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Mais pourquoi l'Amérique ne veut plus bosser? À l'inverse de la France, la part des Américains sortis du marché de l'emploi n'a jamais été aussi élevée depuis… 50 ans (et de quoi vivent-ils?)

Derrière la baisse trompeuse du chômage américain, une tendance plus inquiétante se dessine: de plus en plus d’Américains quittent la population active, entre retraites anticipées, découragement, inadéquation des compétences et contraintes familiales.

C’est un phénomène lent, presque invisible mais qui inquiète les économistes. Une proportion croissante d’Américains disparaît des radars du marché du travail. Ils ne sont pas au chômage en attendant de retrouver un emploi: ils ne travaillent plus et n’en recherchent plus.

Ce jeudi, l’annonce de la baisse du taux de chômage aux États-Unis pour juin aurait pu, à première vue, être une bonne nouvelle. Le taux est en effet descendu à 4,2%, son niveau le plus bas depuis un an. Pourtant, cette amélioration masque une réalité bien moins encourageante. Selon les données publiées jeudi par le Bureau of Labor Statistics, ce recul s’explique principalement par un nombre croissant de personnes qui ont quitté le marché du travail plutôt que par une hausse de l’emploi.

Les chiffres montrent que le taux de participation à la population active, qui mesure la part des personnes en âge de travailler ayant un emploi ou en recherchant un, est tombé à 61,5%, son niveau le plus faible depuis mars 2021. Il était de 67% en 2000 et encore de 63,3% en 2019 juste avant la chute brutale liée au Covid.

En excluant la période exceptionnelle de la pandémie, il s’agit même du taux de participation le plus bas observé depuis… 50 ans. Jamais depuis 1976, la proportion d’Américains âgés de 16 ans et plus sur le marché du travail n’avait été aussi basse.

Un contraste saisissant avec l’Europe où les taux d’emploi sont parmi les plus élevés historiquement. Principalement en France où le taux d’emploi des 15–64 ans atteint 69,5% au premier trimestre 2026, soit son plus haut niveau depuis 1975, première année disponible dans les séries statistiques de l’Insee. La comparaison du taux d’emploi entre les deux pays doit certes être interprétée avec prudence, car ils n’utilisent pas exactement la même définition statistique. En France, le taux d’emploi est généralement mesuré pour les 15–64 ans tandis qu’aux États-Unis le chiffre de 61,5% concerne l’ensemble de la population civile de 16 ans et plus, incluant donc une part importante de retraités. Il n’empêche que l’un est au plus haut depuis 50 ans quand l’autre est au plus bas.

Un million de personnes en moins en un an

Pour Mike Reid, responsable de l’économie américaine chez RBC, cette évolution traduit un phénomène préoccupant.

« Le taux de chômage est tombé à 4,2% alors que le nombre de chômeurs et la taille de la population active ont tous deux diminué, explique-t-il sur CNBC. Il pourrait bien s’agir d’une histoire de départs à la retraite, mais aussi d’une histoire d’anciens demandeurs d’emploi qui abandonnent simplement le marché du travail. »

Les données de l’enquête auprès des ménages dressent en effet le portrait d’une population active qui continue de se contracter. Rien qu’au mois de juin, la population active a diminué de 720.000 personnes. Dans le même temps, le nombre de personnes considérées comme ne faisant pas partie de la population active (qu’elles soient sans emploi ou qu’elles ne recherchent plus de travail) a augmenté de 832.000. Cette évolution suggère qu’une partie des demandeurs d’emploi renonce tout simplement à poursuivre ses recherches.

Sur un an, la population active a reculé de plus d’un million de personnes, le nombre de personnes employées a diminué de 1,06 million et le nombre de chômeurs a progressé de 40.000. Le ratio emploi-population totale est ainsi tombé à 59%, son niveau le plus faible depuis octobre 2021.

De plus en plus d’économistes ne regardent d’ailleurs plus le taux de chômage qui est finalement assez stable et très conjoncturel mais cet indicateur du taux d’emploi.

« Ce qui m’interpelle vraiment, ce n’est pas tant le taux de chômage, affirme Dan North, économiste en chef pour l’Amérique du Nord chez Allianz. Ce qui constitue une évolution importante, c’est le taux de participation, et il s’agit d’une baisse très marquée en un seul mois. Sur l’ensemble de l’année écoulée, c’est également un recul important. Je pense que c’est un indicateur beaucoup plus important. »

« Si la participation n’avait pas chuté, le taux de chômage aurait probablement augmenté », souligne l’économiste Guy Berger, cité par le Wall Street Journal.

Des chiffres « préoccupants »

Mais pourquoi une part croissante d’Américains ne veulent-ils plus travailler? Certains observateurs expliquent habituellement la baisse de la participation par les départs à la retraite des générations du baby-boom et de la génération X, ainsi que par le ralentissement de l’immigration.

Pourtant, les données de juin remettent cette explication en question. La plus forte baisse concerne les travailleurs dits « en âge de pleine activité », c’est-à-dire les personnes âgées de 25 à 54 ans. Leur taux de participation a reculé de 0,6 point pour s’établir à 83,3%, son plus bas niveau depuis décembre 2023.

« Je déteste utiliser le mot « alarmant », mais ces chiffres sont préoccupants », reconnait Dan North.

Certains économistes invitent toutefois à la prudence, estimant que les données de juin pourraient être particulièrement volatiles, notamment en raison du fort recul observé dans les secteurs des loisirs et de l’hôtellerie-restauration.

Malgré tout, la baisse du taux de participation s’inscrit dans une tendance de fond.

« C’est choquant de voir 720.000 personnes cesser complètement de chercher un emploi et le secteur de l’hôtellerie-restauration supprimer des postes, estime Heather Long, économiste en chef de Navy Federal Credit Union sur CNBC. Le marché du travail est meilleur qu’il y a un an, mais les opportunités restent limitées. »

Les économistes continuent néanmoins de voir dans le vieillissement démographique un facteur structurel majeur. Le taux de participation des Américains de 55 ans et plus est tombé à 37,1%, son plus bas niveau depuis 21 ans. Les fortes hausses des marchés financiers et de l’immobilier ont permis à de nombreux baby-boomers de partir plus tôt à la retraite. Certains choisissent également de quitter définitivement le marché du travail plutôt que de s’adapter aux nouvelles technologies, notamment à l’intelligence artificielle, qui transforme rapidement de nombreux métiers.

De quoi vivent ces Américains?

Mais pourquoi n’observe-t-on pas alors même phénomène en Europe qui vieillit encore plus vite? Cela a trait au système des retraites qui est généralement par répartition et qui oblige les salariés à travailler plus longtemps pour en bénéficier. Quand outre-Atlantique, les seniors préfèrent faire valoir leurs droits en débloquant leur pécule placé sur des fonds de pension.

« Davantage de personnes prennent leur retraite, probablement grâce à l’importante création de richesse des 18 dernières années », explique Troy Ludtka, économiste chez SMBC Nikko Securities Americas.

La situation de ces Américains sortis du marché du travail est très hétérogène. Il n’y a pas que les retraités qui veulent couler des jours heureux en dépensant leur patrimoine accumulé.

Les personnes en âge de travailler qui renoncent à chercher un emploi vivent souvent grâce au revenu de leur conjoint, à leur épargne, à des prestations d’invalidité ou à des aides sociales comme le programme alimentaire SNAP, ce qui les fait sortir des statistiques du chômage sans pour autant retrouver un emploi.

Le phénomène touche aussi les actifs plus jeunes, mais pour des raisons différentes. Depuis plusieurs années, les économistes observent une hausse de la durée des études: le taux de scolarisation des 18-24 ans est passé d’environ 25% en 1980 à 40% en 2014, retardant leur entrée sur le marché du travail.

Pour les travailleurs de 25 à 54 ans, en revanche, la sortie de la population active est davantage liée au découragement ou à l’inadéquation entre les compétences et les emplois disponibles. Selon le rapport 2016 du Joint Economic Committee du Congrès, le recul de la participation des hommes peu diplômés s’explique notamment par la disparition des emplois intermédiaires sous l’effet de la mondialisation et du progrès technologique.

Le rapport souligne également que l’absence de politiques favorisant l’équilibre entre vie professionnelle et vie familiale comme les congés parentaux rémunérés ou des services de garde abordables contribue aussi au retrait de nombreux actifs, en particulier des femmes. Selon l’OCDE, cette stagnation s’explique en partie par le coût élevé de la garde d’enfants et le manque de dispositifs publics, qui continuent de freiner la participation féminine au marché du travail.


Source:

www.bfmtv.com

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