Jordan Bardella va devoir batailler sur deux fronts à la fois. Quelques jours avant la décision cruciale de la cour d’appel de Paris sur l’inéligibilité de Marine Le Pen, le président du Rassemblement national se retrouve cette fois directement dans le viseur de la justice.
Perquisitions chez ses prestataires de communication, ouverture annoncée d’une information judiciaire le visant personnellement : la tempête judiciaire qui frappe son parti depuis des mois rattrape désormais l’héritier de la présidence du RN. Sur X, il dénonce une opération aux relents électoraux, à une semaine d’un verdict capital pour son mouvement.
Des perquisitions coordonnées dans toute l’Europe
Le parquet européen a confirmé à l’AFP que des perquisitions étaient bien en cours en France, mais également en Espagne, en Italie et en Belgique. Ces opérations s’inscrivent dans une enquête ouverte en juillet 2025 et portent sur d’éventuels détournements de fonds européens par le groupe d’eurodéputés Identité et démocratie (ID), au sein duquel siégeait le Rassemblement national entre 2019 et 2024. Selon les informations du Monde, l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales aurait coordonné les perquisitions, avec l’appui d’autres services.
Le parquet européen, organe indépendant de l’Union européenne institué en 2021 et chargé de lutter contre la fraude aux fonds communautaires, a indiqué mener « actuellement des mesures d’enquête en France et dans d’autres pays européens dans le cadre d’une enquête en cours portant sur l’usage de fonds européens par un ancien groupe politique du Parlement européen entre 2019 et 2024 ». L’institution n’a toutefois pas souhaité détailler davantage la procédure, « afin de ne pas compromettre l’issue de la procédure en cours ».
Jordan Bardella, de son côté, a tenu à minimiser la portée de ces opérations sur X : « Comme à chaque fois, les procédures judiciaires annoncent le calendrier électoral. Nous n’avons rien à nous reprocher, et nous le montrerons. » Une réaction partagée par le député RN Jean-Philippe Tanguy, qui a dénoncé sur BFMTV « une manipulation politique », jugeant « troublant » que cette affaire ressurgisse « à une semaine du délibéré de l’appel de Marine Le Pen ».
Depuis tôt ce matin, des perquisitions sont en cours aux sièges et aux domiciles personnels de prestataires de communication ayant travaillé avec nous.
Dans le même temps, Le Canard enchaîné nous apprend également l’ouverture prochaine d’une information judiciaire me…
— Jordan Bardella (@J_Bardella) June 30, 2026
Bardella visé par une information judiciaire pour de possibles faux documents
Au-delà du volet européen, c’est une autre procédure qui place directement Jordan Bardella dans une position délicate comme le révèle Le Canard Enchaîné. Le président du RN a lui-même confirmé l’information de nos confrères, toujours sur X, l’ouverture prochaine d’une information judiciaire le concernant, faisant suite à une plainte déposée par l’association anticorruption Anticor. Cette plainte porte sur un emploi qu’il a occupé « il y a bientôt douze ans » au Parlement européen, durant quelques mois.
Selon les éléments rapportés, Anticor estime que Jordan Bardella devrait s’expliquer sur la réalité de ses activités pendant les quatre mois et demi, en 2015, où il a été assistant parlementaire de l’eurodéputé Jean-François Jalkh.
L’association demande aussi qu’un magistrat instructeur enquête spécifiquement sur d’éventuels faux concernant les documents produits par le compagnon de Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles et ses proches pour attester de ce travail. La nomination d’un juge d’instruction, si elle se décide, ouvrirait un nouveau front judiciaire pour le parti.
Un détournement présumé de 4,33 millions d’euros
Sur le volet européen, l’enquête porte sur un montant de 4,33 millions d’euros que le groupe Identité et démocratie aurait « indûment dépensés » entre 2019 et 2024, d’après le rapport initial de la direction des affaires financières du Parlement européen.
Les perquisitions de ce mardi viseraient notamment Paul-Alexandre Martin, identifié comme le principal prestataire du RN. Contactée par Le Monde, une source proche du dossier a indiqué qu’aucune demande officielle du parquet européen n’avait, à ce stade, été reçue par les responsables concernés, tout en assurant qu’une coopération de bonne foi serait apportée le cas échéant.
Il convient de rappeler que ces procédures n’en sont qu’à un stade d’enquête et que les personnes visées bénéficient de la présomption d’innocence.
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