Apple n'échappe pas à l'épidémie de livres poubelles écrits par IA

Joanna Stern ne décolère pas : elle aurait repéré sur Apple Books une dizaine de livres numériques imitant sont propre ouvrage I Am Not a Robot, peu après sa parution. Couvertures voisines, titre repris, nom de l’autrice mal orthographié : la plateforme a supprimé les références signalées, avant que d’autres ne surgissent, mais cette partie de cache-cache met les règles à rude épreuve, autant qu’elle éprouve la confiance des lecteurs.

Le livre s’intitule I Am Not a Robot, l’ironie n’échappera donc à personne : le titre s’est rapidement découvert une famille foisonnante quand deux semaines après la publication (chez HarperCollins), Joanna Stern a dénombré plus d’une dizaine d’imitations.

L’essai relate une année durant laquelle cette journaliste spécialisée dans les technologies a laissé des outils d’IA s’immiscer dans son quotidien — tâches domestiques, santé, déplacements familiaux — afin d’en éprouver les promesses et les limites. Alors, l’ironie, passe encore. Mais que les contrefaçons dupent le lectorat qui se les procure en toute bonne foi devenait plus problématique.

Repérer, retirer, recommencer

Dans son enquête publiée le 26 juin par The New Things, l’autrice montre Joanna Stern On I Am Not A Robot, attribué à Sophie Mercer, et une version portée au crédit de « Joana Stern » — avec un seul « n ». Même palette bleue, jaune et rouge que l’original, intitulés voisins : l’air de famille ne tenait pas du hasard. La plupart coûtaient 9,99 $, certains jusqu’à 20,99 $.

Stern en a acheté plusieurs. D’après sa lecture, le volume signé Sophie Mercer était un résumé généré par IA, calqué sur les chapitres et l’organisation de son propre texte. Son équipe n’a retrouvé ni cette prétendue autrice — sinon comme personnage de la série Warrior — ni l’éditeur « Apex Press ».

Alerté en mai, Apple a supprimé les fiches signalées. Fin juin, au moins trois nouvelles imitations étaient revenues ; elles semblaient avoir disparu à leur tour lorsque l’enquête a été publiée. La vidéo de Stern, rappelle l’image de l’hydre dont les têtes repoussent sans fin : la plateforme supprime les textes fautifs identifiés, mais d’autres les remplacent rapidement.

D’autant que son cas n’avait rien d’un phénomène isolé. La journaliste a identifié des publications ressemblant à Famesick, de Lena Dunham, ainsi qu’à Future Rich Person, de Haley Sacks. Certaines copies de ce dernier ouvrage employaient des portraits générés par IA évoquant les traits de la véritable autrice. « Le vrai problème, ici, c’est la tromperie du consommateur. Si quelqu’un recherche un best-seller, peut-il être certain d’acheter le bon livre ? », interroge Stern.

Une porte-parole lui a indiqué qu’Apple Books « interdit strictement les contenus qui trompent les clients ou portent atteinte au droit d’auteur ». La société dit enquêter sur les éditeurs qui téléversent de nombreux ouvrages susceptibles de tromper les acheteurs ou d’exploiter la propriété intellectuelle d’autrui. Elle n’a pas commenté davantage.

À ce titre, les directives officielles d’Apple Books imposent la mention « AI Generated by » lorsqu’une part substantielle d’un volume a été produite par un outil génératif, avec indication de la méthode dans sa description. L’assistance à la recherche, à la correction ou à l’idéation n’a pas à être déclarée. Les métadonnées et couvertures, elles, ne doivent pas induire le public en erreur.

La règle existe donc sur le papier — et même dans les métadonnées. Elle n’a pas empêché ces références d’arriver jusqu’au rayon. Lorsque la réclamation intervient, la firme contacte généralement le fournisseur tiers et demande de traiter directement le litige avec le titulaire des droits.

Les plateformes apprennent à dire non

Apple ne découvre pas seule les joies de la publication industrielle. Stern a acheté sur Amazon deux cahiers d’exercices inspirés de son texte, vendus 15 $ pièce : quelques questions générales, puis des pages lignées. L’entreprise les a retirés. Sur Kindle Direct Publishing, tout contenu créé par IA doit être déclaré, texte, image ou traduction ; cette information n’est toutefois pas rendue publique au moment de l’achat.

Chez Rakuten Kobo, le filtre intervient en amont. En 2025, l’entreprise a refusé 45 % des titres autoédités soumis à Kobo Writing Life. Selon son directeur général Michael Tamblyn, plus de 80 % de ces rejets tenaient à des textes qu’il jugeait manifestement générés par IA et de très faible qualité. Faute de volume total et de protocole publiés, ces chiffres mesurent une politique de sélection, non toute l’autoédition.

Lorsque ces dépôts visent les premiers lecteurs, l’enjeu se corse. La prolifération d’albums jeunesse générés par IA engage la qualité des textes et images proposés aux enfants, la confiance des parents et la transparence du point de vente.

Quant à Joanna Stern, elle attend toujours les explications d’Apple sur le sujet. 

Crédits photo : CC BY-SA 4.0 / ActuaLitté

Par Clément SolymContact : cs@actualitte.com


Source:

actualitte.com

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