Et si certaines dépressions étaient provoquées par un excès d’inflammation ? Les causes précises de cette maladie psychique sont difficiles à élucider, peut-être parce qu’elles pourraient différer d’un patient à un autre. Un faible taux de sérotonine chez les uns, un manque de noradrénaline ou d’autres neurotransmetteurs (acide gammaaminobutyrique, glutamate, etc.) chez d’autres…
Une autre piste pourrait être l’inflammation : près d’un tiers de patients présentent une inflammation chronique, avec des niveaux élevés de protéines proinflammatoires, telles que l’interleukine 6. Des chercheurs des universités britanniques de Bristol et Cambridge, et de l’University College London, ont testé cette hypothèse en traitant la dépression avec une immunothérapie qui ciblait ces molécules responsables de l’inflammation. Les résultats, publiés le 20 mai 2026 dans JAMA Psychiatry, montrent que cette approche pourrait être efficace chez une partie des patients.
La dépression serait-elle un effet collatéral de l’inflammation ?
Les chercheurs ont mené un essai clinique randomisé en double aveugle : les patients sont repartis au hasard entre le groupe traitement et le groupe placebo, c’est-à-dire que ni les patients ni les médecins ne savent quel traitement est donné à chaque patient pour éviter tout biais. Les participants avaient tous une dépression résistante aux antidépresseurs, ainsi qu’une inflammation chronique dans le corps (estimée en mesurant la protéine C-réactive, produite par le foie en réponse à une inflammation). Un total de 30 personnes ont participé (majoritairement des femmes, 80%), avec une moyenne d’âge de 41 ans.
Près de la moitié (14 sur 30) ont reçu une perfusion de tocilizumab, un anticorps qui bloque les récepteurs de l’interleukine 6. Cet immunosuppresseur, utilisé régulièrement dans le traitement de la polyarthrite rhumatoïde et d’autres maladies inflammatoires, diminue l’inflammation en stoppant le signal proinflammatoire généré par l’interleukine. Les patients ont ensuite été suivis pendant un mois, sans aucun effet secondaire causé par le traitement.
Bloquer l’inflammation semble réduire les symptômes de la dépression
À la fin du suivi, donc quatre semaines après le traitement, les patients devaient répondre à un questionnaire afin de mesurer la sévérité de leur dépression. Celle-ci avait chuté davantage chez les participants ayant reçu l’anticorps. Ce groupe avait aussi davantage de patients qui atteignaient les critères de rémission (54 % contre 31 % dans le groupe avec un placebo). Plus spécifiquement, le traitement réduisait certains symptômes de la dépression, tels que la fatigue, le pessimisme, et le manque de concentration, d’appétit et d’énergie.
Toutefois, ces différences ne sont que des tendances, aucune n’est statistiquement significative, probablement à cause du nombre réduit de participants. Il sera donc nécessaire de reproduire l’expérience lors d’essais plus larges afin de confirmer ces résultats encourageants.
Cependant, les auteurs sont enthousiastes et espèrent que cette immunothérapie pourra devenir une alternative pour certains patients : “Notre étude nous rapproche d’une prise en charge plus personnalisée de la dépression, où les traitements seront mieux adaptés à la biologie du patient, déclare Éimear Foley, chercheuse en immunopsychiatrie à l’Université de Bristol et directrice de l’étude, dans un communiqué. Cela va nous aider à donner le bon traitement au bon patient, au bon moment.”
Source:
www.sciencesetavenir.fr


