“Dans le théâtre français, on pourrait dire qu’il y a Jean-Luc Lagarce, Bernard-Marie Koltès, et puis le troisième mousquetaire, ce serait Didier-Georges Gabily », introduit le comédien et metteur en scène Stanislas Nordey, qui fut un ami proche du dramaturge. Disparu en 1996, à l’âge de 40 ans, Didier-Georges Gabily est une figure singulière du théâtre français. Il reste pourtant moins connu du grand public que ses contemporains Bernard-Marie Koltès et Jean-Luc Lagarce, eux aussi disparus prématurément.
Comme Koltès et Lagarce, Gabily a laissé derrière lui une œuvre puissante, exigeante et souvent visionnaire. “Son héritage est à la fois visible et invisible. Ce serait comme un père qui a enfanté des enfants encore clandestins. Malheureusement, ses textes ont été un peu oubliés, pas assez montés, pas assez réédités”, regrette Stanislas Nordey.
« Une langue faite pour les acteurs »
Autodidacte, Gabily a d’abord été comédien, à Tours et à Paris, auprès de metteurs en scène à l’avant-garde du renouveau théâtral des années 1970 comme Jacques Livchine, Mehmet Ulusoy ou André Cellier. Une expérience qui marquera sa conception de l’écriture, profondément liée au corps et à l’incarnation.
“On sent qu’il aimait les acteurs et qu’il écrivait pour eux, souligne le comédien Vincent Dedienne. Chaque mot est un cadeau. La langue de Gabily est à la fois tendre et enragée. Au premier abord, elle peut paraître ardue, opaque. Mais une fois qu’on commence à travailler, c’est fluide, organique. C’est vraiment une langue pour les acteurs.”

Le théâtre pour confronter le monde
Dans les années 1980, Gabily fonde plusieurs collectifs de comédiens, dont le Centre de Recherche et de Formation pour l’Acteur, dont naîtra plus tard le Groupe T’chan’G. Des ateliers sans lieu fixe ni subvention, qui deviennent des espaces de recherche. “Didier-Georges venait d’un milieu paysan, rappelle Stanislas Nordey. Il n’était pas un intellectuel. Sa langue est à la fois savante et très ancrée dans le réel.”
Avec des pièces telles que “Violences”, “Gibiers du temps” ou “Chimères et autres bestioles”, Gabily a construit une œuvre où se croisent les mythes antiques, la violence de l’Histoire et les interrogations métaphysiques. Il concevait le théâtre comme un lieu de confrontation avec le monde. »C’était aussi un homme très politique, assure son ami. Son texte « Cadavres, si on veut », publié en 1994 dans le journal Libération, et qui décrit déjà à quel point les subventions pour la culture allaient mal, résonne encore malheureusement aujourd’hui. » Une analyse que confirme Vincent Dedienne : « Trente ans après, on s’aperçoit que les mots de Gabily sont d’une acuité et d’une actualité incroyable. »

Source:
www.radiofrance.fr





