En détenant le mastodonte Hachette, numéro un français des livres, le milliardaire pèse pour près de la moitié du chiffre d’affaires annuel du secteur. Décryptage de l’empire Bolloré, alors que le Festival du livre de Paris a ouvert ses portes.
Publié le 18/04/2026 07:10
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Vous avez sans doute dans votre bibliothèque au moins un livre édité par Vincent Bolloré. Ces derniers mois, le milliardaire ultraconservateur a tissé sa toile dans le monde des lettres, jusqu’à créer un empire tentaculaire. S’il ne possède pas directement des maisons d’édition, il contrôle de grands groupes éditoriaux via Vivendi, qui eux-mêmes regroupent des marques emblématiques, dont vous feuilletez certainement les pages régulièrement. Fayard ? C’est lui. Stock ? Encore lui. Calmann-Lévy ? Toujours lui. Le Routard, que vous glissez dans votre valise ? Aussi.
En réalité, l’influence de l’industriel sur l’édition passe surtout par Hachette, le numéro un français, sur lequel il a mis la main fin 2023. A l’occasion du Festival du livre, qui a ouvert ses portes au public vendredi 17 avril, franceinfo vous propose de visualiser la tentaculaire galaxie Bolloré dans le petit monde de l’édition.
Même plus de deux ans après, le rachat de Hachette continue de profondément chambouler le monde de l’édition : car derrière ces prises de contrôle surgissent souvent des limogeages ou des reprises en main du grand patron breton. Aujourd’hui intégrée dans l’empire Bolloré, la mythique maison Fayard a vécu ces bouleversements.
Dernier remous : l’annonce il y a quelques jours du départ surprise d’Oliver Nora de la tête de Grasset, autre prestigieuse marque de la filiale Hachette. En soutien, plusieurs grandes plumes, dont Virginie Despentes, Sorj Chalandon ou Frédéric Beigbeder ont choisi de faire leurs cartons et de résilier leurs contrats.
« L’enjeu dépasse largement le monde littéraire. La diversité des catalogues, le pluralisme des opinions et de la création, le respect de la liberté éditoriale constituent des principes essentiels pour que perdure la démocratie », écrivent dans une tribune plusieurs grands éditeurs dont Antoine Gallimard et Françoise Nyssen, émus par le sort réservé à leur confrère.
Le départ d’Olivier Nora de Grasset « est une préoccupation », a également réagi Vincent Montagne, président du Syndicat national de l’édition. « C’est toujours le choix d’un patron de groupe de changer le patron d’une maison d’édition, ça existe en permanence, mais on a trouvé, tous d’ailleurs, que cette rapidité, cette brutalité étaient une forme d’incompréhension », a-t-il expliqué sur France Inter.
La crise chez Grasset est telle qu’Emmanuel Macron en personne l’a évoquée, vendredi, en se rendant dans les allées du Festival du livre de Paris. Il a jugé « très important d’exprimer » et de « défendre » le « pluralisme éditorial ». « En France, on reste attaché à tout ce qui fait notre force d’ailleurs, la liberté des auteurs, leur qualité, le rôle de l’éditeur », a aussi souligné le chef de l’Etat.
L’empire Bolloré dans le monde de l’édition écrase tout. Dans le classement 2024 réalisé par le magazine professionnel Livres hebdo, c’est Hachette qui tenait toujours (et de très loin) le haut du pavé, avec un chiffre d’affaires de 2,873 milliards d’euros (dont une grosse part réalisée à l’international). Il surclassait le groupe Editis (deuxième avec 773 millions), Média Participations (troisième avec 697 millions), Madrigall (630 millions) et le groupe Lefebvre (555 millions).
En 2024, le groupe Hachette représentait près de la moitié du chiffre d’affaires annuel du secteur de l’édition : il pesait pour 42%, contre 11,3% pour Editis et 10,2% pour Média Participations.
Et l’année 2025 a également été financièrement fructueuse pour Hachette Livre. Mi-février, le mastodonte français annonçait avoir franchi le cap des 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires pour l’an dernier, selon Livres Hebdo. « Tous ces résultats confirment la pertinence du modèle stratégique de Louis Hachette Group et renforcent notre volonté de poursuivre notre politique d’allocation de capital exigeante et créatrice de valeur, portée par les performances robustes et la complémentarité de nos activités », se félicitait Jean-Christophe Thiery, le PDG de Louis Hachette Group.
Parmi les succès de vente : Astérix en Lusitanie, Le Secret des secrets, de Dan Brown, Journal d’un prisonnier de Nicolas Sarkozy, Un avenir radieux, de Pierre Lemaitre. Ces ouvrages ont beau comporter les logos Albert René, JC Lattès, Fayard ou Calmann-Lévy, ils appartiennent tous au groupe de Vincent Bolloré.
Source:
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