Ils sont prononcés froidement ou avec verve, assénés, martelés, parfois même vitupérés. Lorsqu’ils sortent de la bouche de présidents, de premiers ministres, de vice-présidents ou de secrétaires généraux, comme c’est le cas pour Vladimir Poutine, J. D. Vance ou Xi Jinping, les mots prennent une autre épaisseur, surtout quand parmi eux s’en glisse un qui donne à leurs discours profondeur et grandiloquence. Ce mot, régulièrement mobilisé par les trois hommes, c’est celui de civilisation, une notion qui a deux mérites : celui de l’emphase, et celui du flou. Célébrer la civilisation, qu’elle soit chinoise, russe, étatsunienne ou même occidentale, c’est célébrer son histoire forcément grandiose et parfois millénaire, c’est aussi ériger ce passé glorieux en promesse d’un avenir radieux. Cela revient également à créer du commun et du distinct, à décréter un “nous”, et donc fatalement à pointer du doigt un “eux”, en tout cas à délimiter des frontières entre des groupes humains, des contours éminemment politiques, dont le tracé fait l’objet d’une compétition intense entre les États. La civilisation a cela de pratique qu’elle n’est pas territoriale, elle peut se définir selon une multitude de critères qui permettent de tracer des frontières à géométrie variable au gré des intérêts de chacun. Consacrée par la théorie très critiquée du choc des civilisations élaborée par le chercheur étatsunien Samuel Huntington en 1996, il y a trente ans tout juste, cette notion est devenue une arme rhétorique mobilisée par les dirigeants des puissances du monde entier qui se livrent une guerre des récits pour justifier leur place dans l’ordre mondial, ou à l’inverse pour réclamer un changement de ce dernier.
Depuis quand les États ont-ils fait de la civilisation une arme rhétorique pour façonner l’ordre mondial ? Comment les récits civilisationnels créent-ils des oppositions ou à l’inverse des rapprochements entre États ? Comment sont-ils élaborés par les États, quels acteurs et quelles institutions participent à l’élaboration de ces récits ? Et enfin, comment ce prisme civilisationnel influe-t-il sur les relations internationales ?
Julie Gacon s’entretient avec Delphine Allès, professeure de sciences politiques, vice-présidente de l’INALCO et responsable scientifique du programme DECRIPT(Dispositif d’Étude des Crises et des Récits cIvilisationnels par la Pluridisciplinarité et les Terrains).

Focus – Face aux récits, le défi de l’analyse
Avec Pierre Haski, chroniqueur géopolitique à France Inter et créateur de la chaîne Youtube Le Monde de Pierre Haski.
Face à la recrudescence d’outils, de discours et de récits publics élaborés par les représentants des États pour justifier leur place dans l’ordre mondial ou légitimer leur intention de le bousculer, comment distinguer l’information de la communication, l’enjeu politique de l’élément de langage ? Chroniqueur géopolitique sur France Inter et ancien reporter, Pierre Haski tente se confronte quotidiennement à ce flux pour en tirer du sens.
Pour aller plus loin
Pierre Haski, La fin d’un monde, Stock, 2026
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Référence musicale
Source:
www.radiofrance.fr





