10 août 2025, 5h20. Un énorme bloc de roche de 64 millions de mètres cubes, soit l’équivalent de 25.600 piscines olympiques, s’est décroché d’une montagne, et a dévalé une pente quasi verticale de 800 mètres, avant d’atterrir dans l’eau. À 5h26, la violence du choc a projeté des millions de mètres cubes d’eau, engendrant ainsi une vague de près de 481 mètres de haut, soit une Tour Eiffel et demi.
Cet événement a eu lieu dans le fjord – une ancienne vallée glaciaire envahie par la mer et qui s’enfonce dans les terres, jonchée de végétation et de rochers – de Tracy Arm en Alaska, aux Etats-Unis, habituellement fréquentée par des bateaux de croisière. Heureusement, personne n’était présent sur place : aucun mort, aucun blessé. A l’origine de cet évènement : un glissement de terrain.
La cause du glissement de terrain
« Le responsable indirect de ce glissement, c’est le recul d’un glacier dans le fjord, probablement lié au réchauffement climatique, explique Clément Hibert, chercheur en sismologie à l’Université de Strasbourg. Le front du glacier recule de quelques mètres, voire d’une cinquantaine de mètres, par an.”
En temps normal, le glacier exerce une force de soutien contre la paroi rocheuse du fjord. Mais lorsqu’un glacier recule, cette contrainte n’existe plus, et plus aucune force n’est présente pour maintenir la falaise. En parallèle, le pergélisol, des jointures de glace reliant les roches entre elles, fond, fragilisant davantage la paroi. “On observe de plus en plus de grands glissements de terrain juste aux endroits où les glaciers ont commencé à reculer”, explique le chercheur.
En Alaska, ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’un glissement de terrain a provoqué un méga-tsunami. En 1958, une vague de 524 mètres de haut avait frappé la baie de Lituya, faisant 5 morts. Et plus récemment, en 2015, un glissement de terrain encore plus important a provoqué un tsunami dans le fjord de Taan.
Prédire les prochaines catastrophes
C’est dans ce contexte alarmant que Clément Hibert et son équipe travaillent sur la détection de signaux précurseurs, pour la prédiction des glissements de terrain. Leur récente étude de mars 2026 (non revue par les pairs) confirme les résultats de leurs précédents travaux, publiés dans Science en 2024. “Nous avons découvert qu’il était possible de détecter de petits signaux sismiques, presque 24h avant l’effondrement lors du glissement de terrain à Blatten, en Suisse, explique le chercheur. On appelle ces signaux des précurseurs, qui pourraient potentiellement servir à anticiper le prochain effondrement.” Comme en volcanologie, où l’on peut aujourd’hui prédire un nombre restreint d’éruptions grâce à des signaux, l’objectif est de faire la même chose pour les glissements de terrain.
Mais la tâche est beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît. “On ne sait pas exactement où et quand un glissement va se produire, contrairement à un volcan bien identifié, poursuit le chercheur, à ce stade, il s’agit plutôt de recherche fondamentale : on n’est pas encore à un stade opérationnel prêt à être utilisé en routine.”
En Norvège, un système de surveillance continue est déjà mis en place, afin d’anticiper un possible glissement de terrain de la montagne “Åkerneset”, très proche d’habitations. Sismomètre, capteurs et caméras se tiennent prêts à repérer des signaux précurseurs dans l’optique d’alerter en cas de danger. “Les projections établies par la communauté scientifique suggéreraient que le nombre de glissements de terrain pourrait augmenter de façon constante jusqu’en 2060, avant de se stabiliser”, conclut le chercheur.
Source:
www.sciencesetavenir.fr


