de son point presse à l’issue du Conseil des ministres, la porte-parole du gouvernement a dû opérer un recadrage en douceur : « Il faut être extrêmement prudent en parlant de prévisions météorologiques », a déclaré Maud Bregeon, tout en assurant que le rôle de l’État est « d’envisager l’ensemble des scénarios ».

Assumer ou rétropédaler ? Monique Barbut, une des représentantes de la société civile au sein du gouvernement Lecornu, découvre les charmes des polémiques médiatico-politiques. « Je vous le dis clairement, je pense qu’il est fort probable que d’ici la fin de l’été, on vive de nouvelles augmentations de température », confie-t-elle une nouvelle fois vendredi devant les journalistes qui suivent son déplacement. « Je ne suis pas Madame Météo », a-t-elle pourtant relativisé dans une interview au Parisien le matin même.

Il n’est pas certain que ce petit couac incite la ministre, déjà discrète, à se montrer plus présente dans les médias, alors que ses détracteurs pointent un manque d’engagement et une difficulté à exister. « Si elle était montée au créneau un peu plus vite, Sébastien Lecornu n’aurait pas été obligé de se mettre en avant » face aux critiques sur un manque d’anticipation de la canicule par les autorités, juge un membre du bloc central. « Ne pas être dans les médias à tout prix, c’est son souhait et sa décision, argumente l’entourage de la ministre auprès de franceinfo. Ça ne la fera pas changer d’avis. Elle se dit au final qu’elle a plus de poids quand elle obtient ses arbitrages ministériels ».

Cette intention tranche avec le profil politique de ses prédécesseurs. « Agnès Pannier-Runacher ou Christophe Béchu, on peut dire beaucoup de choses sur eux, mais ils incarnaient leurs ministères. Là, elle n’incarne rien. Je suis déçu par rapport à son profil », commente un député LR, rappelant son passé de présidente de l’ONG WWF et sa réputation d’habile négociatrice lors des grands sommets climatiques.

Monique Barbut n’est pas une adepte de la joute politique. Mardi, lors de la séance des questions au gouvernement (QAG) à l’Assemblée nationale, où il a été question de la canicule, c’est son ministre délégué qui a répondu aux parlementaires. Elle n’était pas présente. « Elle ne vient quasiment jamais aux QAG. On a l’impression que c’est Mathieu Lefèvre le ministre », commente la députée écologiste du Bas-Rhin Sandra Regol. « Heureusement qu’il y a Mathieu Lefèvre derrière elle », abonde notre député LR. « C’est inadmissible qu’une ministre avec ce rang protocolaire [4e place] ne vienne pas aux QAG ! » Pour Sandra Regol, « c’est un vrai souci, car la mission du député, c’est le contrôle de l’action du gouvernement. Ce n’est pas qu’une question d’incarnation : on s’interroge pour savoir si elle a la main sur les dossiers. »

Dans l’entourage de la ministre, on reconnaît « que les QAG ne sont pas l’exercice qu’elle préfère ». « Elle considère que c’est un théâtre, avec beaucoup de postures. Mais elle respecte le travail parlementaire. Les auditions en commission, où il y a des questions de fond dans un climat plus apaisé, sont un travail auquel elle prend beaucoup de plaisir ». Elle semble néanmoins avoir retenu la leçon puisque, le lendemain, elle a répondu à une question d’un député lors de la séance de mercredi.

Vendredi, donc, elle a sacrifié au rituel de la visite sur le terrain, un incontournable de la communication de crise. « C’est l’occasion de sensibiliser l’opinion publique à la pollution de l’air, qui est une conséquence de la canicule », commente-t-elle pour justifier sa présence, « prévue de longue date », dans les locaux d’Airparif, l’organisme qui surveille la qualité de l’air en Ile-de-France. Elle met en avant son travail en commun avec la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, pour alerter les médecins généralistes sur le sujet.

« Sur la canicule, on n’a pas de réponse concrète. Un numéro vert et les conseils d’hydratation, ça ne peut pas suffire », tacle l’écologiste Sandra Regol. « Pour l’adaptation au changement climatique, elle n’attend pas les injonctions médiatiques ou politiques pour agir », défendent ses proches. « Si cet épisode peut servir de prise de conscience, tant mieux, mais le ministère de l’Ecologie n’est pas le ministère de l’urgence. Nous, c’est la politique de long terme que nous préparons », ajoutent-ils, citant le décret pris en janvier pour adopter une trajectoire de réchauffement de référence, servant de repère pour prendre en compte l’adaptation au climat futur dans toutes les politiques publiques. « Mais qui en a parlé ? », déplore l’entourage de Monique Barbut.

Ce qui ramène toujours à la question de la communication au sujet de la politique menée. La ministre tente-t-elle de rattraper son image avec ses interventions des derniers jours ? « Je ne force pas ma nature, mais j’espère être l’incarnation de mon ministère », répond-elle. « La question de l’adaptation au changement climatique est le combat de ma vie depuis trente ans. Je n’ai pas attendu d’être ministre, oppose-t-elle vendredi à une nouvelle question sur sa discrétion médiatique. C’est ma parole d’expert que je mets en œuvre aujourd’hui. Je pense être quelqu’un qui a suffisamment travaillé sur ces questions pour dire des choses justes qui impliqueront le gouvernement, mais pas que ce gouvernement, tous les gouvernements à venir. »

En tout cas, le sort des vacances de Monique Barbut comme celles de ses collègues du gouvernement est entre les mains des météorologues. Sébastien Lecornu, lors du dernier Conseil des ministres, a délivré « une forme d’alerte, consistant à anticiper un scénario où il n’y aurait pas de vacances à proprement parler », notamment en cas de canicule. Ce sera peut-être le prix à payer pour incarner et s’imposer médiatiquement.


Source:

www.franceinfo.fr

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