A mesure qu’approchent les échéances électorales de 2027, la question de l’immigration revient au cœur des débats politiques. Un des favoris des sondages, [l’ancien premier ministre et président du parti Horizons] Edouard Philippe, a d’ores et déjà esquissé un programme, qui reprend notamment le slogan sarkozyste d’« immigration choisie ». Nul doute que des propositions similaires vont émerger dans les mois à venir.
Si le débat est essentiel, il risque d’être entravé par l’ignorance sur le sujet. Un grand nombre d’études révèlent en effet que les citoyens méconnaissent les réalités migratoires. Les Français estiment par exemple que la population française compte 23 % d’immigrés, alors même que le chiffre réel est de 13 % [Ipsos, 2023]. En Europe, les sondés évaluent de même la part d’immigrés à 16,7 % de la population, contre 7,2 % en réalité [Eurobaromètre, 2018].
En outre, selon 57 % des Français, les immigrés en situation irrégulière seraient plus nombreux que ceux en situation régulière [YouGov, 2025], ce qui n’est pas du tout le cas : la France compte entre 450 000 et 800 000 sans-papiers, sur une population d’immigrés de 7,7 millions de personnes [Insee, 2024]. Les situations d’irrégularité sont donc de l’ordre de 10 %. Pour ce qui est de la religion, les Français évaluent à 28 % la part de la population musulmane en France [Ipsos, 2023], alors que l’estimation la plus fréquente est de 7 % ou 8 %.
Ces biais ne sont pas sans conséquences. Ils peuvent exacerber les crispations identitaires et renforcer le rejet des immigrés, les attitudes racistes ou discriminatoires, voire les violences à leur encontre. Alors que l’immigration peut s’avérer nécessaire pour des raisons démographiques ou économiques, ils compromettent la prospérité du pays en empêchant des politiques plus ouvertes.
Mais surtout, ces biais dénaturent le débat et favorisent des politiques publiques tout aussi biaisées. Ils conduisent par exemple les électeurs à exiger toujours plus de fermeté : selon un décompte du Figaro, près de 30 lois ont ainsi été adoptées en France depuis 1980 pour contrôler les flux migratoires ; sans pour autant que cet objectif semble atteint, ni que cela apaise le débat. Pour qu’une démocratie fonctionne, il est nécessaire que les citoyens disposent d’une compréhension minimale des enjeux sur lesquels ils sont amenés à se prononcer. Dans le cas contraire, le débat démocratique débouche sur des politiques inefficaces, voire contreproductives, alimentant une perte de confiance dans l’action publique et une surenchère vers les extrêmes.
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Source:
www.lemonde.fr

