« Le drame du Mali interroge directement les échecs de l’armée française au Sahel »

La perte de la ville de Kidal et l’assassinat du numéro deux de la junte militaire marquent une étape importante dans les nombreux conflits qui déchirent le Mali. En effet, les djihadistes, autrefois combattus par la France, ont franchi un saut qualitatif en s’alliant aux séparatistes touareg et en se disant prêts à monter une coalition avec l’opposition malienne. Beaucoup d’analystes s’inquiètent donc d’une éventuelle chute de Bamako, même si, contrairement au cas syrien, les insurgés n’ont pas encore fait la preuve de leur capacité à se substituer à un Etat défaillant et à proposer une véritable alternative de gouvernement dans les zones rurales qu’ils prétendent administrer.

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L’échec, en l’occurrence, est russe et pas seulement malien. Le départ humiliant des mercenaires de l’Africa Corps [l’organisation paramilitaire qui a succédé au groupe Wagner], escortés par les djihadistes pour fuir Kidal, a marqué les esprits. Il constitue une belle revanche pour les rebelles touareg qui avaient dû évacuer ce fief séparatiste en 2023, lorsque les hommes de Wagner s’étaient emparés de la localité. Mais comment en aurait-il pu être autrement ?

Dès le départ, il était en effet inconcevable qu’une poignée de mercenaires russes puisse réellement prendre le relais d’une dizaine de milliers de casques bleus et de 5 000 soldats français déployés dans le cadre de l’opération « Barkhane » (2014-2022). Gangrenée par la corruption et l’indiscipline, l’armée malienne, elle, n’a jamais été professionnelle. Structurellement, elle s’est toujours caractérisée par une grande impunité lorsqu’il s’agissait de sanctionner des coups d’Etat, des mutineries, des détournements de fonds ou des violations massives des droits de l’homme qui ont eu pour résultat d’exacerber les conflits et de pousser des jeunes dans les rangs des rebelles pour échapper à l’arrestation arbitraire et à l’exécution extrajudiciaire.

La poursuite de l’opération « Barkhane » et de la coopération internationale aurait-elle alors pu enrayer la poussée des djihadistes vers Bamako ? Rien n’est moins sûr tant les défis de l’Etat malien sont immenses. Aujourd’hui, les revers de Bamako interrogent notamment un impensé de l’opération « Barkhane », à savoir l’échec des coopérations militaires de la France avec des armées africaines qui, à terme, sont censées assumer seules la défense de leurs pays. La question est d’autant plus brûlante que la situation du Mali donne le sentiment d’un énorme gâchis, avec, au final, un constat des plus amers : tout ça pour ça ?

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Source:

www.lemonde.fr

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