L’évêque anglican ougandais Christopher Senyonjo, rare voix religieuse défendant les minorités sexuelles dans ce pays d’Afrique de l’Est très pratiquant, est décédé dimanche 19 juillet 2026 à l’âge de 94 ans, ont annoncé lundi 20 juillet des défenseurs de la communauté homosexuelle. L’évêque, retraité depuis 1998, s’était fait connaître ces vingt-cinq dernières années en s’opposant vertement aux évolutions des législations anti-homosexualité dans son pays.
« C’est avec une profonde tristesse que nous annonçons le décès de l’évêque Christopher Senyonjo », a ainsi écrit l’association Minorités sexuelles Ouganda (Smug) sur le réseau social X. « Durant de nombreuses années, l’évêque Senyonjo s’est tenu à nos côtés (…) Il a consacré sa vie à servir les autres, spécialement ceux marginalisés et rejetés. » « Il était une âme rare et magnifique qui ne prêchait pas seulement l’amour mais le vivait chaque jour », a ajouté l’association de défense des droits des homosexuels Farug sur le même réseau, saluant son « soutien indéfectible » à la communauté homosexuelle.
Défenseur des chrétiens homosexuels
L’Ouganda, pays chrétien à plus de 80 %, a adopté en 2023 une loi anti-homosexualité considérée comme l’une des plus répressives au monde, ouvertement soutenue par le clergé anglican local. Ce texte rend passible de prison à vie les relations entre personnes de même sexe, ou leur « promotion ».
L’Église d’Ouganda avait « accueilli avec satisfaction » cette loi. L’homosexualité en Ouganda « nous est imposée par des acteurs extérieurs, étrangers, contre notre volonté, contre notre culture et contre nos croyances religieuses », avait estimé l’archevêque Stephen Samuel Kaziimba Mugalu, primat de l’Église, qui représente près de 30 % des habitants du pays.
Après une formation à la théologie au sein de l’Église épiscopalienne des États-Unis – une Église de la Communion anglicane qui fut l’une des premières à ordonner des homosexuels à l’épiscopat –, Christopher Senyonjo était retourné en Ouganda et avait occupé, de 1974 à sa retraite, le siège d’évêque du diocèse anglican de Buganda, dans le sud du pays.
Après sa démission pour limite d’âge, il s’était tourné vers la thérapie conjugale et la sexualité, en ouvrant un cabinet de conseil dans la capitale ougandaise. C’est dans ce cadre qu’il avait rencontré des jeunes lui ayant confié leurs difficultés d’être homosexuels et leurs souffrances d’être rejetés par l’Église anglicane d’Ouganda.
Interdit d’officier par l’Église ougandaise
Dès lors, il s’était à nouveau rapproché de l’Église épiscopalienne américaine, avait créé un centre d’accueil et était devenu une figure de référence pour la communauté homosexuelle ougandaise. Dès 2001, l’Église anglicane d’Ouganda lui avait interdit d’officier, avant de l’exclure cinq ans plus tard pour pour avoir « persisté à ouvertement déformer les enseignements des Écritures » sur « la sexualité humaine ».
« Vous ne devriez pas punir des gens pour ce qu’ils sont sexuellement », expliquait de son côté Christopher Senyonjo après le vote d’une première mouture de la loi anti-homosexualité en 2014. « Punir des adultes consentants me semble très déshumanisant. On peut citer la Bible, les Écritures », mais ces dernières « sont souvent citées hors contexte ». « Ils disent que je devrais condamner les homosexuels », avait martelé l’intéressé, « je ne peux pas car j’ai été appelé pour servir tout le monde, notamment ceux qui sont marginalisés ».
En 2010, la photo de l’évêque avait été publiée, avec celle du militant des droits des minorités sexuelles David Kato, en une d’un tabloïd ougandais affirmant dénoncer les « principaux homosexuels du pays », sous le titre « Pendez-les ». David Kato avait été assassiné quelques mois plus tard, et Christopher Senyonjo avait prononcé la prière lors de ses obsèques.
Division dans l’anglicanisme
Les Églises anglicanes conservatrices, parmi lesquelles de nombreuses sont africaines, s’opposent depuis deux décennies à leurs homologues britannique et américain sur les questions de morale sexuelle. Au début des années 2000, l’ordination d’un homme vivant dans une relation homosexuelle avait provoqué la colère de plusieurs Églises anglicanes conservatrices.
Sur cet épineux sujet, les divisions ont culminé en 2025, avec l’annonce par un groupement d’Églises anglicanes se revendiquant « orthodoxes » qu’il se séparait de la Communion anglicane mondiale pour former une autre alliance, à laquelle participent des Églises anglicanes africaines, dont celle ougandaise.
Source:
www.la-croix.com

