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Dans la rue des Camélias, l’innocence face à la violence

Monsieur Jaume et madame Magdalena ont été prévenus par les voisins et les voisines du quartier : recueillir un bébé sorti de nulle part, ça ne pouvait pas être une bonne idée. Et si le père était un criminel ? Non, vraiment, ça n’annonçait rien de bon… Pourtant, ce couple sans enfant est tout de suite séduit par ce poupon. Leur décision est prise : ils élèveront cette petite. Et ils feront ce qu’il faut pour qu’elle grandisse et devienne une femme correcte, respectable.

Mais la petite grandit, elle rêve d’un ailleurs, d’un avenir plus grand, plus ambitieux. Lorsqu’elle croise le chemin de Eusebi, elle connaît l’amour pour la première fois et s’enfuit. Direction les baraques, ces bidonvilles de la ville de Barcelone, où l’attendent la misère et l’insécurité. Cette relation, comme d’autres par la suite, se finit de façon tragique… Si elle commence par un petit boulot en tant que couturière, espérant se faire un peu d’argent de manière honnête, elle se tourne finalement vers la prostitution.

« Mon plus grand problème c’était que je tombais tout de suite amoureuse, au premier mot, d’hommes que je ne devais plus jamais revoir. Et si je ne tombais pas amoureuse c’était encore pire parce qu’alors il montait à l’intérieur de moi une sorte de pitié pour cet homme qui ne me plaisait pas et qui était seul. Je préfère ne pas parler de la honte quand j’ouvrais mon sac pour y mettre de l’argent. »

Le roman de Mercè Rodoreda est écrit avec une douceur et une naïveté qui illustrent parfaitement la personnalité de notre narratrice. Le ton enfantin contraste avec les événements qui ponctuent la vie de Cécilia, elle qui semble ne jamais se défaire tout à fait de son innocence malgré les aléas, malgré les rencontres souvent malheureuses avec ces hommes. Des hommes qui, qu’elle le veuille ou non, ont un impact très fort, positif ou négatif.

Elle devient le réceptacle de leurs émotions, de leur violence, de leur égo. Blessée, soignée, utilisée au rythme des caprices de ces hommes, qui ne voient en elle qu’un objet… Cécilia en va jusqu’à perdre la raison, perdant de vue qui elle est réellement, alors que la vie s’acharne sur elle, encore et encore. Jusqu’à la libération. L’indépendance. La découverte, aussi, de la vérité autour de sa naissance.

Et puis, dès les premières pages, cette omniprésence de la nature, des fleurs, du jardin qui accueille ce récit. La façon dont le cactus sans terre fleurit lorsqu’elle est recueillie par ses parents adoptifs, transformant notre protagoniste en miracle. La rue où elle grandit, qui donne le titre de ce roman. Des roses, des iris, des plantes qui occupent une place centrale et accompagnent la vie de Cécilia, dans ses plus grands bonheurs et ses plus terribles malheurs. Comme la certitude que, parmi toute la noirceur, il existe encore une part de bonté et d’espoir… si on sait où la trouver.

Traduction de Edmond Raillard.

Par Nicolas GaryContact : ng@actualitte.com


Source:

actualitte.com

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