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« Avec l’augmentation de la population carcérale, nous enfermons de plus en plus et de moins en moins bien »

Il aura fallu que le syndicat UFAP-UNSA Justice, rejoint par la CGT-Pénitentiaire et le SPS-CEA, lance un mot d’ordre de blocage pour que, enfin, on s’aperçoive que le système carcéral est à bout de souffle et risque l’implosion. Nos bénévoles, qui fréquentent quotidiennement les prisons, se rendent bien compte, eux, que les personnels sont épuisés et exaspérés, ce qui n’a rien d’étonnant.

Résumons : en France, contrairement à ce qui se passe chez nos voisins, nous enfermons de plus en plus et continuons de construire des places de prison, sans jamais parvenir à endiguer l’accroissement du flux. Par conséquent, la surpopulation augmente dans des proportions alarmantes, ce qui crée des conditions de vie de plus en plus déplorables, et met en danger la sécurité des personnels soumis à des tensions croissantes.

Cette situation est unique en Europe : notre taux d’incarcération est au-dessus de la moyenne de l’Union européenne, et en augmentation continue, contrairement à ce qui se passe en Allemagne et aux Pays-Bas, où la tendance est à la baisse, ou aux pays d’Europe du Sud, où ce taux reste relativement stable.

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D’une part, et contrairement aux idées reçues, la justice est plus sévère : ce qu’on appelle le quantum de peine, soit le nombre d’années de prison pour un délit donné, a nettement augmenté durant les dernières décennies. Parallèlement, le nombre de détenus progresse, avec près de 7 % d’augmentation au 1er janvier 2026, et des délais de justice qui s’allongent, faute d’un nombre suffisant de magistrats. Ainsi les flux entrants augmentent-ils, et les durées d’incarcération aussi.

Budgets asséchés

D’autre part, et du fait entre autres de cette augmentation des flux, les moyens dévolus à la sécurité absorbent l’essentiel des budgets tandis que ceux consacrés à la politique de réinsertion sont de plus en plus indigents. Il en résulte un taux de récidive alarmant : plus de 60 % dans les cinq ans. Comment pourrait-il en être autrement, lorsqu’en moyenne les conseillers d’insertion doivent s’occuper d’une centaine de détenus et que les quelques structures se consacrant à la réinsertion concernent très peu de personnes incarcérées. L’administration fait ce qu’elle peut avec ce qu’elle a.

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Source:

www.lemonde.fr

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