Nicolas Sarkozy l’avait noté avec satisfaction : l’affaire libyenne, « personne n’y comprend rien ». Le réalisateur Yannick Kergoat, en 2025, en avait malicieusement fait le titre d’un film avec l’équipe de Mediapart, à l’origine de la plupart des révélations de l’affaire. Tant il est vrai que l’affaire est complexe, et ses tiroirs et rebondissements sont nombreux. Alors que le procès en appel des soupçons de financement libyen de la campagne présidentielle de 2007, ouvert le 16 mars, est à mi-chemin, il n’est sans doute pas inutile de tenter de dégager les grandes lignes de ce marathon judiciaire.
Il faut, pour l’accusation, remonter loin en arrière. Sarkozy, ministre du budget d’Edouard Balladur et son porte-parole pour la campagne présidentielle, trébuche en même temps que son candidat, en 1995, lourdement battu par Jacques Chirac. Commence alors pour lui une longue traversée du désert, de 1997 jusqu’à 2002, où il soutient cette fois la candidature de Chirac. Il est nommé ministre de l’intérieur.
Dès 2003, Sarkozy pense à l’Elysée. Sa cote de popularité grimpe en flèche, mais le talent ne suffit pas, il faut aussi de l’argent pour une campagne. Se présente alors le contrat Miksa, un contrat d’armement de 7 milliards d’euros avec l’Arabie saoudite. Les discussions ont été engagées par Charles Pasqua en 1994, dont Claude Guéant était directeur de cabinet, mais étaient au point mort depuis. Arrivé Place Beauvau en mai 2002, Sarkozy écrit deux mois plus tard à son homologue saoudien, le prince Nayef Ben Abdel Aziz, qu’il est temps de renouer la négociation. Il envoie à Riyad Claude Guéant, devenu son directeur de cabinet, et Brice Hortefeux, son ami de toujours, pour arrondir les angles. Le prince est au mieux avec un certain Ziad Takieddine, un homme d’affaires franco-libanais qui lui sert de traducteur.
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Source:
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