Les Invisibles, de R. J. Ellory : la traque obsessionnelle d’un serial killer

Voici un « petit » Ellory qui nous embarque dans la quête obsessionnelle d’un serial killer qui donnera au FBI du fil à retordre — et à détordre — pendant plusieurs années.

On ne présente plus Roger Jon Ellory, l’écrivain britannique qui, comme nul autre, possède le don de nous transporter au cœur des États-Unis. Et chaque année, on se demande comment fait cet auteur pour livrer ses gros pavés avec une régularité de métronome et une qualité presque constante.

Les Invisibles est traduit de l’anglais par Étienne Gomez.

Meurtres en série et Divine Comédie

Tout commence en 1975, dans l’ouest de l’État de New York, tout près du lac Ontario. Une première victime est retrouvée paisiblement couchée dans son lit, tuée par un cocktail de barbituriques et de chloroforme. Quelques semaines plus tard, une deuxième. Puis trois, quatre…

Chacune tenait dans ses mains un papier où était inscrit un vers tiré de La Divine Comédie de Dante.

La police de Syracuse piétine, sans piste. L’affaire est bientôt reléguée dans les pattes de l’inspecteur Michael Ridgway et de sa collègue Rachel Hoffman.

Deuxième épisode, en 1985 : « Rachel avait trente-deux ans. Elle était au FBI depuis quatre ans. »

Tout recommence, et le meurtrier semble s’adresser directement à Rachel : « un homme cultivé qui avait lu La Divine Comédie et qui était animé par une aspiration à la mise en scène ».

Les années vont suivre le livre de Dante : Morte 1975, Inferno 1980, Purgatorio 1985, Paradiso 1989.

« Une fois, c’était un hasard ; deux fois, c’était une coïncidence ; mais trois fois, c’était une conspiration. »

Au fil des années, l’enquête de Rachel devient une véritable obsession.

L’intrigue peine un peu à se mettre en place : contrairement à beaucoup d’auteurs de polars qui vous invitent directement sur la scène de crime, voire dans l’esprit tordu du meurtrier, Ellory a conçu un scénario au long cours, étalé sur de nombreuses années.

Bientôt, on comprend que ce qui intéresse l’auteur n’est pas tant l’enquête criminelle que, chez Rachel, la traque obsessionnelle d’un meurtrier particulièrement retors.

On pense à des histoires comme celle du Zodiaque, par exemple, qui est même citée dans le bouquin. Et bientôt, Rachel va faire de cette traque sa principale raison de vivre.

« Sa vie était un vide accessible seulement aux aspects les plus sombres de l’humanité. Elle les y recevait, voire les y accueillait, se convainquant par ce moyen que sa vie avait du sens et un objectif. »

L’autre intérêt du roman, c’est qu’on y assiste aux tout débuts du « profilage », comme dans la série Mindhunter.

« – L’inspectrice Hoffman est venue de Syracuse pour nous prêter main-forte.– Vous êtes quoi, une chasseuse de psychopathes hors pair ?– C’est mon portrait tout craché, répondit Rachel. »

Tout cela n’est guère nouveau : le récit fourmille de références à Seven, Zodiac, Mindhunter… et on aurait bien vu la jeune Jodie Foster dans le rôle de Rachel, comme dans Le Silence des agneaux.

Pour autant, ce n’est certainement pas avec ces Invisibles qu’il faudra faire la connaissance d’un R. J. Ellory qui nous a habitués à des intrigues plus denses, plus habitées, plus riches.

 

 

Par Bruno MénétrierContact : bmr.menetrier@gmail.com


Source:

actualitte.com

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