Geoffroy Roux de Bézieux est l’invité du grand entretien de « Tout est politique », mercredi 29 avril. L’ancien président du MEDEF réagit à la polémique causée par l’annonce de TotalEnergies, qui affirme avoir réalisé 5,8 milliards de bénéfices nets sur le premier trimestre 2026, en pleine crise des carburants.
Ce texte correspond à la retranscription d’une partie de l’interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour regarder l’entretien en intégralité.
Camille Girerd : On va commencer par la polémique du jour. Les profits records de TotalEnergies. Je redonne les chiffres : 5,8 milliards de bénéfices nets au premier trimestre 2026. C’est 51 % de plus comparé au même trimestre l’année dernière. Sébastien Lecornu a estimé cet après-midi que Total devait redistribuer, d’une manière ou d’une autre, ses superprofits. Vous êtes d’accord avec le Premier ministre ?
Geoffroy Roux de Bézieux : Alors d’abord, je vous remercie de ne pas avoir employé l’expression « profiteur de guerre » que je trouve absolument scandaleuse.
Camille Girerd : Pourquoi vous la trouvez scandaleuse ?
Geoffroy Roux de Bézieux : Parce que ce n’est pas Total qui fixe le prix du pétrole. Une partie de l’augmentation des profits vient de l’augmentation du prix, on est à 119 dollars. Mais ce n’est pas Patrick Pouyanné (directeur général de Total, Ndlr) ou les gens de Total qui fixent un prix mondial. L’offre a baissé, la production a baissé et donc mathématiquement, en vendant le pétrole, il fait plus d’argent.
Camille Girerd : Mais il y a quand même aussi un aspect sur la spéculation qui fait partie du travail aussi de Total.
Geoffroy Roux de Bézieux : Mais c’est une entreprise extrêmement bien gérée. Une partie des profits vient effectivement d’achats anticipés. Ça veut dire qu’ils ont été plus malins que les autres. Et la dernière chose, c’est que toute l’augmentation de profit ne vient pas du prix. Il y a une partie qui vient de la production qu’ils ont augmentée, etc. Maintenant, une fois qu’on a dit tout ça, on a une chance inouïe d’avoir Total en France, parce que ces profits-là, dans les autres pays, en Allemagne, etc., ils sont faits où ? Dans les entreprises de trading qui sont dans des paradis fiscaux. Nous, une partie de cet argent va revenir sous forme d’impôt à l’État français.
Alors, est-ce qu’on peut en prendre plus ? Moi, je crois que ce n’est pas une bonne idée. Total a déjà fait un geste en plafonnant à 1,99 euros. Est-ce que l’entreprise peut faire plus ? Ce n’est pas à moi de répondre, je ne suis pas porte-parole.
Camille Girerd : C’est la réponse qu’il a donnée aujourd’hui au gouvernement en disant : « Nous plafonnons les prix » et c’est notre manière de redistribuer d’une certaine manière. »
Geoffroy Roux de Bézieux : Et j’ajoute un point, on a l’impression que Total est une entreprise nationale. 70% des actionnaires, et c’était dit par votre invité précédent, le député écologiste (Benjamin Lucas-Lundy, Ndlr), sont des fonds de pension américains. Mais pourquoi ? Parce qu’on n’a pas de fonds de pension en France. Donc, si j’avais été sur le plateau, je lui aurais bien retourné l’argument. Moi, je préférerais que ça soient des actionnaires français qui touchent les dividendes. Bon, ce n’est pas le cas. Et vis-à-vis de ces actionnaires, il ne peut pas, à un moment, baisser définitivement ses prix. En fait, ils vendent à perte, en quelque sorte, parce qu’ils pourraient faire plus.
Camille Girerd : On n’a pas l’évaluation de ce que vous coûte pour le moment, le façonnement des prix de chez Total.
Geoffroy Roux de Bézieux : Pour être très juste, je vais essayer d’être objectif. Il augmente le volume puisque, si c’est moins cher chez Total, les gens vont plus chez eux. Et d’ailleurs, si on demandait à Patrick Pouyanné, ou s’il le faisait volontairement, de baisser encore, de plafonner plus bas le prix, ou de continuer à le faire, ça ferait disparaître toutes les stations indépendantes. Parce qu’évidemment, elles perdent du volume. Donc le sujet mérite mieux que des polémiques. Mais bon, la politique, dès qu’on peut taper sur Total, c’est quand même un sport national.
Camille Girerd : « Total Bashing », a dit le Premier ministre.
Geoffroy Roux de Bézieux : Oui, mais il a raison. Moi, je me réjouis que ça soit une boîte en France. Son siège est en France. Elle paye ses impôts en France. Son patron est français et c’est un patriote.
Nathalie Saint-Cricq : Est-ce que le capitalisme et le patriotisme vont ensemble ? Ce n’est pas un sujet de philo.
Geoffroy Roux de Bézieux : C’est un sujet passionnant.
Nathalie Saint-Cricq : C’est simplement de savoir s’il y a des éléments culturels. C’est un peu quand on parle des « profiteurs de crise » et de la honte. Est-ce que vous considérez qu’il peut y avoir un capitalisme éthique ? On est tous dans une situation, on fait un petit geste et on le fait avaler aux actionnaires.
Geoffroy Roux de Bézieux : Oui, bien sûr, et c’est pour ça que Patrick Pouyanné le fait.
Nathalie Saint-Cricq : Mais il va continuer à le faire ?
Geoffroy Roux de Bézieux : Je ne peux pas répondre à ça. Mais pour répondre à votre question qui est intéressante : patriotisme et capitalisme. On est dans un monde où l’actionnariat des entreprises cotées, le CAC 40, est majoritairement étranger. Et les patrons français, moi je les connais bien, je suis administrateur de boîtes du CAC, on est toujours tiraillés entre ce que nous demandent les actionnaires, qui sont les propriétaires de l’entreprise, qu’on aime ou qu’on n’aime pas, c’est la réalité, et notre fibre citoyenne, parce que les patrons, en tout cas ceux qui sont français, ils ont été éduqués par la France, ils ont une fibre patriotique.
Alors la bonne nouvelle dans tout ça, c’est que la guerre des empires qui est en train de se dessiner, enfin qui se dessine d’ailleurs, elle vous renvoie un peu et elle nous renvoie un peu à notre (fibre) européenne plutôt que nationale, en réalité. Puis dernier élément par rapport à l’aspect culturel, vous n’avez pas vu la même polémique en Angleterre sur le patron de BP ou aux États-Unis sur le patron de Chevron, etc. Ça, ça n’existe pas. Personne, d’ailleurs, personne hors Total, n’a plafonné dans les stations-service. Il n’y a qu’en France qu’on fait ça. Donc regardons juste un tout petit peu autour de nous avant de taper sur Total.
Retrouvez l’intégralité de l’interview dans la vidéo ci-dessus.
Source:
www.franceinfo.fr


