
Au Soudan, la guerre entre l’armée et les paramilitaires entre dans sa quatrième année, après avoir plongé dans la pauvreté la majorité des Soudanais, arraché 11 millions d’entre eux à leurs foyers et répandu la faim. A l’occasion de l’anniversaire du début de ce conflit, mercredi 15 avril, une conférence internationale réunit des donateurs à Berlin afin de relancer des pourparlers de paix vacillants et lever des fonds pour la « pire crise humanitaire au monde », selon l’Organisation des Nations unies (ONU).
« Dans un contexte de diminution des ressources humanitaires, les participants ont déjà annoncé des engagements de soutien dépassant 1,3 milliard d’euros », a annoncé en conférence de presse le ministre des affaires étrangères allemand, Johann Wadephul, qui y voit un « signe positif ».
La réunion de Berlin rassemble gouvernements, agences humanitaires et organisations de la société civile, mais exclut les deux belligérants, l’armée et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR). Le ministre des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, y représente la France à cette rencontre. Des rendez-vous similaires à Londres et à Paris ces deux dernières années n’ont pas permis d’avancée diplomatique.
La guerre au Soudan est un « cauchemar » qui doit « prendre fin », tout comme « les ingérences extérieures et le flux d’armes qui alimentent » ce conflit, a exhorté le secrétaire général de l’ONU mercredi lors d’une conférence internationale sur le sujet à Berlin.
Trois ans après le début du conflit, Antonio Guterres demande aux belligérants « un arrêt immédiat des hostilités », et à la communauté internationale d’« intensifier [ses] efforts » pour l’aide humanitaire, « encore plus insuffisante » pour l’instant cette année qu’en 2025. Déjà l’an passé « moins de 40 % du soutien humanitaire nécessaire a été fourni », a-t-il déploré.
Malgré les dizaines de milliers de morts qu’elle a faits depuis avril 2023, cette guerre « n’est pas très souvent sous les projecteurs », a regretté le chancelier allemand, Friedrich Merz. Près de 700 civils ont été tués dans des frappes de drones depuis janvier, les deux camps ayant intensifié leurs attaques, en particulier dans les Etats du Kordofan du Sud et du Nil-Bleu, selon l’ONU.
Environ 1,7 million de personnes revenues à Khartoum
Un calme fragile s’est toutefois installé dans la capitale, Khartoum, reprise par l’armée en 2025, où la reconstruction a commencé dans certains secteurs. Les marchés ont rouvert, le trafic automobile a repris, les examens de fin d’études secondaires se sont tenus cette semaine, après près de deux ans de fermeture massive des écoles.
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Selon l’ONU, environ 1,7 million de personnes sont revenues à Khartoum. Mais le danger demeure et les autorités s’emploient lentement à neutraliser des dizaines de milliers de bombes non explosées.
Les efforts diplomatiques menés par le Quad (Etats-Unis, Arabie saoudite, Emirats arabes unis et Egypte) ont jusqu’à présent échoué, les deux camps continuant de se disputer le contrôle du territoire de ce troisième plus grand pays d’Afrique, en bénéficiant du soutien de parrains étrangers.
L’Arabie saoudite, l’Egypte et la Turquie soutiennent l’armée soudanaise, et les Emirats arabes unis sont accusés d’armer les FSR. Tous nient toute implication directe dans les hostilités. Les pourparlers menés par le Quad ont également été interrompus après que le chef de l’armée, Abdel Fattah Al-Bourhane, a remis en cause la participation d’Abou Dhabi.
Crise humanitaire sans précédent
« Répétition des violences sexuelles, répétition des déplacements, répétition des morts. On a l’impression d’être coincés dans une boucle », a dénoncé lundi la responsable de l’ONU au Soudan, Denise Brown. La conférence doit discuter de la manière « d’exercer une influence sur les acteurs-clés », a affirmé la porte-parole de la diplomatie allemande, Kathrin Deschauer.
« De nombreux acteurs extérieurs sont impliqués dans cette guerre », a relevé Luca Renda, le représentant du Programme des Nations unies pour le développement au Soudan. « Tant que cela continuera, malheureusement, les chances de paix resteront très minces. »
Au-delà de la destruction généralisée des infrastructures, la guerre a enfoncé davantage la population – quelque 50 millions d’habitants – dans l’insécurité alimentaire et la pauvreté. Mais l’appel à des dons lancé par l’ONU pour 2026 n’est pour l’instant financé qu’à 16 %. La famine a été déclarée l’an dernier dans les capitales du Nord-Darfour, El-Fasher, et du Kordofan du Sud, Kadougli, avec 20 autres zones à risque, selon l’ONU.
A Berlin, le président de la Commission de l’Union africaine, Mahamoud Ali Youssouf a salué l’initiative allemande, « alors que le monde entier se concentre sur l’Iran, l’Ukraine et d’autres crises ». Mais « nous n’en sommes pas encore » à une cessation des hostilités, a-t-il reconnu.
Source:
www.lemonde.fr


