Au cours de la promotion médiatique qui accompagne la sortie de son livre « En homme libre », Gabriel Attal met en avant un récit personnel, au risque de reléguer la politique au second plan.
Publié le 23/04/2026 06:01
Mis à jour le 23/04/2026 09:46
Temps de lecture : 6min
Gabriel Attal : sa famille, ses amours, ses emmerdes. Alors que l’ancien Premier ministre publie En homme libre, jeudi 23 avril, il multiplie les apparitions dans les médias pour en faire la promotion. A chacune de ces interventions, le patron de Renaissance revient longuement sur plusieurs épisodes de sa vie privée : les addictions de son père au jeu ou à la drogue, le clan qu’il forme avec sa mère et ses sœurs, ou encore son histoire d’amour faite d’allers et de retours avec Stéphane Séjourné, ancien ministre des Affaires étrangères, aujourd’hui commissaire européen.
Alors, exhibitionnisme forcené ou transparence nécessaire à l’ère des réseaux sociaux ? Franceinfo décrypte la stratégie de communication de Gabriel Attal, qui envisage une candidature à l’élection présidentielle 2027.
Avec la sortie de son premier ouvrage, Gabriel Attal se plie à une règle non écrite pour tout impétrant à l’Elysée. « Publier un livre, compte tenu de la noblesse que cela représente dans l’imaginaire français, est un instrument pour se présidentialiser », explique Raphaël Haddad, fondateur de l’agence de communication Mots-Clés, qui décrypte sur son compte Instagram les mots de l’actualité. Et il est de bon ton que ce type d’ouvrage comporte un volet autobiographique. « C’est un passage obligé car une élection présidentielle est la rencontre entre un homme ou une femme et un pays. Il y a toujours un moment de vérité où le storytelling devient indispensable, parce qu’il faut se présenter. Et ce que tu es va être l’incarnation de ce que tu proposes », ajoute Ariane Ahmadi, présidente de Kerman Consulting, un cabinet de conseil en communication politique.
Pour Prisca Thevenot, députée EPR des Hauts-de-Seine, ce passage biographique était une nécessité pour l’ancien Premier ministre. « Le retour que j’ai de mes déplacements, c’est que les gens connaissent Gabriel Attal à travers ses fonctions, mais qu’ils connaissent encore mal sa vie et sa personnalité », estime cette proche du patron de Renaissance. « Il est très médiatique mais les Français ne le connaissent pas bien. Je pense qu’il a raison de dire qui il est, ce qu’il a vécu, ce qu’est sa vie », renchérit un autre de ses soutiens, Pieyre-Alexandre Anglade, député EPR des Français de l’étranger.
Mais les confidences de Gabriel Attal sont-elles parfois trop intimes, par exemple lorsqu’il raconte sur TF1 ses problèmes de couple avec Stéphane Séjourné ? « C’est un peu pénible », commente une membre du gouvernement qui ne lui est pas favorable. « Aller chercher de la compassion des Français qui galèrent et expliquer que la vie est dure, alors qu’on est issue de la grande bourgeoisie parisienne, c’est un peu indécent et ce n’est pas un programme présidentiel », argumente-t-elle. « Ça ne veut pas dire qu’il n’a pas souffert, mais que sa souffrance est inaudible », poursuit-elle. « Ça me rend mal à l’aise. Quand on est candidat, il y a l’exigence non dite de devoir donner sa situation maritale, mais faut-il aller aussi loin ? », s’interroge aussi un proche d’Emmanuel Macron. « Avant on entrait en campagne avec des concepts ».
Raphaël Haddad est plus indulgent. « Gabriel Attal sait que travailler sa présidentiabilité, c’est fendre l’armure. Alors il fait feu de tout bois pour arriver à cet objectif », poursuit le spécialiste des mots de la politique. « Il a eu une carrière politique fulgurante. Il a besoin de reprendre la main sur son récit personnel ». « En France, on est un pays qui aime les résilients, les gens qui ont des blessures et qui se relèvent », estime Ariane Ahmadi. Mais cela peut ne pas suffire, selon la communicante politique : « Le seul problème, c’est que si ce n’est pas soutenu par une vision politique, cela reste au niveau de la presse people. Le fait que son père soit addict ne dit rien de son projet politique. »
A travers sa vie personnelle – et notamment son désir d’avoir un enfant via la gestation pour autrui (GPA) – Gabriel Attal envoie cependant des signaux sur son positionnement à gauche de l’échiquier politique sur les questions sociétales. Sa vie devient alors un manifeste politique, presque un slogan de campagne. « Ça ne résume pas un programme, mais ça permet de comprendre des positions politiques. Raconter qui il est, ça permet d’avoir une lecture plus éclairée du projet qu’il a pour le pays », assure Prisca Thevenot. « Il fait bien de se dévoiler un peu pour expliquer ses combats et ses convictions », abonde Pieyre-Alexandre Anglade.
Le passage de Gabriel Attal à « C à vous », sur France 5, mardi soir, illustre ce positionnement. L’ancien Premier ministre évoque « un torrent d’homophobie qui se déverse depuis la publication des premiers extraits de son livre ». « Ça me révolte que cela existe en 2026, même si la France est plus forte et plus tolérante que cela », poursuit-il, promettant de lutter contre ces discriminations. « Nous assumons d’être progressifs sur les enjeux de société », traduit immédiatement en élément de langage politique Prisca Thevenot, ancienne porte-parole du gouvernement. « En dénonçant l’homophobie dont il a été victime, Gabriel Attal tente de faire de son vécu une cause politique. Le risque est qu’il ne s’adresse qu’à sa communauté sur les réseaux sociaux et à l’audience de ces talk-show, plutôt CSP+… Mais ce n’est pas toute la France », relativise Ariane Ahmadi.
Sa tournée de promotion obéit cependant à un objectif à plus court terme. « Les chiffres de vente du livre sont un enjeu pour Gabriel Attal », décrypte une responsable de communication du milieu politique, évoquant le succès du premier livre de Jordan Bardella. « Et son éditeur, comme lui-même, a bien compris que pour faire vendre, il vaut mieux parler de soi que de développer tout un catalogue de propositions politiques », poursuit-elle. L’entourage de Gabriel Attal promet que la politique va vite reprendre ses droits sur la vie privée, avec l’organisation d’un grand meeting à Paris, le 30 mai, qui sera précédé de déplacements dans le reste de la France.
Source:
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