Expulsé lors du 16e de finale des Etats-Unis contre la Bosnie-Herzégovine, l’attaquant américain pourra finalement jouer contre la Belgique dans la nuit de lundi à mardi. L’intervention de Donald Trump et la connivence avec Gianni Infantino, patron de l’instance mondiale, sont largement pointées du doigt.
Publié le 06/07/2026 17:43
Mis à jour le 06/07/2026 18:25
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Après trois semaines de Coupe du monde, Donald Trump n’a pas encore mis les pieds dans le moindre stade. Mais cela ne l’empêche pas de marquer la Fifa à la culotte. Le président américain a confirmé, lundi 6 juillet, être personnellement intervenu auprès de l’instance dirigeante du football mondial pour lui demander « un réexamen » du carton rouge « douteux » reçu par l’attaquant des « Stars and Stripes » Folarin Balogun, qui le privait du 8e de finale contre la Belgique programmé dans la nuit de lundi à mardi.
Une requête à laquelle la Fifa a fini par accéder. La Fédération internationale a ainsi annoncé dimanche en début de soirée qu’un sursis d’un an avait été exceptionnellement octroyé au meilleur buteur de Team USA (trois buts depuis le début du tournoi). Autrement dit : il est autorisé à jouer contre les Diables rouges.
Pourquoi Folarin Balogun a-t-il pu bénéficier de ce qui s’apparente à une grâce ? Sur quels critères a-t-il obtenu cette faveur ? Dans son communiqué, la Fifa ne s’étend pas sur ses motivations. Elle se contente d’invoquer l’article 27 de son code intérieur, qui lui permet « de suspendre intégralement ou partiellement la mise en œuvre d’une mesure disciplinaire ». La suspension est alors transformée « en une période probatoire d’un à quatre ans ». Elle a été fixée à un an pour le cas précis de l’attaquant américain, qui évolue en Ligue 1, à l’AS Monaco.

A Bruxelles, la « stupéfaction » a rapidement envahi les couloirs de la Fédération royale belge de football (URBSFA). « On est complètement abasourdis par ce qu’il se passe », souffle aussi un responsable de la fédération belge auprès de franceinfo, visiblement choqué par la tournure des événements. Dans son communiqué, la URBSFA rappelle d’ailleurs qu’un autre article du même règlement de la Fifa (le 66.4) stipule clairement qu’un carton rouge, synonyme d’expulsion, entraîne « automatiquement » une suspension pour le match suivant de l’équipe.
La méthode est en tout cas largement pointée du doigt. Dans sa communication, la Fifa ne fait pas la moindre mention d’une intervention de Donald Trump. Le locataire de la Maison Blanche n’a pourtant pas feint sa joie d’avoir obtenu gain de cause. « Merci à la Fifa d’avoir fait ce qu’il fallait et d’avoir réparé une grande injustice », s’est réjoui le président américain sur son réseau Truth Social. « USA, USA, USA », s’est félicité de son côté le compte officiel de la Maison Blanche . Contactés par franceinfo, deux membres de la commission de discipline de la Fifa qui ont participé à la décision de lever la suspension de Folarin Balogun n’ont pas donné suite à nos sollicitations.
Ce coup de force, aussi opaque qu’exceptionnel, ne fait qu’alimenter encore un peu plus les soupçons de copinage entre Gianni Infantino et Donald Trump, qualifiée parfois de « bromance » (le président de la Fifa a été plus souvent reçu au Bureau ovale que Benyamin Nétanyahou ou Volodymyr Zelensky). « Ce revirement soudain, sans précédent dans l’histoire moderne de la Coupe du monde, alors que le tournoi battait son plein, a immédiatement déclenché une polémique sur l’ingérence politique et l’intégrité sportive », remarque le Wall Street Journal .
« Incroyable, incroyable, incroyable… » Au téléphone, Hans-Joachim Eckert répète le mot en boucle. Le juge allemand, qui a présidé la chambre de jugement de la commission d’éthique de la Fifa entre 2012 et 2017, n’en revient pas. « Je suis franchement scandalisé de ce qu’il se passe », souffle le magistrat, qui dénonce « un coup terrible » porté au monde du foot, et à la plus grande compétition de la planète. « Si maintenant un chef d’Etat interfère dans le règlement de la Fifa, ce ne sont plus les règles du foot, c’est de la politique ! Quelle est la prochaine étape ? », pointe Hans-Joachim Eckert.
Actuellement aux Etats-Unis pour commenter les rencontres des Diables rouges sur les antennes de la RTBF, Manuel Jous a bien failli s’étouffer lui aussi. « Dans quelle pièce on joue ? C’est quoi ce cirque ?, s’insurge le journaliste belge. Ce qui est extraordinaire, en plus, c’est qu’ils n’essaient même pas d’être discrets, de se cacher. Ils font les choses au grand jour… Ça crée un précédent. »
« Sur le côté ‘Trump demande, alors moi Infantino je m’exécute’, c’est juste hallucinant. »
Manuel Jous, commentateur de la RTBFà franceinfo
L’UEFA, qui régit le foot au niveau européen, y est aussi allé de son tacle appuyé lundi. « Lorsque la sécurité juridique des règles n’est plus garantie par ceux qui en sont les gardiens, c’est l’intégrité du jeu qui est en jeu et la crédibilité d’une compétition qui se trouve sapée, écrit-elle dans un communiqué. De même, une telle décision crée un précédent dans le tournoi en cours, où des situations similaires devront désormais recevoir un traitement identique, au détriment de la compétition. »
Est-ce le signe d’un début d’embarras ? Dimanche, lors de la réunion de préparation du match Etats-Unis-Belgique, à laquelle assistaient des représentants des deux équipes, la Fifa avait discrètement fait retirer les habituelles fiches de présentation concernant la fameuse suspension automatique en cas d’exclusion d’un joueur, cœur de la polémique.
« On continue donc à nager en plein délire dans cette relation incestueuse entre la Fifa et les Etats-Unis, l’un des trois pays organisateurs ! », s’emporte Le Soir. La fédération belge a assuré lundi soir n’avoir reçu « ni la décision de la Fifa ni la moindre explication concernant ce dossier ». Et d’ajouter : « Dans ces circonstances, elle n’a d’autre choix que de contester l’éligibilité du joueur pour le prochain match. »
Source:
www.franceinfo.fr





