Un romancier chinois érige le paysan en modèle politique pour la ruralité

Un roman chinois transforme la politique agricole en matière narrative. Dans un entretien publié le 8 avril 2026 par le Global Times, Chen Xi présente le nouveau livre de Guan Renshan, paru en mars et traduit ici par Le Soleil embrasse la rivière Hutuo, comme une fiction de la revitalisation rurale.

L’auteur, lauréat du prix Lu Xun de littérature, reprend le réalisme social pour donner une figure au cultivateur contemporain.

Le réalisme comme grammaire politique

Guan Renshan situe son récit dans le village fictif de Yuanta, sur les rives de la rivière Hutuo, dans le Hebei. L’intrigue couvre quatre décennies. Son modèle réel, selon l’écrivain, est Tayuanzhuang, dans le comté de Zhengding, autrefois frappé par la sécheresse et la pauvreté.

Guan lui attribue désormais un revenu collectif annuel proche de 40 millions de yuans, des immeubles d’habitation, des aides quotidiennes en œufs et légumes, ainsi qu’un soutien à l’éducation et aux personnes âgées.

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Cette trajectoire sert de matrice à Hong Mancang. Loin du paysan réduit à la survie, il condense plusieurs entrepreneurs locaux. Il reprend une minoterie en faillite, affronte des machines dépassées, réunit de l’argent pour engager des ingénieurs, puis connaît la prison après une condamnation pour spéculation. Sa sortie ouvre un recommencement : il reconstruit son activité et conduit son village vers une prospérité partagée.

Guan Renshan revendique une généalogie littéraire. Il cite Ding Ling, Liu Qing et Lu Yao, associés à la réforme agraire, à la collectivisation et à l’enrichissement de l’ère des réformes. Son manque à combler tient à une figure nouvelle : un agriculteur sûr de lui, endurant, tourné vers l’avenir. « J’espère que les lecteurs pourront voir jusqu’où les agriculteurs chinois de la nouvelle ère sont parvenus », déclare-t-il.

Une modernisation mise en intrigue

Le contexte dépasse la seule fiction. Le document central numéro un publié par les autorités chinoises en février 2026 fixe l’agriculture et la modernisation des campagnes parmi les priorités de l’année. Le site du gouvernement chinois le présente comme le premier texte politique annuel des autorités centrales ; Reuters y relève un accent mis sur la production céréalière, l’innovation agricole et la sécurité alimentaire.

Dans ce cadre, Hong Mancang devient moins un personnage isolé qu’un outil de représentation sociale. Guan insiste sur sa discipline morale : « Il n’est pas arrogant quand il réussit, ni désespéré quand il échoue ». L’écrivain ajoute que son héros possède une vision du marché et une conscience écologique qui le distinguent du stéréotype paysan traditionnel. Le livre associe initiative privée, gouvernance villageoise et redistribution collective.

Le tambour de guerre de Changshan donne au texte sa dimension symbolique. Cette tradition locale, classée au patrimoine culturel immatériel national, est rattachée dans le folklore à Zhao Zilong, général légendaire des Trois Royaumes. Des troupes voisines avaient participé à l’ouverture des Jeux asiatiques de 1990, avant le déclin de cette pratique dans les premières années du marché.

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Chez Guan Renshan, le tambour ne sert pas d’ornement folklorique. Il soutient les crises du héros, incarne une mémoire régionale et accueille l’innovation musicale proposée par la génération suivante. Le livre articule héritage, industrie villageoise et politique sociale. Le réalisme chinois ne raconte plus seulement l’entrée des campagnes dans l’économie, il fabrique la figure d’un producteur moderne.

Crédits photo : Hac Hai – Pexels 

Par Nicolas GaryContact : ng@actualitte.com


Source:

actualitte.com

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