Les mains croisées sur un livre ouvert, derrière le bureau présidentiel – le « Resolute Desk » –, Donald Trump s’est livré à un exercice peu commun. Pendant 2 mn 30, mardi 21 avril, le président républicain a récité un passage de la Bible devant les caméras, dans le cadre d’une « lecture marathon » de l’intégralité du texte organisée par une association évangélique conservatrice pour marquer les 250 ans de l’indépendance des États-Unis.
Près de 500 personnalités participent à l’opération, appelée « l’Amérique lit la Bible », qui se déroule jusqu’au samedi 25 avril au musée de la Bible à Washington. Donald Trump a pris la parole dans une vidéo préenregistrée diffusée entre les interventions de Jason Hershey, fondateur d’une organisation chrétienne connue pour sa tente dressée sur le Mall, le parc mythique de la capitale, et Ben Carson, l’ancien chirurgien devenu le ministre du logement pendant la première présidence Trump.
D’un débit rapide et parfois difficile à suivre, le président américain a lu un extrait du deuxième livre des Chroniques, dans l’Ancien Testament, comportant un verset controversé dans le contexte actuel : « Si mon peuple, sur qui est prononcé mon nom, s’incline et prie, s’il recherche ma face et revient de sa conduite mauvaise, moi, j’écouterai depuis les cieux, je pardonnerai son péché et je guérirai son pays. »
Identité chrétienne des États-Unis
Ce passage, qui porte sur la promesse faite par Dieu au roi Salomon de bénir son peuple après l’achèvement du Temple, est souvent cité dans des événements religieux et politiques pour mettre en avant l’identité chrétienne des États-Unis. Un usage contesté par les chrétiens progressistes américains, selon lesquels le verset ne s’applique pas à leur pays.
La participation de Donald Trump au marathon de lecture avait des allures d’opération de réconciliation pour le locataire de la Maison-Blanche. Il s’est récemment attiré les foudres de nombreux partisans chrétiens après une passe d’armes avec le pape Léon XIV au sujet de la guerre en Iran et après avoir posté une image générée par intelligence artificielle le dépeignant en figure christique – un geste jugé blasphématoire.
Donald Trump a un rapport compliqué avec la Bible. Tout en l’ayant décrite comme son « livre préféré », il a été mis dans l’embarras par des journalistes de la chaîne Bloomberg qui l’ont interrogé en 2016 sur ses versets favoris. « Êtes-vous plutôt Nouveau ou Ancien Testament ? », lui a aussi demandé l’un des présentateurs. « Probablement les deux, de manière égale », a répondu le candidat, gêné. Dans un autre entretien, il a toutefois déclaré qu’il aimait l’expression « œil pour œil » issue de l’Ancien Testament.
« C’est exactement ce pour quoi j’ai voté »
Les réactions à la lecture de mardi ont été mitigées. Jeune influenceur politique chrétien qui avait critiqué Donald Trump pour son mème sur Jésus, Brilyn Hollyhand l’a applaudi : « C’est exactement ce pour quoi j’ai voté », a-t-il écrit sur le réseau X, tandis que d’autres ont parlé de moment historique. Si des passages de la Bible sont souvent cités par les présidents, c’est la première fois qu’une telle lecture est faite par un occupant du Bureau ovale, depuis le cœur du pouvoir.
Les détracteurs du milliardaire ont évoqué, eux, une opération politique qui ronge un peu plus la séparation de l’Église et de l’État au moment où le gouvernement met en place des mesures pour favoriser l’expression de la foi dans les administrations et mobilise un vocabulaire religieux pour justifier la guerre en Iran.
D’autres ont prétendu que Donald Trump lisait la Bible pour la première fois. « Le président n’est pas vraiment familier des Écritures, mais il a encouragé les Américains à les adopter pour la modique somme de 59,99 dollars », a ironisé le journaliste de CNN Anderson Cooper, critique notoire du républicain, en référence aux Bibles vendues avec le soutien de Donald Trump en 2024.
Source:
www.la-croix.com


