Les journalistes ont toujours fait face à des restrictions d’accès aux zones de conflit. Mais la situation à Gaza est sans précédent. Depuis plus de neuf cent trente jours, Israël interdit formellement à la presse étrangère l’accès indépendant au territoire et à sa population.
Dans d’autres conflits récents, même là où le danger est constant – en Ukraine, en Irak, en Syrie –, les journalistes étrangers ont tout de même réussi à travailler de manière relativement indépendante.
Se rendre sur le terrain est une condition essentielle du journalisme. Cela permet de remettre en question les versions officielles, de parler directement aux civils et de rapporter ce qu’ils vivent et ce qu’ils voient de première main. C’est pourquoi les organisations de presse envoient leurs reporters au front, souvent au péril de leur vie.
Ce blocus a fait peser la responsabilité de couvrir cette guerre dévastatrice et ses conséquences entièrement sur nos collègues gazaouis. Comme tous les Palestiniens à Gaza, ils vivent et travaillent dans des conditions extrêmes, confrontés à la faim, aux déplacements forcés, à la perte de leurs proches. Ils ont également fait face à des restrictions continues et à des attaques meurtrières et ciblées. Leur protection devrait être sans équivoque. Et ils ne devraient pas avoir à porter ce fardeau seuls.
Depuis le 7 octobre 2023, Israël a donné plusieurs raisons pour justifier le maintien de ce black-out, comme la protection de ses soldats. Mais les combats les plus intenses sont terminés et un cessez-le-feu est en place. Les otages sont rentrés chez eux. Les journalistes n’ont jamais représenté une menace pour les troupes israéliennes. Il existe un mécanisme – bien qu’extrêmement restrictif – permettant aux travailleurs humanitaires d’entrer et de sortir du territoire. Pourquoi pas les journalistes ?
L’Etat israélien a choisi d’ignorer nos multiples demandes d’accès et de dialogue, et nos recours devant sa Cour suprême sont restés sans réponse. A l’occasion de cette semaine de la liberté de la presse, nous réitérons notre appel : Israël doit immédiatement lever cette interdiction. La liberté de la presse est une valeur fondamentale dans toute société ouverte. Laissez-nous entrer à Gaza.
Richard Burgess, BBC ; Phil Chetwynd, Agence France-Presse ; Philippe Corbé, France Télévisions ; Rachel Corp, ITN ; Xavier Counasse, « Le Soir » ; Katie den Daas, ABC News ; Thomas Evans, NPR ; Jérôme Fenoglio, « Le Monde » ; Jean-Marc Four, Radio France internationale pour France Médias Monde ; Alessandra Galloni, Reuters ; Sven Gösmann, German Press Agency DPA ; Miguel Jimenez, « El Pais » ; Joseph Kahn, « The New York Times » ; Carsten Knop, « Frankfurter Allgemeine Zeitung » ; Rebecca Kutler, MS Now ; Bernward Loheide, Catholic News Agency KNA ; John Micklethwait, Bloomberg ; Matt Murray, « The Washington Post » ; Valentine Oberti, « Mediapart » ; Miguel Angel Oliver, EFE ; Julie Pace, The Associated Press ; Paul Quinio, « Libération » ; Debbie Ramsay, Channel 5 News ; Maribel Sanchez-Maroto, RTVE ; Justin Stevens, Australian Broadcasting Corporation ; Sir Mark Thompson, CNN Worldwide ; Agnès Vahramian, Radio France ; Katharine Viner, « The Guardian » ; Sarah Whitehead, Sky News ; Laura Wilshaw, ITV News ; Esme Wren, Channel 4 News.
Source:
www.lemonde.fr


