Le premier quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) à Vendin-le-Vieil a atteint son objectif : couper les narcotrafiquants de l’extérieur. Mais ce régime d’exception continue d’être critiqué, les avocats dénonçant ses effets sur la santé des détenus.
Derrière les hauts murs et les quatre miradors de cette prison du Pas-de-Calais, les premiers détenus de la prison de haute sécurité, créé par la loi contre le narcotrafic, sont arrivés il y a un an, en juillet 2025. Parmi eux figuraient Mohamed Amra, et des membres du clan Yoda et de la DZ Mafia.
Inspiré de la lutte anti-mafia italienne, ce régime vise à les isoler totalement afin de les empêcher de poursuivre leurs activités criminelles depuis leur cellule. Les extractions sont limitées et les contacts avec l’extérieur strictement encadrés.
Craintes des avocats des détenus
« La mission principale, les couper de l’extérieur, a fonctionné », assure à l’AFP une source syndicale à Vendin-le-Vieil, où 267 agents surveillent une centaine de détenus. Si « quelques failles » sont apparues, certains détenus ayant joint l’extérieur via « des associations et un avocat », « il y a eu du ménage » et les possibilités d’appels ont été « fortement réduites », affirme-t-elle.
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À l’ouverture, les détenus avaient protesté en inondant les coursives. La contestation a repris en juillet : plusieurs détenus ont refusé pendant deux jours de regagner leur cellule après leur promenade, selon une seconde source syndicale. Ils dénonçaient le prolongement de leur placement au QLCO et réclamaient de meilleures conditions de parloir, notamment la suppression de l’hygiaphone, ainsi que leur transfert vers d’autres établissements. « Ils sont sous cloche, ils n’ont pas les mains libres, ça limite leurs activités », résume cette source.
Si les syndicats et le ministère de la Justice saluent l’efficacité du dispositif, les avocats des détenus dénoncent son coût humain. « Quand vous n’avez plus aucun contact physique, vous finissez par vriller », plaide Me May Sarah Vogelhut, qui défend plusieurs détenus incarcérés à Vendin-le-Vieil. Elle constate une « dégradation de l’état psychologique » de ses clients : « En détention ordinaire, le parloir avec hygiaphone est une sanction. Là, cette sanction dure depuis un an. » Les familles parcourent des centaines de kilomètres pour un parloir derrière une vitre, dénonce-t-elle.
Pour Me Benoît David, la création des QLCO relève d’« un pur effet d’annonce » qui ne répond « à aucune logique pénale » : certains détenus, qui seraient habituellement dispersés, « se retrouvent au même endroit » alors qu’ils sont « dans le même dossier ».
Même constat pour Me Charly Salkazanov, qui dénonce « un cumul de mesures sécuritaires » rendant, selon lui, « la détention indigne » : fouilles très régulières, appels limités, conversations enregistrées, refus de parloirs, manque d’activités et installation de caillebotis aux fenêtres. « L’isolement leur tape sur le système, ils se plaignent de la perte de repères », ajoute-t-il. Selon lui, même certains détenus qui « n’ont pas forcément le profil de la criminalité organisée », sont envoyés à Vendin-le-Vieil, ce qui les prive « de perspectives de réinsertion », craint Me Salkazanov, qui dénonce une « logique de remplissage ». Plusieurs recours ont été déposés devant le tribunal administratif, en vain jusque-là.
Quatre prochains établissements
De son côté, le ministère de la Justice fait valoir que « ces personnes sont très dangereuses pour deux raisons : leur capacité corruptive des agents pénitentiaires » et « leur capacité à poursuivre des activités criminelles depuis la détention ». Ainsi, la prison de Vendin-le-Vieil leur « permet de couper complètement leurs connexions extérieures ». « Aucun téléphone portable n’a été découvert, aucun survol de drone n’a été constaté, aucun incident majeur en détention n’a eu lieu », a souligné mercredi Pascal Courtade, directeur général de l’administration pénitentiaire.
Après Vendin-le-Vieil, un autre QLCO a été ouvert à Condé-sur-Sarthe (Orne), en octobre 2025. En juillet, la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) avait dénoncé des « violences systémiques » dans cette prison. Saisi par l’Observatoire international des prisons (OIP), le tribunal a ordonné samedi au ministre de la Justice de faire cesser « dans les meilleurs délais » les « comportements contraires à la déontologie » commis par des agents, mentionnant « propos insultants, racistes et suprémacistes », violences et humiliations.
Prochainement, quatre nouveaux établissements de ce type doivent ouvrir à Réau (Seine-et-Marne), Valence (Drôme), Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) et Saint-Laurent-du-Maroni (Guyane).
Source:
www.leparisien.fr

