L’information, confirmée par Olivier Labbé dans un entretien à Magcentre, vient clore plusieurs années d’incertitude : le fonds était en vente depuis trois ans.
Le repreneur devra toutefois travailler avec un format plus resserré. La librairie perdra un étage, tandis que la presse et le rayon CD/DVD disparaîtront. Le projet se recentre donc sur le livre, dans une logique de viabilité économique. Pour Olivier Labbé, il s’agit d’ouvrir « un nouveau chapitre après presque 200 ans d’histoire ».
Un euro symbolique
La sauvegarde de la librairie repose sur un montage volontairement allégé. Olivier Labbé indique avoir cédé le fonds de commerce pour « un euro symbolique », alors qu’il l’avait lui-même acheté 400.000 euros à l’origine, et accepté un loyer très bas afin de permettre au repreneur de démarrer dans de bonnes conditions. Des discussions se poursuivent également avec Territoires Développement Centre-Val de Loire autour du bâti.
Le dossier a mobilisé plusieurs acteurs locaux, notamment la CCI de Loir-et-Cher et Agglopolys. L’enjeu dépasse la simple continuité commerciale : huit salariés doivent conserver leur emploi. Pour l’ancien propriétaire, qui a tenu la librairie pendant 34 ans, la priorité est désormais que la transmission se fasse sans rupture.
Installée en centre-ville depuis 1837, la librairie avait été reprise en 1973 par Simone Labbé, après avoir appartenu à la famille Vannier. Dans une ville moyenne comme Blois, la disparition d’une telle adresse aurait signifié bien plus que la fermeture d’un magasin : la perte d’un lieu de prescription, de passage et de fidélité lectrice.
La librairie occupait 750 m² répartis sur cinq étages, avec ascenseur, parquets anciens, plafonds en bois et caves voûtées en pierre. À cette surface de vente s’ajoutaient 120 m² de bureaux, réserves et espace de pause. Reprise en 1992 par Catherine et Olivier Labbé, deuxième génération familiale aux commandes, elle était devenue la seule librairie de son secteur.
Blois garde sa librairie historique
Mais l’équilibre économique s’était fortement dégradé. Olivier Labbé avait expliqué que la trésorerie avait chuté de 200.000 euros en deux ans, avec une accélération du mouvement. À 63 ans, il préférait anticiper la fermeture plutôt que de risquer un passage devant le tribunal de commerce. La décision devait entraîner le licenciement de onze salariés à la fin du mois de juin.
Le libraire pointait plusieurs causes : la concurrence de l’Espace culturel E.Leclerc voisin, l’arrivée récente d’un Cultura dans la zone d’activité de Vineuil, mais aussi une conjoncture nationale défavorable pour le livre en 2025, la baisse du pouvoir d’achat, la progression des commandes en ligne et le recul de la fréquentation des commerces de centre-ville.
Aujourd’hui, Olivier Labbé plaide pour un rééquilibrage entre éditeurs et libraires : moins de retours d’invendus, davantage de remises pour améliorer la rentabilité. Il doute en revanche que le livre d’occasion puisse sauver les librairies indépendantes, les marges y étant encore plus faibles.
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Son avertissement vise les éditeurs : si les librairies disparaissent, ils devront négocier avec des réseaux beaucoup plus concentrés. À Blois, la librairie Labbé ne rouvrira pas tout à fait comme avant, mais elle rouvrira. Après près de deux siècles d’existence, c’est déjà l’essentiel.
Crédits photo : Blois (Daniel Jolivet, CC BY 2.0)
Par Hocine BouhadjeraContact : hb@actualitte.com
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