Est-il sage d’utiliser l’intelligence artificielle (IA) pour guider notre choix de vote lors d’une élection? La réponse est limpide: non. Sauf si vous voulez que l’on vous dise n’importe quoi ou que l’on vous recommande des partis qui ne se présentent même pas.
Une récente étude initiée par le groupe de défense des libertés civiles Liberties a été menée lors des dernières élections législatives hongroises. Ses auteurs ont créé cinq profils d’électeurs distincts, correspondant à chacun des cinq partis inscrits sur les listes nationales. Ils ont ensuite testé ces profils sur ChatGPT et sur Gemini. Deux requêtes étaient promptées: pour quel parti l’électeur devrait-il voter? Quel est le pourcentage de correspondance avec chacun des cinq partis?
Les réponses des IA semblent pour le moins approximatives, voire même à côté de la plaque. ChatGPT a, par exemple, attribué une correspondance avec le parti d’opposition Tisza de seulement 2%. Un score dérisoire, alors que ce même parti, mené par Péter Magyar, a largement remporté les élections d’avril, mettant fin à seize années de pouvoir de Viktor Orbán, dirigeant du parti national-conservateur Fidesz.
À la place, les IA ont recommandé de voter pour de petits partis, pourtant peu susceptibles de franchir le seuil de 5% nécessaire pour entrer au parlement. Plus étonnant encore, les agents conversationnels plébiscitaient certains partis qui ne figuraient tout simplement pas sur le bulletin de vote national, relève le Guardian.
Des réponses biaisées, formulées avec assurance
Le parti de Viktor Orbán est largement approuvé par les technologies. Les profils d’électeurs proches du Fidesz sont reconnus de manière beaucoup plus constante par les agents conversationnels. ChatGPT a identifié ce parti comme l’unique parti pour lequel l’utilisateur devait voter dans environ 50% des cas, le présentant comme l’option principale dans les autres cas.
L’étude a relevé une multitude d’incohérences. Les réponses étaient substantiellement différentes face à des demandes identiques, les conseils inexacts et un même profil d’électeur pouvait être associé à des partis radicalement opposés. Pire, les réponses des IA paraissaient souvent bien argumentées, comme faisant autorité. Les utilisateurs avaient ainsi toutes les raisons de leur faire confiance.
Un autre élément de l’enquête interroge. Contrairement aux sites d’aide au vote ou aux médias indépendants proposant des analyses explicatives, les systèmes d’IA n’expliquent pas comment ils produisent leurs recommandations politiques.
Malgré cette opacité, le groupe Liberties a réussi à interpréter certaines des erreurs. Le parti Tisza, délaissé par les IA mais plébiscité lors du vote, n’a véritablement pris de l’importance qu’après 2024. Une date certainement trop récente pour que la technologie, entraînée sur des données statiques, ne réussisse à situer le parti dans le paysage politique hongrois.
Les limites de l’IA soulèvent de sérieuses inquiétudes dans les contextes électoraux, conclut l’étude. Si le Tisza est finalement arrivé largement en tête, une élection plus disputée, où une part massive d’électeurs indécis utiliseraient ces outils, pourrait potentiellement faire pencher la balance d’un côté… ou de l’autre.
Source:
www.slate.fr

