Dans la [mac]room, espace expérimental du musée, Louisa Babari déploie un ensemble d’images et de formes où archives et créations contemporaines se répondent. L’exposition poursuit un travail engagé avec l’institution, qui a acquis en 2024 Journal d’un étudiant algérien à Moscou, construit à partir d’archives familiales retraçant un parcours entre Alger et l’Union soviétique dans les années 1960 et 1970.
Les pièces réunies dans AFRICA associent photographies, collages et photomontages. Elles convoquent des fragments d’histoire, des documents et des figures recomposées, sans hiérarchie entre sources savantes et matériaux personnels. L’ensemble s’organise comme un champ d’images où les temporalités se superposent.
À partir de septembre 2026, une autre dimension du projet se déploie hors les murs. Voix Publiques prend la forme d’une installation sonore destinée à l’espace public. Des textes poétiques issus de pays africains de la Méditerranée, notamment d’Algérie, y sont diffusés dans la ville.
Figures anciennes, images recomposées
Le titre de l’exposition renvoie à Africa Ifri ou Ifru, figure mythologique berbère associée au feu, à la guerre, à la fertilité et au commerce. Cette référence ouvre une interrogation sur l’origine du mot « Africa » et sur son élargissement progressif à l’ensemble du continent.
Dans les images, des silhouettes de cavaliers et cavalières apparaissent, aux côtés de lions de Barbarie et de chevaux Barbes. Ces figures, issues de recherches consacrées aux civilisations berbère et numide dans l’espace algérien, circulent d’une œuvre à l’autre. Elles composent un bestiaire et un ensemble de motifs qui structurent le parcours.
Le nom même de l’artiste, lié à une tribu originaire des Aurès, devient un point d’ancrage. À partir de cette origine, Louisa Babari fait surgir des correspondances entre histoire, langue et images. L’exposition articule ainsi des sources multiples, sans en fixer le statut.

Un projet en écho, entre Marseille et Troyes
Le travail présenté à Marseille trouve un prolongement au Centre d’art contemporain Passages à Troyes, où une autre exposition se tient du 30 mai au 14 août 2026. Ce second ensemble prend appui sur une histoire familiale partagée entre la Russie et l’Algérie, dans un contexte marqué par les guerres d’indépendance.
Une publication accompagne ces deux expositions. Intitulée BBR-AFRICA, elle rassemble archives familiales, photographies documentaires et photo-collages. Les textes qui l’accompagnent sont proposés en français, en anglais et en arabe algérien.
La création sonore Voix Publiques est réalisée avec les étudiants du Conservatoire Pierre Barbizet à Marseille, en lien avec le centre d’art Rhizome à Alger et le Campus Art Méditerranée.
Une autre trajectoire : Moscou – Alger
Née en 1969 à Moscou, Louisa Babari grandit entre la Russie et l’Algérie. Elle suit des études à l’Institut d’Études politiques de Paris et à l’Institut national des langues et civilisations orientales, où elle se forme aux études contemporaines et au cinéma.
Son travail réunit vidéo, photographie, installation sonore, dessin et sculpture. Il aborde les transformations esthétiques et sociales dans les anciens pays socialistes ainsi que les luttes d’indépendance. Les œuvres font dialoguer contextes historiques et formes contemporaines.
Depuis 2015, elle développe des recherches sur l’architecture et l’histoire du bâti en Algérie, puis dans d’autres territoires africains, avant de poursuivre ce travail au Vietnam. Elle y photographie notamment la transformation des villages côtiers.
Crédits photo : Louisa Babari, AFRICA ©Louisa Babari 2026
Par Ewen BertonContact : eb@actualitte.com
Source:
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