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La méthanisation est-elle une solution pour produire de l’énergie propre ? OnVousRépond Climat


Publié le 02/05/2026 18:05

Temps de lecture : 5min – vidéo : 1min

Les méthaniseurs sont des installations qui fabriquent du gaz, à partir de nos déchets alimentaires ou des résidus de l’agriculture. Mais quel est leur impact environnemental ? Notre microbiologiste vous répond.

Connaissez-vous le méthane ? Dans la vie courante, on l’appelle tout simplement « gaz », mais aussi gaz de ville, ou gaz naturel : si vous êtes raccordé au réseau de votre commune, c’est lui qui arrive jusque chez vous par le tuyau de votre gazinière ou de votre chaudière. Mais attention : bien qu’il s’agisse toujours de la même formule chimique (en l’occurrence CH4), il y a méthane et méthane…

Le plus souvent, ce méthane est une énergie fossile : comme le pétrole, il est extrait de gisements souterrains. Nos premiers fournisseurs sont devenus en 2022 les États-Unis et la Norvège, tendance confirmée en 2025, la France cherchant à réduire sa dépendance au gaz russe.

Mais depuis quelques années, ce méthane peut aussi être fabriqué en France ! Grâce à des installations qui ressemblent un peu à des raffineries, et qu’on appelle méthaniseurs.

Ces usines ont l’avantage d’utiliser comme matière première des substances très abondantes : les déchets alimentaires issus de nos poubelles domestiques, mélangés à des résidus agricoles, par exemple les déjections animales ou les parties inutilisées de certaines plantes, comme les chutes des épis de maïs. C’est pourquoi on le nomme biogaz, puisqu’il est issu d’organismes vivants, « bios » signifiant la vie en grec.

Imaginons par exemple le trajet d’une épluchure depuis votre cuisine. « Une plante », détaille le microbiologiste Marc-André Selosse, « capture du CO2 par photosynthèse » : c’est-à-dire que la carotte ou la pomme de terre, en poussant, absorbent le gaz carbonique de l’atmosphère. Puis, une fois votre poubelle arrivée jusqu’au centre de traitement, « on transforme la matière de la plante en méthane », en faisant fermenter les épluchures dans un méthaniseur.

Enfin, « ce méthane est brûlé » quand il revient dans notre cuisine par les tuyaux : en consumant ce gaz dans notre gazinière, « ça fait du CO2 », autrement dit on rejette certes dans l’atmosphère du gaz carbonique, mais uniquement la quantité que la carotte avait absorbée en poussant. Contrairement au méthane fossile extrait d’un gisement, le bilan est donc nul : on n’augmente pas le réchauffement climatique.

Le méthane est un gaz à effet de serre 25 fois plus efficace que le CO2

Marc-André Selosse, microbiologiste et professeur au Muséum d’histoire naturelle

Ainsi, fabriquer du gaz par méthanisation n’aurait que des avantages ? Hélas, ce n’est pas si simple… Tout d’abord, précise Marc-André Selosse, « il faut que le méthaniseur soit bien réglé, parce que s’il fuit, le méthane est un gaz à effet de serre 25 fois plus efficace que le CO2 » : il ne faut donc surtout pas qu’il se retrouve dans l’atmosphère. Mais il est vrai que ce problème des fuites existe aussi pour les installations de collecte des gisements souterrains de gaz naturel.

« Deuxième problème » ajoute le biologiste, « cette matière organique qu’on met dans le méthaniseur, on ne la remet pas dans les champs », alors qu’auparavant elles pouvaient servir d’engrais, par épandage. « Or les sols ont besoin de matière organique, parce que c’est ce qui les empêche de s’éroder ».

Depuis quelques années, on constate d’ailleurs que les sols agricoles ont tendance à se tasser, ce qui les rend plus vulnérables aux inondations puisqu’ils sont plus bas qu’auparavant. Et les pluies de plus en plus diluviennes du fait du réchauffement climatique ont aussi pour conséquence d’arracher la terre de surface. Des sols moins riches en matière organique ont aussi le défaut de moins bien retenir l’eau : les cultures sont plus vulnérables à la sécheresse, et le ruissellement des pluies déborde vers les habitations.

Bref, conclut Marc-André Selosse, « on ne pense pas assez aux besoins que nos sols ont de recevoir de la matière organique » : ce défaut de la méthanisation est d’ailleurs assez rarement cité. D’autant que « la matière organique dans les sols, c’est du carbone qui est stocké pour longtemps », qui donc ne repart pas dans l’atmosphère et permet de limiter le réchauffement climatique : un effet vertueux dont on est obligé de se passer si l’on envoie tous les déchets au méthaniseur…

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Source:

www.franceinfo.fr

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