AccueilOpinionDes manuscrits ensevelis...

Des manuscrits ensevelis il y a 2.000 ans par le Vésuve enfin déchiffrés par l'intelligence artificielle

Il y a près de 2.000 ans, l’éruption du Vésuve a enseveli une vaste collection de rouleaux antiques sous des couches de cendres, les transformant en blocs noirs et fragiles. Longtemps considérés comme illisibles, ces documents connaissent aujourd’hui une seconde vie grâce aux technologies modernes. Des chercheurs sont ainsi parvenus à lire certains de ces textes sans même avoir à les dérouler physiquement.

Un article de Live Science explique que cette avancée majeure s’inscrit dans le cadre du «Vesuvius Challenge», une initiative internationale visant à décrypter numériquement les rouleaux conservés après la destruction de Pompéi et d’Herculanum en l’an 79. Le 25 juin, des spécialistes ont annoncé avoir virtuellement déroulé une partie significative d’un rouleau baptisé «PHerc. 1667», révélant environ 1,5 mètre de texte grec continu réparti sur 20 colonnes.

Dans le même temps, un second rouleau, «PHerc. 172», a livré plus de 70 colonnes de texte supplémentaires. Ces découvertes marquent un tournant dans l’étude de ces manuscrits anciens, longtemps restés physiquement préservés mais inaccessibles. Selon Brent Seales, cofondateur du projet et informaticien, ces résultats sont le fruit d’années de travail mêlant imagerie avancée, intelligence artificielle et recherche académique.

Pour parvenir à ces résultats, les chercheurs ont utilisé un synchrotron, une machine capable de produire des rayons X extrêmement puissants. Cette technologie permet de visualiser l’intérieur des rouleaux et de détecter l’encre utilisée par les Romains, ce qui était tout à fait invisible à l’œil nu. Les images obtenues ont ensuite été analysées par des papyrologues, qui interprètent et traduisent les textes.

Un traité stoïcien

Le rouleau «PHerc. 1667» n’était pas totalement inconnu: une tentative d’ouverture physique avait été réalisée dans les années 1980, mais les couches de papyrus superposées rendaient la lecture impossible, au point que le document avait été jugé totalement illisible. La lecture numérique a permis de surmonter cet obstacle sans endommager davantage le manuscrit.

L’analyse de l’écriture et du contenu suggère que ce rouleau remonte au IIᵉ ou IIIᵉ siècle avant notre ère, ce qui en fait l’un des plus anciens de la collection d’Herculanum. Cette datation exclut qu’il soit l’œuvre du philosophe épicurien Philodème de Gadara, pourtant largement représenté dans cette bibliothèque antique.

Les experts estiment plutôt que le texte correspond à un traité stoïcien portant sur l’éthique et le comportement humain. Il mentionne notamment Aristocréon, neveu et disciple du philosophe Chrysippe, figure majeure du stoïcisme. Comme très peu d’écrits de Chrysippe ont survécu, cette découverte pourrait enrichir considérablement la connaissance de cette école philosophique.

Une autre avancée concerne le rouleau «PHerc. 139», dans lequel les chercheurs ont identifié un nouveau titre d’ouvrage. Celui-ci fait référence au huitième livre de Sur les dieux, de Philodème, révélant que cette œuvre s’étendait sur au moins huit volumes. Avec plus de 600 rouleaux encore non ouverts, les scientifiques espèrent que ces méthodes permettront de dévoiler d’autres trésors enfouis, issus peut-être de la villa ayant appartenu au beau-père de Jules César.


Source:

www.slate.fr

Articles similaires

Annonce publicitairespot_img