Le Parlement européen a adopté, le 17 septembre 2026, une résolution sévère à l’égard du Maroc après la crise migratoire survenue à Ceuta fin juillet. Sans produire d’effet juridique immédiat sur les relations entre Rabat et Bruxelles, le texte témoigne d’un durcissement politique au sein de l’institution européenne.
Le Parlement européen a approuvé, jeudi 17 septembre 2026, une résolution consacrée à l’arrivée massive de migrants à Ceuta les 30 et 31 juillet. Le texte a recueilli 339 voix favorables, contre 225 voix défavorables et 16 abstentions.
Soutenue principalement par les groupes de droite et d’extrême droite, la résolution considère que l’instrumentalisation de flux migratoires peut constituer une forme de « guerre hybride » susceptible de menacer la sécurité et l’intégrité territoriale d’un État membre de l’Union européenne.
Le Parlement appelle également le Maroc à renforcer sa coopération avec l’Espagne et demande la création de mécanismes permettant de suspendre ou de récupérer certains financements européens lorsqu’un pays tiers refuse de coopérer ou agit contre les intérêts de l’Union.
Selon les comptes rendus publiés par Cadena SER et El País, une proposition plus radicale, réclamant l’interruption immédiate de l’ensemble des aides européennes accordées au Maroc, n’a toutefois pas été retenue.
Une résolution à forte portée politique
Le vote n’entraîne pas automatiquement la suspension de l’accord d’association entre le Maroc et l’Union européenne. Une telle mesure nécessiterait l’intervention d’autres institutions européennes et la mise en œuvre de procédures distinctes.
La résolution n’est donc pas assimilable à une sanction immédiate. Elle représente néanmoins un avertissement politique important. Elle contribue notamment à inscrire la crise de Ceuta dans un registre sécuritaire dépassant la seule question de l’immigration irrégulière.
L’utilisation de l’expression « guerre hybride » est particulièrement significative. Elle suggère que des mouvements de population pourraient avoir été encouragés ou exploités afin d’exercer une pression politique sur un pays européen. L’attribution d’une responsabilité directe au Maroc demeure cependant discutée.
Le gouvernement espagnol avait précédemment déclaré ne pas disposer de preuves établissant que les autorités marocaines avaient organisé l’arrivée massive de migrants. L’existence d’une défaillance dans le contrôle de la frontière, d’une facilitation volontaire ou d’une opération coordonnée ne relève pas du même degré de responsabilité et nécessiterait des éléments probants distincts.
La souveraineté au centre du débat
Pour l’Espagne et les institutions européennes, Ceuta et Melilla sont deux villes autonomes espagnoles et constituent une partie de la frontière extérieure de l’Union. Madrid cherche depuis plusieurs années à renforcer leur intégration aux politiques européennes en matière de sécurité, de douane et de contrôle des frontières.
Le Maroc ne reconnaît pas formellement la souveraineté espagnole sur les deux villes, qu’il considère historiquement comme des territoires occupés. Rabat évoque toutefois très rarement cette revendication dans sa communication diplomatique contemporaine.
La résolution européenne ne tranche pas juridiquement le différend historique et ne peut empêcher le Maroc de maintenir une revendication. Elle confirme néanmoins la prédominance de la position espagnole au sein des institutions européennes.
Cette évolution intervient dans un contexte de rapprochement entre Rabat et Madrid. Depuis 2022, l’Espagne soutient le plan marocain d’autonomie pour le Sahara occidental comme la base « la plus sérieuse, réaliste et crédible » en vue d’un règlement du conflit. Les deux pays ont parallèlement renforcé leur coopération économique, sécuritaire et migratoire.
Le silence relatif du Maroc sur Ceuta et Melilla est ainsi interprété par certains observateurs comme le prix d’une relation apaisée avec Madrid et de son soutien dans le dossier du Sahara. D’autres considèrent qu’il traduit une absence de stratégie diplomatique à long terme. Les autorités marocaines n’ont pas exposé publiquement de doctrine détaillée permettant de départager ces interprétations.
Des interrogations sur la stratégie marocaine
Au Maroc, le vote européen a relancé le débat sur l’action du gouvernement, du ministère des Affaires étrangères, des partis politiques et des institutions chargées de la sécurité.
Les critiques portent notamment sur la faiblesse de la diplomatie parlementaire marocaine. Contrairement à l’Espagne, qui mobilise régulièrement ses représentants et ses relais politiques européens autour de Ceuta et Melilla, les partis marocains abordent rarement ce dossier avec leurs partenaires étrangers.
Le travail d’influence au sein de l’Union européenne constitue un autre sujet de discussion. Plusieurs résolutions adoptées ces dernières années ont montré les difficultés rencontrées par Rabat lorsqu’il s’agit de défendre sa position auprès des différents groupes du Parlement européen. Les relations institutionnelles avec la Commission et les gouvernements des États membres paraissent souvent plus solides que celles entretenues avec les eurodéputés.
La crise de juillet soulève également des questions sur l’anticipation sécuritaire. Le nombre très élevé de personnes s’étant dirigées vers Ceuta et la diffusion préalable de rumeurs sur les réseaux sociaux justifient un examen des dispositifs de surveillance et d’alerte.
Aucun élément public ne permet toutefois d’attribuer individuellement la responsabilité de ces éventuelles défaillances à un responsable ou à un service particulier. Toute mise en cause précise nécessiterait une enquête documentée ainsi qu’un accès aux informations opérationnelles.
Le rôle du développement régional
Au-delà de la diplomatie et de la sécurité, la situation des régions marocaines voisines de Ceuta et Melilla demeure un enjeu central.
Le Maroc a réalisé d’importants investissements dans le nord du pays, notamment dans les infrastructures portuaires, industrielles et routières. Les disparités économiques, le chômage des jeunes et l’attraction exercée par les deux villes sous administration espagnole n’ont toutefois pas disparu.
Le développement économique des zones frontalières peut réduire leur dépendance à l’économie informelle et aux échanges avec Ceuta et Melilla. Il ne règle cependant pas, à lui seul, la question de leur statut politique.
Un avertissement plutôt qu’une rupture
Le vote du 17 septembre ne marque donc pas une rupture entre le Maroc et l’Union européenne. Les liens commerciaux, économiques, sécuritaires et migratoires entre les deux partenaires demeurent considérables. L’Union a besoin de la coopération marocaine, tandis que le marché européen reste essentiel pour l’économie du Royaume.
La résolution révèle néanmoins une évolution défavorable à Rabat au sein du Parlement européen. Elle renforce la lecture espagnole du statut de Ceuta et Melilla et associe désormais la crise migratoire à la notion de menace hybride.
Pour le Maroc, le principal enjeu sera de déterminer s’il souhaite réaffirmer sa revendication historique, continuer à la maintenir en retrait ou élaborer une position intermédiaire compatible avec son partenariat avec l’Espagne. Dans tous les cas, l’absence de doctrine publique laisse le terrain diplomatique aux initiatives espagnoles et européennes.


