La fin d'un symbole : la maison d'édition de Mafalda ferme ses portes

Ediciones de la Flor cessera son activité à la fin de 2026, après six décennies au centre de l’édition indépendante argentine. L’annonce figure sur son stand de la 50e Foire internationale du livre de Buenos Aires, rapporte El País. Sa directrice, Ana María « Kuki » Miler, résume la décision sans détour : « Cela me fait vraiment mal à l’âme de la fermer, mais je n’ai pas d’autre option. »

Quand les droits partent, le modèle s’effondre

Le retrait de Mafalda a précipité la rupture. En 2025, les ayants droit de Joaquín Salvador Lavado, dit Quino, ont confié l’œuvre à Penguin Random House, après cinquante-cinq ans de publication chez De la Flor en Argentine. La même dynamique avait touché Roberto Fontanarrosa, désormais publié par Planeta.

Ces départs privent l’entreprise de ses repères publics et de ses titres les plus porteurs. Mafalda, publiée en livre par De la Flor à partir de 1970, avait atteint des tirages de 200.000 exemplaires dans ses meilleures années. Pour une structure de cette taille, la perte d’un tel socle réduit la capacité à soutenir un fonds plus large.

Miler met aussi en cause une organisation devenue difficile à relancer et un paysage dominé par les grands groupes. Elle évoque un marché qui perd des lecteurs et des ventes, ainsi qu’un contexte national défavorable à la production de livres. La décision ne relève donc pas d’un seul contrat perdu : elle acte la fin d’un équilibre entre patrimoine, diffusion et indépendance.

La mémoire culturelle exposée aux comptes

Fondée en 1966 par Daniel Divinsky, Jorge Álvarez et Oscar Finkelberg, la société a publié plus de 600 titres, mais la mort de Divinsky le 1er août 2025 avait déjà mis à mal la société. Son fonds a réuni humour graphique, littérature politique et traductions, de Rodolfo Walsh à Umberto Eco, avec une place centrale accordée aux dessinateurs argentins.

Son histoire porte aussi la marque de la dictature. Divinsky et Miler furent détenus quatre mois au début du régime militaire, puis contraints à l’exil au Venezuela pendant six ans. Après le retour de la démocratie, la structure avait repris son activité et reconstruit un ensemble devenu l’un des symboles de la culture argentine indépendante.

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La conjoncture accentue la portée du signal. Selon Chequeado, qui s’appuie sur les données de l’Agence argentine de l’ISBN, le pays a enregistré 36.942 titres en 2025, mais seulement 34,6 millions d’exemplaires imprimés, contre 52,6 millions en 2024. Les nouveautés progressent ; les volumes se contractent fortement.

Ediciones de la Flor poursuivra ses opérations jusqu’à la fin de l’année afin de solder les démarches administratives, récupérer les ouvrages en consignation et écouler les stocks. Miler écarte la vente de la marque et privilégie, parmi les propositions reçues, une exposition retraçant l’histoire de l’entreprise. La fermeture transforme ainsi un patrimoine éditorial en objet de mémoire.

Resteront les histoires…

Crédits illustration : Quino

 

Par Nicolas GaryContact : ng@actualitte.com


Source:

actualitte.com

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