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Le nouveau prix de l’Université Paris Cité distingue une thèse sur l’altérité

Décerné par un jury composé de chercheurs, d’éditeurs et de journalistes, le prix distingue une thèse d’excellence soutenue en 2025 à la faculté Sociétés et Humanités de l’Université Paris Cité, où environ 150 thèses sont soutenues chaque année.

Pour cette première édition, le jury a choisi de récompenser un travail qui croise textes antiques et iconographie. À partir d’un vaste ensemble de vases et de nombreux textes de l’époque classique, Ines Medjkoune fait revivre les vêtements associés aux figures dites « barbares », en particulier les souverains et souveraines babyloniens, mèdes et surtout perses.

L’autrice analyse les représentations des corps, les habits, les attitudes et les manières de porter ces vêtements. À travers ce matériau, elle revisite l’opposition entre Grecs et barbares, telle qu’elle a été transmise jusqu’aux représentations contemporaines de l’altérité.

Sa thèse montre que cette altérité n’est pas tant construite pour dominer un groupe ethnique que pour rendre visibles d’autres pratiques du politique. L’étranger n’y serait donc pas nécessairement essentialisé ou infériorisé : il incarnerait plutôt une autre façon d’habiter le pouvoir, de le montrer et de le mettre en scène.

Ce déplacement est au cœur du travail récompensé. Alors que les représentations actuelles du « barbare » renvoient souvent à un « nous » opposé à un « eux » impossible à dépasser, la thèse invite à repenser la manière dont nous construisons aujourd’hui l’altérité comme naturelle. Elle rappelle au contraire que cette altérité est d’abord le produit d’une configuration politique précise et provisoire.

L’étude souligne aussi l’importance des vêtements et des attitudes corporelles dans la conception grecque du politique. Une question traverse ainsi ce travail : avons-nous hérité de cette incarnation du pouvoir, au point de continuer à lire les signes politiques dans les corps, les gestes et les apparences ?

Le jury a également attribué une mention spéciale à Maxime Maréchal, pour sa thèse de linguistique intitulée Faire parler les étrangers. Langage et traduction, dans l’administration de l’asile en France. Ce travail est consacré aux interprètes de l’OFPRA, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, et à leur rôle décisif dans la transmission des demandes d’asile.

À travers ces deux distinctions, le prix rappelle la manière dont les sciences humaines nourrissent des réflexions très actuelles. L’histoire de la Grèce ancienne et la linguistique y rejoignent des questions contemporaines : la construction de l’altérité, la représentation de l’étranger, le rôle du langage, de la traduction et des institutions dans la reconnaissance des personnes.

Organisatrices du prix, les Éditions Université Paris Cité publieront la thèse d’Ines Medjkoune sous la forme d’un ouvrage accessible en librairie dès la fin 2027, afin de la mettre à disposition d’un public plus large.

Le jury réunissait Michel Agier (EHESS), Céline Bessière (Université Paris-Dauphine), Lauréline Fontaine (Université Sorbonne Nouvelle), Éric Guerassimoff (Université Paris Cité), Marie-Orange Rivé (Université Paris Cité), Marie Salaün (Université Paris Cité), Julien Brocard (Éditions Gallimard), Vincent Casanova (Éditions du Seuil), Philippe Pignarre (Éditions La Découverte), Juliette Cerf (Télérama), Anne Chemin (Le Monde) et Thibaut Sardier (Libération).

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Crédits photo : Centre universitaire des Saints-Pères, Paris-Descartes (Velvet, CC BY-SA 4.0)

Par Hocine BouhadjeraContact : hb@actualitte.com


Source:

actualitte.com

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