Publié le 30/04/2026 14:26
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À l’occasion de la publication de sa nouvelle carte de l’état de la liberté de la presse dans le monde, Reporters sans frontières (RSF) dresse un bilan alarmant, avec notamment une régression des États-Unis. Pour décrypter ces constats, Thibaut Bruttin, directeur général de l’organisation qui réalise ce classement depuis 2002, est l’invité du « 11H/13H ».
Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l’interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
Yann Haefele : J’aimerais qu’on voie cette carte que vous publiez donc, plus c’est sombre, plus la liberté de la presse est en danger et menacée, plus c’est clair, plus la situation est bonne. Déjà, peut-être un point d’ensemble : on voit clairement qu’il y a un pôle qui se dessine au niveau de l’Asie, de l’Afrique du Nord, les pays sont en rouge écarlate, comment est-ce qu’on explique cela ?
Thibaut Bruttin : C’est-à-dire que vous avez des régimes répressifs qui souhaitent contrôler l’information en Russie, en Chine. Vous avez également beaucoup de violences contre les journalistes en Inde. Et ça explique que cette carte, elle est aujourd’hui si sombre, et elle s’est profondément assombrie en 25 ans. Cette édition 2026, elle permet aussi de porter un regard rétrospectif, puisque le classement mondial existe depuis 2002.
Et c’est ça, la tendance de ce classement 2026, un recul global de la liberté de la presse dans le monde ?
Oui, disons que depuis 25 ans qu’on mesure la liberté de la presse, on voit que le score moyen a baissé considérablement. Il était de 72 points sur 100 en 2002, il est aujourd’hui de 54 points. C’est vous dire le dévissage. Et c’est vrai que la carte s’est assombrie. Il y a de moins en moins de pays qui sont aujourd’hui des pays où la liberté de la presse est assurée. Et donc ça nous inquiète. C’est aujourd’hui l’occasion de lancer un signal d’alerte. Il faut que nous ayons des politiques publiques qui prennent en compte le besoin de journalisme. Il faut que nous ayons aussi une voix internationale plus forte pour dire les besoins du journalisme, pour dire la nécessité d’être aux côtés des reporters qui travaillent.
Qu’est-ce qui fait qu’un pays est considéré comme donnant une grande place à la liberté de la presse ou non ?
La liberté de la presse, selon Reporters sans frontières, c’est plus que la sécurité des journalistes. La sécurité des journalistes, c’est la première brique. Ne pas être incarcéré, ne pas être battu, ne pas être assassiné, ne pas être enlevé, c’est fondamental. Mais on regarde aussi l’économie des médias, le contexte social, la confiance des citoyens, et puis le cadre légal et politique. Et vous voyez bien que dans beaucoup de pays du monde, vous avez une parole politique qui est très violente, très hostile au journalisme. Vous avez une instrumentalisation aussi du droit, pour essayer de faire taire les journalistes. Ce classement, c’est une méthodologie robuste qui est très transparente et qui est fondée sur des questions objectives auxquelles répondent des experts pays par pays. Le classement que vous voyez, c’est, sans aucun retravail, la donnée brute qui nous remonte du terrain.
Ce qui est marquant dans ce classement, c’est la plongée des États-Unis. Ils chutent dans votre classement. Qu’est-ce qui se passe dans cette Amérique de Donald Trump ?
Le Donald Trump deuxième version, deuxième mandat, est de toute évidence bien pire que lors du premier mandat. Et puis généralement, les États-Unis d’Amérique n’ont jamais été un territoire qui a été particulièrement bien classé dans ce classement mondial. La situation était devenue problématique en 2024. Et là, on voit qu’avec Donald Trump, on est passé à une sorte de vitesse supérieure. Vous avez une instrumentalisation du financement, ou du définancement en l’espèce, des médias de service public pour asseoir, je dirais, la parole de Trump. Vous avez aussi des procédures judiciaires qui sont enclenchées par l’administration de Trump. Et puis même la parole de Donald Trump, qui est une parole extrêmement violente, extrêmement hostile aux journalistes, qui va de l’injure sexiste jusqu’à des moqueries qui sont particulièrement offensantes. Donc les États-Unis aujourd’hui dévissent de cette place et je crois qu’on est peut-être au début d’une nouvelle ère quand on voit les menaces qui pèsent sur les chaînes de télévision avec un régulateur qui est de toute évidence aux ordres.
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Source:
www.franceinfo.fr


