La guerre au Moyen-Orient va largement creuser le déficit de la Sécurité sociale en 2026, selon la Cour des comptes

Dans un rapport, la Cour des comptes estime que le déficit de l’Assurance-maladie va s’aggraver d’au moins « 3 milliards » en 2026 et « 5 milliards » en 2027 du fait du conflit en Iran qui a commencé fin février.


Publié le 27/05/2026 10:07

Temps de lecture : 4min

L’entrée de la Cour des comptes à Paris, France, le 23 septembre 2025. (HENRIQUE CAMPOS / AFP)

Le conflit entre l’Iran, Israël et les Etats-Unis ne cesse de se répercuter sur l’économie française. Selon la Cour des comptes, qui publie mercredi 27 mai son rapport sur l’application des lois de financement de la Sécurité sociale 2026, la guerre en cours depuis le 28 février au Moyen-Orient aura un lourd poids sur les comptes de la Sécu. Dans l’hypothèse où les effets de la crise resteraient « temporaires et limités », la Cour des comptes estime la dégradation du déficit de la Sécurité sociale à « 3 milliards » en 2026 et « à 5 milliards » en 2027.

Ces résultats s’expliquent par le moindre dynamisme de la masse salariale, ce qui signifie des rentrées de cotisations sociales inférieures à ce qui était estimé dans la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) pour l’année 2026. Le supplément d’inflation a également des conséquences sur la revalorisation des prestations sociales en 2026 et cela devrait se faire sentir à hauteur de 1,7 milliard d’euros en 2027.

Ce chiffrage pourrait cependant varier : pour réaliser son calcul, la Cour des comptes, qui a bouclé son rapport il y a plusieurs jours, prend en effet en compte le coût de la hausse des allégements de charges des entreprises du fait de l’augmentation du smic, dans le contexte de l’inflation. Or, le ministre des Comptes publics, David Amiel, a annoncé vendredi que les allègements de cotisations sociales des entreprises sur les bas salaires seraient gelés, malgré la hausse du smic au 1er juin.

Dans ce contexte géopolitique, le gouvernement a déjà annoncé que 2 milliards d’économies seront réalisées « dans la sphère sociale » lors de la réunion du comité d’alerte des finances publiques fin avril, sans plus de détails, les arbitrages étant renvoyés au prochain comité le 26 juin. « Ces mesures de redressement, à condition d’être mises en œuvre rapidement, devraient permettre de limiter le dérapage de l’exécution en 2026. Toutefois, elles seront insuffisantes, à elles seules, pour contrecarrer les effets du choc en 2027 », analyse l’autorité indépendante.

Dans son rapport, qui doit permettre d’informer le Parlement et de préparer la loi de financement de la Sécurité sociale 2027, la Cour des comptes souligne aussi des sous-estimations en dépenses et des surestimations en recettes qui aggravent le déficit de la Sécurité sociale de 1,2 milliard d’euros en 2026. Et ce, « avant même toute révision des hypothèses économiques ». Le coût de la création du congé supplémentaire de naissance n’a par exemple pas été comptabilisé dans l’objectif de dépenses de la branche famille, détaille la Cour des comptes.

« La Sécurité sociale ne dispose plus de marges de manœuvre pour absorber des chocs économiques. »

La Cour des comptes

dans son rapport du 27 mai 2026

L’institution alerte ainsi sur « des risques d’exécution importants » de loi de financement 2026, autrement dit sur une incapacité à respecter les objectifs du texte, qui prévoyait initialement un déficit des régimes obligatoires de base de la Sécurité sociale de 19,4 milliards, soit une baisse de 2,2 milliards par rapport à 2025.

Sans intervention publique, l’évolution tendancielle aurait porté le déficit à 28,7 milliards. « Le rééquilibrage est surtout lié à des recettes nouvelles (2,7 milliards) et à des transferts de l’Etat (4 milliards). Les économies en dépenses sont limitées (2,6 milliards) », analyse la Cour des comptes.

A cela s’ajoutent des mesures prises en 2026 pour limiter l’alourdissement de la dette sociale, dont la reprise de dette exceptionnelle de 15 milliards de la Caisse d’amortissement de la dette sociale (Cades) et un avancement du versement des remises conventionnelles des laboratoires pharmaceutiques de 9 milliards.

Avant même de subir les effets de la crise au Moyen-Orient, et « à politique constante », les déficits sociaux devaient rester supérieurs à 20 milliards par an à partir de 2027, selon la trajectoire de la loi de financement de la Sécu de 2026. « Avec le vieillissement de la population, la soutenabilité du système est à risque à moyen terme », développe ainsi la Cour des comptes.

Elle considère donc indispensable « d’engager, dès à présent, un plan d’action visant à ramener le solde de la Sécurité sociale à l’équilibre en 2030 ». Elle appelle pour cela à un effort supplémentaire de 6 milliards par an, en plus des 4 milliards par an déjà prévus d’ici à 2029 et mentionne différentes recommandations pour y parvenir.

Autre enseignement de ce rapport : le déficit des régimes obligatoires de base de la Sécurité sociale et du fonds de solidarité vieillesse a doublé en deux ans. Il atteint 21,6 milliards en 2025, soit le niveau le plus élevé depuis 2012, hors crise du Covid-19.

Ce déficit est cependant inférieur aux estimations de la Cour des comptes communiquées en novembre : elle travaillait alors sur un déficit de 23 milliards d’euros pour 2025. Il est aussi inférieur au montant voté alors de la loi sur le financement de la Sécurité sociale, qui prévoyait un déficit de 22,1 milliards d’euros.

Dans le détail, trois branches sont déficitaires : la branche maladie (-15,9 milliards), la branche vieillesse (-7,1 milliards) et dans une moindre mesure la branche accidents du travail et maladies professionnelles (-0,2 milliard). « Ce résultat a été atteint grâce à des efforts de maîtrise de la dépense d’assurance-maladie en exécution », estime l’institution.


Source:

www.franceinfo.fr

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