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Heavy Week-end : jamais deux sans trois

Après trois ans d’absence, Harry Styles a lancé samedi 16 mai à Amsterdam sa colossale Together, Together Tour devant 56 000 fans. Dix nuits au Johan Cruijff Arena, une tournée de 67 dates en sept résidences à travers le monde et un nouvel album à défendre, Kiss All The Time : Rob Sheffield raconte un retour XXL et électrique.

Enfin, les mots que le monde attendait depuis trois ans : « Bonsoir — je m’appelle Harry. C’est un immense plaisir d’être ici avec vous ce soir. C’est la première de la Together, Together Tour. » Harry Styles est de retour, et bien de retour. Sa soirée de samedi à Amsterdam a officiellement lancé la première saison de tournée du chanteur depuis la fin de sa Love On Tour, en juillet 2023 — une absence interminable pour l’écraseur de stades par excellence. Comme il l’a glissé en début de soirée : « J’ai vieilli et la scène s’est agrandie. »

Harry a fêté l’ouverture de sa nouvelle tournée géante devant 56 000 fans en transe. Impossible de prétendre que le gamin n’a pas manqué. En se baladant dans Amsterdam les jours précédents, on reconnaissait au premier coup d’œil ceux qui étaient venus pour le concert : ils sortaient de leur cage, prêts à mordre.

Et Harry aussi. Le chanteur a transformé son retour en triomphe pur. Impossible de ne pas voir à quel point il avait faim de remonter sur scène, en face à face avec son public. Un spectacle pop qui laisse des plumes sur le sol et de l’hystérie en suspension dans l’air. Il a misé sur les titres de son nouvel album, Kiss All The Time. Disco, Occasionally. Ces chansons ont été pensées pour la scène — les entendre dans une salle géante remplie d’inconnus, c’est exactement la manière dont elles étaient censées exister. Son groupe s’est étoffé, avec des cuivres, des danseurs, des choristes et, sur certains morceaux, une section de cordes : près de vingt musiciens sur scène.

« Aucune de ces chansons n’existerait sans cette idée d’ouverture, de laisser les choses entrer dans ta vie », a-t-il lancé à la foule. « Parfois, poser ton téléphone et sortir une nuit peut changer ta vie. Ça paraît débile, mais c’est vrai. Ça a changé MA vie. Et VOUS, vous avez changé ma vie, encore et encore. »

Acte 1 : les hits avant la sueur

S’il fallait une preuve, l’un des innombrables sommets de ce concert : « Treat People With Kindness », un titre que personne n’attendait et qui a explosé en un sing-along jubilatoire — l’hymne qui a poussé les fans du parterre à jeter sacs et manteaux en tas pour se prendre par la main et danser en cercle de sorcières autour. Harry l’a mué en mash-up eighties avec le classique des Talking Heads, « This Must Be The Place (Naive Melody) », dont il a chanté tout le premier couplet. (« Less we say about it the better / Make it up as we go along » — voilà du Harry tout craché.)

Le groupe a transformé le morceau en un groove planétaire entre soukous ouest-africain et mbaqanga sud-africain, pendant que la section de cuivres balançait le riff de « You Can Call Me Al » de Paul Simon. Ça résumait à la fois l’ambition timbrée de Harry et sa chaleur — l’œuvre d’un fou furieux qui ne tenait plus en place avant de remonter sur scène et de se montrer.

C’était le début d’une résidence de dix soirs au Johan Cruijff Arena d’Amsterdam. La tournée de 67 dates voit Harry enchaîner des résidences dans sept villes du globe, jusqu’à la fin 2026. Après Amsterdam, il sera à Londres (12 soirs à Wembley Stadium), São Paulo, Mexico, New York, Melbourne et Sydney. Ses seules dates américaines sont les 30 soirs au Madison Square Garden de NYC, où une bannière a déjà été accrochée en mémoire de son précédent run de 15 sold-out.

Il a passé une bonne partie de la soirée à développer son concept de KissCo, inspiré par les nuits dansées jusqu’à l’aube dans les clubs électro de Berlin. « Toute la raison de cette tournée », a-t-il expliqué au début, « toute la raison pour laquelle j’ai fait ce dernier album, c’est d’être ensemble, de partager des moments ensemble, de s’amuser ensemble. Et c’est ce qu’on va faire ce soir. Je vous défie de vous amuser autant que moi. »

La scène gigantesque comportait un catwalk central, mais surtout une avancée bien plus longue qui traversait tout le parterre, lui permettant de venir au plus près du public dans chaque recoin de la salle. Malgré son nom, le Johan Cruijff Arena est un mastodonte de stade de foot. (Le club résident est l’AFC Ajax, et une bannière à l’extérieur proclamait : « Ajax All The Time, Disco Occasionally. ») L’immensité de cette scène faisait comprendre pourquoi il a opté pour des résidences plutôt que pour une tournée itinérante : en taille, c’est comparable au Wall of Sound du Grateful Dead.

Harry a passé la moitié du show sur le catwalk — la quantité de course qu’il a abattue dans la soirée tenait du Marathon de Berlin et de Tokyo réunis. Pour le final, « As It Was », après deux heures de danse, il a fait trois tours bonus complets autour du stade. (Son copain de Runner’s World, Haruki Murakami, serait fier.) Sur les tournées précédentes, les catwalks de Harry étaient équipés de marches — un spectacle comique, puisqu’il les ignorait toujours et les enjambait en sautant. Mais cette fois, les passerelles sont lisses, sans rien pour le ralentir.

Harry portait une chemise bleue avec une cravate kaléidoscopique et un pantalon noir, accessoirisés au départ d’un blouson en cuir rouge. La soirée a démarré sur son nouveau walk-on : la reprise par Elvis Presley, en 1972, de « Bridge Over Troubled Water ». Premier hommage à Paul Simon de la soirée, mais sûrement pas le dernier. Un choix logique, puisque l’une des inspirations majeures de KissCo a été de faire écouter ses idoles d’enfance Simon & Garfunkel à une amie qui ne les connaissait pas : la voir tomber sous le charme lui a rappelé sa propre découverte de la musique. D’où la vidéo où il marche seul dans un jardin, pendant qu’une voix féminine lui demande au téléphone : « Harry, tu sors ce soir ? ». Il a pris la scène avec son nouveau morceau « Are You Listening Yet? », laissant la foule reprendre les paroles « If you must join a movement, make sure there’s dancing » — devise de la nuit.

Le show était parfaitement calibré, avec une rafale de tubes connus d’entrée pour installer l’ambiance — la grande montée collective de sérotonine est arrivée quand il a saisi la guitare pour le deuxième morceau, l’hymne soleil-de-Californie de Fine Line, « Golden ». L’« Acte Un », comme il l’a baptisé, alignait des valeurs sûres comme « Adore You », « Music For a Sushi Restaurant » et « Watermelon Sugar ». Cette première moitié était essentiellement la partie Kiss All The Time — la suite, c’était la disco. Ça combinait la chaleur intimiste de ses shows Fine Line avec le glitz dance-floor de la tournée Harry’s House.

Il s’est installé au piano pour la ballade massue « Coming Up Roses », avec la section de cordes, laissant le public porter la fin chantée a cappella. Cela a enchaîné sur une version orchestrale de l’un des coups de massue de la soirée, la ballade déchirante « Fine Line ». Un favori des fans qu’il avait laissé de côté pendant la quasi-totalité de l’ère Harry’s House, et qu’il n’avait ressortie que dans les deux derniers mois de la Love On Tour.

« C’est une chanson que je jouais à la fin du show », a glissé Harry avant « Fine Line », sa guitare acoustique bleue « galaxy » en main. « Parce qu’elle ressemblait à une chanson sur la fin de quelque chose. » De quoi déclencher des cris de douleur dans la salle, certains réalisant soudain ce qui arrivait. (La fan devant moi à sa copine : « Il est SI cruel ! ») « Mais en fait », a ajouté Harry, « être dans des salles comme celle-ci, je suis plus plein d’espoir que jamais, et ça donne l’impression d’un début. Donc on va finir ce qu’on appelle « Acte Un ». Et ensuite, on va se mettre à danser », avant de glisser : « Voilà une chanson pour quand vous rentrerez à la maison. » Mais dès le premier accord de « Fine Line », c’était comme verser du sang frais dans une piscine à requins.

Acte 2 : la fête disco

L’Acte Deux dance-floor a traversé une grande partie du nouvel album, dans une énergie totale « on veut danser avec tous nos potes ». Si vous faites partie des nombreux fans de Harry qui ont eu du mal à accrocher à KissCo — de loin son album le plus clivant —, les chansons explosent vraiment en live, notamment des bombes comme « Ready Steady Go » et « Pop ». « Italian Girls » est devenu un jam techno instrumental qui s’enchaîne sur « American Girls ». « Taste Back » a injecté une saveur rave nineties avec un sample de « Born Slippy » d’Underworld, le classique lager-lager-lager.

« Dance No More » a démarré avec une chorégraphie millimétrée entre Harry et deux de ses danseurs, descendant le catwalk sur l’intro de « Rapper’s Delight » du Sugarhill Gang. « Carla’s Song » (inspirée de l’amie réelle à qui il a fait découvrir Simon & Garfunkel) s’est muée en medley avec « Satellite », l’un des sommets de Harry’s House — combinaison parfaite. Entendre « Aperture » décoller avec le live band et 56 000 voix qui chantent à pleins poumons le « ah-ah-ah-ah » du motif synthé : impossible de résumer plus succinctement ce qu’il essaie de dire dans ces chansons.

Le public portait plus de cravates que de boas en plumes, même s’il y en avait beaucoup. (On apercevait aussi quelques t-shirts Liam Payne, image poignante.) Beaucoup arboraient des t-shirts « Sted Sarandos », le pseudonyme utilisé par Harry pour courir le Marathon de Berlin l’an dernier. Il a passé la soirée à blaguer avec les fans, dans sa façon habituelle de meubler le crowd work, allant jusqu’à aider une fan à retrouver sa mère perdue dans la foule. (« La mère de Theresa, vous êtes là ? ») Meilleure pancarte de fan : « Un oiseau vient de me chier dessus sur le chemin, je peux avoir une setlist ? ». On espère qu’elle l’a eue.

Pour une star qui se fait rare en interview en ce moment, il aime décidément philosopher sur la prémisse de KissCo et de la Together, Together Tour. « Je crois qu’on vit à une époque où essayer ne semble pas toujours très cool », a-t-il dit. « Mais je pense qu’essayer, c’est la chose la plus cool qu’on puisse faire. Quand je suis dans des salles comme celle-ci avec vous, je vois comment vous vous traitez les uns les autres et comment vous ESSAYEZ ensemble — vous dansez avec un ami, vous dansez avec un inconnu. C’est de ça qu’il s’agit. C’est l’ouverture aux autres, à ses amis, aux inconnus. »

Il est revenu sur ce thème encore et encore — l’importance de la musique comme expérience collective. « Je veux remercier tous mes amis qui m’ont emmené danser ces deux dernières années », a-t-il ajouté vers la fin. « Et tous les inconnus qui ont dû danser avec moi. » Le public buvait ses paroles. « Je pense que dans un monde où on est cernés par tellement de bruit, où qu’il soit — en ligne ou dans la vie, ça nous arrive à tous et ça nous affecte tous. » Mais il a enchaîné : « Je veux que vous ressentiez ce que ça fait d’être dans cette salle avec un tas de gens qui vous aiment ce soir, et que ça vous rappelle que la seule chose à faire, c’est de vivre et d’exister avec son intégrité, son respect et sa dignité. »

Voir Bruce Springsteen et Harry Styles dans la même semaine, c’est une vraie révélation sur la puissance de la musique live. Deux shows très différents, deux ambiances très différentes, mais deux soirées inspirantes qui démontrent qu’il n’y a aucun substitut à l’enthousiasme humain — plus c’est ridicule, mieux c’est. Les deux concerts ont mis en évidence le miracle qui ne peut surgir que dans une salle remplie de fanatiques de musique en transe, dans la confrontation directe entre un performer et un public, quand les deux sont également possédés par ce désir indéfectible, irrationnel, passionné et carrément dangereux pour la musique. Voir ces deux showmen travailler aussi absurdement dur pour le prouver pendant tout un concert — et voir le public être à la hauteur, et même au-delà — c’est un rappel salutaire de pourquoi, même à l’ère de la fièvre des points bleus et des barons voleurs du ticketing, la musique live reste une extase profondément humaine qui mérite toujours qu’on se déplace.

L’encore et l’au revoir

Pour l’encore, la section de cordes est revenue pour « Matilda », dans un nouvel arrangement luxuriant. C’est toujours bouleversant de voir l’impact de cette chanson sur le public, des grappes d’amis serrés à pleurer et chanter. (Le guitariste Mitch Rowland a confié à Rolling Stone qu’il n’a jamais été capable de jouer « Matilda » en regardant le public, parce que l’émotion est trop intense à recevoir — et il en est toujours incapable.) Il a fait sauter la salle avec « Sign of the Times », la ballade glam-soul au piano qui a lancé sa carrière solo après One Direction et lui a ouvert l’avenir. « As It Was », son plus gros tube, était le final inévitable. Alors pourquoi Harry a-t-il jugé nécessaire de conclure le morceau par trois tours bonus complets du parterre ? (« Parce qu’il est complètement givré » est une réponse acceptable.)

Le show était fini, mais personne ne voulait quitter la salle, même après l’allumage des lumières. La musique de sortie tournait déjà : dans un vrai power move eighties, c’était un titre méconnu des légendes synth-pop Orchestral Manoeuvres in the Dark, « Of All The Things We’ve Made ». Puis le classique jazz-piano qui lui servait autrefois de walk-on theme, « Peace Piece » de Bill Evans (1958). Pourtant, tout le monde restait là à applaudir ou simplement à écouter — certains, sans doute, dans l’espoir qu’il revienne pour balancer « Kiwi », son traditionnel show-closer (toujours synonyme du moshpit le plus magnifiquement violent), mais la plupart simplement pour s’imprégner de cette atmosphère communautaire. Après trois ans, c’était un festin de quelque chose dont chacun avait été affamé, bien plus qu’on ne l’avait réalisé. Toute la soirée a été un retour très attendu, autant pour Harry que pour son public. Et tous les deux y ont mis assez de surenchère pour que l’attente en vaille la peine.

Setlist

« Are You Listening Yet? » / « Golden » / « Adore » / « Watermelon Sugar » / « Music for a Sushi Restaurant » / « Taste Back » / « Coming Up Roses » (avec cordes) / « Fine Line » (avec cordes) / « Italian Girls » / « American Girls » / « Keep Driving » / « Ready Steady Go » / « Dance No More » / « Treat People With Kindness » / « This Must Be The Place » / « Pop » / « Season 2 Weight Loss » / « Carla’s Song » / « Satellite » / « Aperture »

Encore : « Matilda » (avec cordes) / « Sign of the Times » (avec cordes) / « As It Was »

Par Rob Sheffield

Traduit par la rédaction.


Source:

www.rollingstone.fr

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