Après la publication du rapport sur l’audiovisuel public, mardi 5 mai, le député MoDem du Finistère Erwan Balanant estime dans « La Matinale » que le texte « est à l’image des auditions, mais surtout avec des angles morts et des sujets qui passent complètement à la trappe. »
Alors que l’Assemblée nationale publie mardi 5 mai son rapport controversé sur « la neutralité et le financement de l’audiovisuel public », le député ciottiste Charles Alloncle est revenu sur franceinfo sur les principaux points de ces auditions et ses près de 70 recommandations. « Il ne connaît ni l’audiovisuel, ni l’audiovisuel public », déplore le député MoDem du Finistère Erwan Balanant, qui, en tant que membre de la commission d’enquête, dénonce dans « La Matinale » de nombreux sujets qui auraient été éludés, et « une volonté assumée du rapporteur d’affaiblir l’audiovisuel public, parce qu’idéologiquement, il ne serait pas sur sa ligne politique. »
Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l’interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
Jean-Baptiste Marteau : Vous n’avez pas été forcément sur la ligne de Charles Alloncle, loin de là, vous l’avez même longuement affronté pendant cette commission d’enquête. Vous avez lu évidemment, j’imagine, ce rapport, ces 69 recommandations et notamment ces fusions de chaînes à réaliser, préconisées par le rapporteur UDR. D’abord, sur l’état d’esprit de ce rapport, est-ce que vous avez l’impression qu’il reflète les auditions que vous avez menées, les nombreuses heures et les personnalités que vous avez pu recevoir ?
Erwan Balanant : Oui, il est dans le même style, c’est-à-dire avec des insinuations, des chiffres parfois auxquels on tord le bras, comme la page 58 du fameux rapport de la Cour des comptes, qui dit l’exact inverse de ce qui est écrit dans le rapport. Bon, voilà, ça a été comme ça pendant six mois. Le rapport est à l’image des auditions, mais surtout avec des angles morts et des sujets qui passent complètement à la trappe, et qui sont des sujets importants, et qui étaient les sujets qu’on aurait dû traiter. La première des questions, c’est à quoi sert l’audiovisuel public ? Ça n’a pas été traité dans le rapport. Par exemple, le sujet des téléspectateurs et des auditeurs n’est nulle part évoqué. Le sujet de l’apport économique de l’audiovisuel public n’est pas traité. Le sujet de la question de la souveraineté intellectuelle, informationnelle, et donc la souveraineté générale de notre pays, n’est pas traité. Ça fait beaucoup, je trouve.
Vous pensez qu’on a oublié, qu’on est passé à côté des questions essentielles ?
On est passé à côté des sujets essentiels. Aujourd’hui, vous avez un monde des médias qui est en transformation profonde. Il ne vous aura pas échappé que sont apparus des plateformes, les réseaux sociaux, une nouvelle façon pour les Français d’accéder à l’information. C’est-à-dire soit par les réseaux sociaux, soit par des sites internet et donc les plateformes essentiellement. Tout ça n’est pas traité. Et il y a une volonté assumée du rapporteur d’affaiblir l’audiovisuel public. Parce qu’idéologiquement, l’audiovisuel public ne serait pas sur sa ligne politique. Ce qui n’est pas vrai, les chiffres le montrent, l’Arcom le dit bien, l’audiovisuel public est pluraliste. Alors, est-ce que l’audiovisuel public ne doit pas s’améliorer ? Certainement, il y a des choses à faire, comme justement la question du numérique.
Justement, sur la neutralité, c’est effectivement l’une des premières recommandations publiées dans ce rapport de Charles Alloncle, qui demande une application stricte du principe de neutralité politique, et notamment à tous les salariés, y compris sur les réseaux sociaux. Vous pensez que c’est par exemple quelque chose sur lequel il faudrait que nous allions davantage ?
Mais c’est déjà ce que vous faites. Vous signez déjà un certain nombre de chartes d’engagement sur le sujet, et ça montre aussi la méconnaissance du milieu qu’a Charles-Henri Alloncle. Il a été très brillant pendant cette commission. Il a trouvé l’angle pour exciter un certain nombre de populismes, pour exciter un certain nombre de fantasmes. Mais au début, il n’a pas travaillé le sujet. Il ne connaît ni l’audiovisuel, ni l’audiovisuel public. Et c’est dommage et vraiment problématique. Sa façon de régler la question de la neutralité, c’est de faire renommer les patrons de chaîne par le président de la République ?
Avec une validation par le Parlement et par l’Arcom, comme toutes les nominations du président de la République.
A chaque fois qu’il y a une nomination par le président de la République, ça fait un scandale par justement ces mêmes courants d’extrême droite.
Alix Bouilhaguet : Donc vous dites que malgré les « garde-fous », c’est-à-dire le double sceau à la fois de la commission culturelle de l’Assemblée nationale, du Sénat et le visa de l’Arcom…
Oui, ça s’appelle l’article 13. Il faut trois cinquièmes d’opposition…
Ça signifie qu’il y aura soupçon de collusion politique, que ce sera entaché, quels que soient les noms des dirigeants qui seront nommés ?
Mais bien sûr. C’est un retour en arrière. Et, en plus, c’est impossible aujourd’hui, puisque nous avons signé des accords européens sur le sujet et dans les règlements européens sur les médias, le patron d’une chaîne qui reçoit des subsides d’un Etat doit être indépendant. En fait, Monsieur Charles-Henri Alloncle et l’extrême droite se sont fait plaisir avec ce rapport. Mais on n’est pas parlementaire pour se faire plaisir, on est parlementaire pour changer la vie des Français.
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Source:
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