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Archives, signalements, Donald Trump…Ce qu'il faut retenir de cette rencontre du "troisième type" entre deux députés et des experts d'Ovnis à l'Assemblée nationale


Publié le 30/06/2026 14:01



Mis à jour le 30/06/2026 14:02

Temps de lecture : 4min

Des paraboles du radiotélescope NOEMA (Northern Extended Millimeter Array), situé sur le plateau de Bure à Saint-Étienne-en-Dévoluy, près de la station de Superdévoluy, le 20 septembre 2022. (JEFF PACHOUD / AFP)

Ce colloque inédit organisé à la chambre basse a pour ambition de remettre la science au cœur des discussions sur ces phénomènes, en marge du fourmillement des théories complotistes.

La vérité est-elle ailleurs ? Au-delà d’être le slogan de la série de science-fiction X-Files, cette question a fait irruption à l’Assemblée nationale lundi 29 juin. Pas de soucoupe volante ni de vaisseau spatial en vue, seulement l’ambition d’une approche rationnelle sur les objets volants non identifiés (Ovnis) à l’occasion d’un colloque ouvert au public et organisé par les députés Arnaud Saint-Martin (LFI) et Pierre Henriet (Horizons).

Les OVNIS abordés pour la première fois à l’Assemblée nationale

Intitulée « la recherche sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés (Pan) au-delà des fantasmes », la rencontre a une portée historique dans l’univers du paranormal car c’est la première fois que la question s’invite au Palais Bourbon. « Ce sujet suscite des jugements contrastés et ambivalents, on alterne entre stupeur et ricanements. ‘Mais tu y crois, toi ?’, M’a-t-on demandé », explique en introduction du colloque le député Arnaud Saint-Martin (LFI), organisateur de cette manifestation avec son collègue Pierre Henriet (Horizons).

« Il fallait poser ce dossier dans une enceinte de la représentation nationale pour le traiter posément. Comment la puissance publique organise-t-elle la recherche sur les observations qui restent inexpliquées ? », complète Pierre Henriet. Si ces parlementaires ne partagent pas le même bord politique, ils s’accordent néanmoins sur la nécessité d’une démarche scientifique. Le premier, insoumis, a fait ses armes en tant que sociologue des sciences tandis que le second est mathématicien, épistémologue et ancien président de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) entre 2022 et 2023.

Un contre-pied à Donald Trump

Le timing de l’organisation de cette rencontre n’a toutefois rien d’hasardeux. Elle intervient un mois et demi après la publication sur le site du Pentagone de plus de 160 documents sur les Ovnis par le ministère américain de la défense, poussée par Donald Trump. Dans la foulée, le président américain avait félicité sur son réseau social la démarche pour cet effort, selon lui, de « transparence » en affirmant que c’est au « peuple de décider par lui-même ». En mars 2024, le Pentagone avait pourtant été plus ferme sur le sujet dans un rapport dans lequel il affirmait qu’aucune preuve n’existait concernant le lien entre « phénomènes aériens non identifiés » et technologie extraterrestre.

Ces revirements du gouvernement américain témoignent en effet de la passion suscitée Outre-Atlantique pour les aliens et autres phénomènes non identifiés, de Donald Trump au dernier film de Steven Spielberg, Disclosure Day. « Nous sommes hantés par l’approche américaine : 89% des signalements dans le monde viennent des États-Unis, mais il existe aussi des choses en France », met en évidence Arnaud Saint-Martin.

Déjouer les critiques

C’est pour cette raison que se sont succédé lundi des représentants du Geipan (Groupe d’études et d’informations sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés), le service technique du Centre national d’études spatiales (CNES). Des militaires, ingénieurs, pilotes, civils et observateurs sont aussi intervenus. Frédéric Courtade, directeur du Geipan , a rappelé que leur mission était « articulée autour de l’information auprès de tous, afin de juguler les critiques », grâce, entre autres, à l’ouverture des archives au grand public.

Arnaud Saint-Martin, député LFI, et Pierre Henriet, député Horizons, les deux organisateurs du colloque portant sur la question des ovnis à l'Assemblée nationale, le 26 juin 2026. (LP/Philippe Lavieille (Staff) / MAXPPP)

Arnaud Saint-Martin, député LFI, et Pierre Henriet, député Horizons, les deux organisateurs du colloque portant sur la question des ovnis à l’Assemblée nationale, le 26 juin 2026. (LP/Philippe Lavieille (Staff) / MAXPPP)

Afin de classifier précisément ces phénomènes aérospatiaux non identifiés (PAN), dont les Ovnis, le groupe d’études a mis au point une catégorisation précise lui permettant de traiter chaque année entre plusieurs dizaines de cas et 200. « On dispose de témoignages qui dépendent des cinq sens des témoins, mais aussi de leur mémoire, de leur culture et de leur formation, de leurs convictions voire de leurs croyances. Certains témoignages sont subjectifs, donc il faut savoir peser le pour et le contre. Et puis, on a des données instrumentales comme des photos, des vidéos ou des enregistrements techniques… Mais là aussi, toutes les technologies ont leur limite », précise Gilles Munsch, expert du Geipan.

Seulement 3% de cas inexpliqués

En bout de course, la classification du Geipan repose sur ces quatre catégories : A, pour les phénomènes parfaitement identifiés après des recherches, B pour ceux probablement identifiés après enquête, C les cas non identifiés par manque de données ou d’informations et enfin D, ceux qui demeurent non identifiés même après investigation.

Cette dernière, la plus croustillante et fascinante, ne représente en réalité que 3,1% des signalements. À titre de comparaison, la catégorie B représente 38,8% des cas. Les phénomènes classifiés B ont évidemment suscité le plus grand nombre de discussions, notamment sur les recherches menées sur ces cas inexpliqués. Le directeur du Geipan, Frédéric Courtade, renvoie à son tour la balle aux « chercheurs et universités », estimant que ni le Geipan ni le CNES ne font « de recherche sur ces cas, il n’y a pas d’ufologie [étude des Ovnis] au CNES ».

La science « au cœur » de la démarche

Certains plaident même pour « remettre la science au cœur » de l’étude de ces phénomènes, à l’image de Michael Vaillant, data chercheur spécialisé dans l’étude des phénomènes aériens non identifiés (UAP). Ce dernier estime que la mise en place de standards internationaux permettrait l’éclosion d' »nouvelle science » qui considérerait ces phénomènes non identifiés.

D’autant plus que pour l’anthropologue Pierre Lagrange, « le vrai problème, c’est notre obsession à trouver de l’irrationnel ». Il rappelle que « la notion de complotisme s’est mise à gagner l’ensemble de la société, depuis les années 90, avec une transformation du rapport aux sciences ».


Source:

www.franceinfo.fr

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