Naya (toutes les personnes interrogées dans cet article ont souhaité garder l’anonymat) se souvient encore de la première fois qu’elle a pris « ce super-cachet ». C’était en octobre 2025. La jeune femme de 20 ans est installée sur une chaise, dans le salon de sa meilleure amie. Les téléphones sont hors de portée, le bureau est nickel, le planning calé au millimètre : tout est prêt pour travailler. Pourtant, depuis deux heures, l’étudiante en master d’affaires publiques dans une grande école reste bloquée devant son dossier, engluée dans un « brouillard mental » qui l’empêche de se concentrer.
Ses yeux guettent un petit comprimé blanc : du méthylphénidate, connu sous le nom commercial de Ritaline. C’est ce cachet que son amie, ayant un trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), avale lorsqu’elle doit se mettre au travail. « A chaque fois qu’elle en prenait, elle devenait hyperconcentrée », décrit Naya. Quand son amie lui en propose, elle hésite. Puis cède. Vingt minutes plus tard, le brouillard s’estompe, les idées s’alignent, et ce qui aurait pris deux jours se boucle en une seule soirée.
Naya a pris cette substance à trois reprises. « Dans mon école, l’exigence est constante. Dès que les rendus s’accumulent et que je décroche, je me tourne vers mon amie. Elle prend son traitement légalement, alors je lui en demande », raconte l’étudiante. Elle le sait pourtant : posséder ces comprimés sans ordonnance, tout comme les revendre, est illégal. La prescription de méthylphénidate est strictement encadrée, un diagnostic de TDAH doit avoir été établi par un spécialiste.
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Source:
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