La nouvelle salve contre Amazon ne vient pas d’une rumeur de marché, mais d’un dossier judiciaire. La source originelle de l’information se trouve dans les pièces déclassifiées de la procédure engagée en 2022 par le procureur général de Californie, Rob Bonta, ainsi que dans le communiqué de son bureau.
L’État accuse le groupe d’avoir travaillé avec des fournisseurs et des enseignes concurrentes pour relever des prix de vente en ligne et empêcher qu’Amazon ait à s’aligner sur des offres moins chères.
Derrière le « prix bas », un pilotage des tarifs
Selon le bureau du procureur général de Californie, la découverte de la procédure ferait apparaître des interactions répétées où Amazon demande à des vendeurs de corriger, comprendre ou faire remonter des prix repérés chez d’autres distributeurs. Le schéma se révèle simple : hausse demandée, menace de restriction promotionnelle ou retrait du produit, puis réalignement. Plusieurs cas de figure ont été présentés à la cour, portant sur des pantalons kaki, de l’engrais, des gouttes ophtalmiques ou des friandises pour chiens.
Citons également Walmart, qui avait inquiété Amazon en raison d’un tarif plus bas pratiqué sur un pantalon Dockers – intervention de la firme et hop !, le futal remontait à 29,99 dollars. Mais le dossier montre qu’on ne s’arrête pas là : produits de jardin, décoration et animalerie sont frappés.
Rob Bonta résume l’enjeu ainsi : « Il s’agit de protéger les Californiens contre des prix plus élevés qu’ils ne devraient l’être pour des produits du quotidien. » Amazon, de son côté, affirme, selon Reuters, être « constamment identifié comme le distributeur en ligne aux prix les plus bas aux États-Unis ».
Dans le livre, un vieux contentieux reprend corps
Pour l’édition, l’affaire dépasse le seul commerce généraliste. ActuaLitté rappelait déjà en février que la Californie cherchait une injonction préliminaire contre des pratiques assimilées à un mécanisme de fixation des prix. Le média soulignait aussi, en 2024, l’intervention de l’American Booksellers Association dans la grande procédure antitrust américaine, les libraires indépendants imputant à Amazon des pratiques commerciales agressives et un usage croissant de sa puissance d’achat face aux éditeurs.
Cette continuité éclaire le secteur du livre numérique. Dès 2017, Amazon avait supprimé au Japon une clause de parité tarifaire après intervention de l’autorité de concurrence, clause qui permettait au groupe d’exiger un alignement sur les prix affichés par d’autres libraires en ligne.
Le contentieux californien ne porte pas sur le livre, mais il remet au premier plan une même question : jusqu’où une plateforme dominante peut-elle imposer ses conditions de prix à l’ensemble de ses partenaires commerciaux ?
Amazon reste l’unique défendeur dans cette procédure californienne. L’audience sur la demande d’injonction est fixée au 23 juillet 2026 et le procès au fond au 19 janvier 2027.
Crédits photo : ActuaLitté, CC BY SA 4.0
Par Clément SolymContact : cs@actualitte.com
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