Des sols contaminés par des armes et dépollués par des plantes : le travail de chercheurs français pourrait être utilisé en zone de guerre

Tout semble vide mais ce n’est pas un désert. La steppe de la plaine de la Crau (Bouches-du-Rhône) est riche en biodiversité. Sous un ciel immense, le mont Ventoux au loin, la piste file entre les herbes. Un berger marche à l’horizon, incliné par le vent parmi ses 3 000 moutons. Des avions de transport militaire s’élèvent de la base aérienne d’Istres. Proches de Marseille, les grues du port de Fos-sur-Mer découpent l’horizon vers le Sud. Tout semble loin, mais l’histoire est juste sous nos pieds.

« Attention au mistral en ouvrant la portière ! » Directeur de recherche au CNRS à l’université d’Avignon, Thierry Dutoit stoppe la voiture à l’intérieur d’une zone d’accès restreint. Dans la réserve naturelle des Coussouls de Crau, il faut se pencher pour admirer une flore minuscule. « Nous avons recensé jusqu’à 70 espèces de plantes à fleurs par mètre carré », explique le spécialiste de la restauration écologique. A un endroit précis pourtant, dans une zone de 30 mètres de diamètre entourée d’une clôture, la végétation est pauvre. La terre est presque nue entre les galets. Au centre, rien ne pousse depuis la fin de la seconde guerre mondiale. En 1947, l’armée y a brûlé des caisses de munitions obsolètes. L’incendie a pollué la terre.

Avant d’accéder au site, les scientifiques revêtent des combinaisons blanches. « Ce sol est surtout contaminé par du plomb, du cuivre, du cadmium, de l’arsenic et du zinc, indique Emma Leone, la doctorante en écotoxicologie qui étudie le site avec Thierry Dutoit. Avec 30,5 grammes de plomb par kilo de sol, nous sommes très au-dessus du seuil de sécurité environnemental. » C’est 6 000 fois plus que la concentration naturelle alentour. Entre les balles de fusils-mitrailleurs qui restent encore sur le sol, on observe de la mousse et des brachypodes rameux. Cette herbe locale résiste en milieu sec et pauvre. En provençal, on l’appelle la « baouque », l’herbe à moutons.

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Source:

www.lemonde.fr

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