Publié le 21/04/2026 22:17
Mis à jour le 22/04/2026 00:07
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C’est l’une des affaires les plus troubles de la Ve République qui ressurgit. L’ancien ministre Robert Boulin a été retrouvé mort le 30 octobre 1979 dans 50 cm d’eau dans la forêt de Rambouillet. L’enquête avait conclu au suicide, une version contestée depuis toujours par sa famille. Le Parquet de Versailles a demandé le transfert du dossier au pôle « cold cases » de Nanterre.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.
Robert Boulin. Un nom et un visage synonymes de l’une des plus grandes énigmes politico-judiciaires de la Ve République. Quarante-sept ans après la mort de celui qui était à l’époque ministre du Travail de Valéry Giscard d’Estaing, la justice entend confier les investigations au magistrat du pôle cold case, spécialisé dans les affaires classées. Pour la fille du ministre, c’est l’enquête de la dernière chance. « Je n’ai jamais désespéré de la justice de mon pays, malgré une enquête catastrophique, des interventions politiques inimaginables », déclare Fabienne Boulin-Burgeat, fille de Robert Boulin.
L’affaire Boulin ou l’ombre d’un scandale d’État. Le 30 octobre 1979, lorsque le corps sans vie de Robert Boulin est retrouvé dans cet étang de la forêt de Rambouillet, l’hypothèse du suicide est immédiatement évoquée par les policiers et relayée par la presse.
Fragilisé par des accusations d’escroquerie immobilière pour l’achat d’un terrain dans le sud de la France, le ministre aurait mis fin à ses jours. Une lettre d’adieu est même retrouvée dans son bureau. Mais sa famille n’y croit pas. Et en 1981, la publication de ses photos montrant Robert Boulin au visage tuméfié accroît le doute. Le corps est exhumé, une nouvelle autopsie a lieu. Elle est réalisée par le docteur Daniel Jo qui s’intéresse au crâne de Robert Boulin. « On a pu constater qu’il y avait eu coup pour qu’il y ait une fracture au moment où il était encore en vie, à ce moment-là, notre conviction profonde, c’est qu’il s’agissait d’un meurtre déguisé », décrit Daniel Jault, médecin légiste.
Mais alors, qui aurait eu intérêt à tuer Robert Boulin ? Ancien résistant, homme politique respecté, certains voyaient en lui un possible Premier ministre. Cet homme, autrefois proche du grand banditisme, détenait peut-être la clé du mystère. À l’automne 1979, dans un bar libertin de la région parisienne, Elio Darmon dit avoir assisté à une conversation entre plusieurs hommes liés au SAC, le service d’action civique, la milice gaulliste habituée des actions coup de poing. Ses voisins de table auraient reconnu avoir tué Robert Boulin. « Moi, ce que j’ai entendu, c’est qu’ils ont séquestré le ministre Boulin dans la périphérie de Montfort l’Amaury dans une villa. C’est là qu’ils l’ont tabassé. L’un d’eux a dit : ‘Le patron nous avait demandé de ne pas le tuer’, et l’autre a répondu : ‘Oui on l’a tabassé mais il est mort dans nos bras », témoigne Elio Darmon.
Après quatre décennies de secret, Elio Darmon a révélé aux gendarmes les noms des hommes qui auraient avoué devant lui avoir tué Robert Boulin. Les juges qui reprendront l’affaire ne pourront pas l’entendre, Elio Darmon est décédé il y a trois semaines.
Source:
www.franceinfo.fr


