Publié le 07/06/2026 18:46
Mis à jour le 07/06/2026 18:46
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En meeting dans la ville dirigée depuis mars par Bally Bagayoko, le quadruple candidat à la présidentielle a notamment tendu la main au reste de la gauche. Ses troupes défendent un adoucissement de ses déclarations, pour tenter de rassembler et accéder au second tour.
« On ne voit rien, mais on est content ! » Aux abords de la place Victor-Hugo de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), Frédéric sourit face à la foule qui se densifie devant lui, dimanche 7 juin, en ce début d’après-midi. Derrière lui se trouve l’estrade sur laquelle Jean-Luc Mélenchon est venu lancer sa campagne, un mois après l’annonce de sa candidature à une quatrième élection présidentielle. Entre la mairie de la ville et la nécropole des rois de France, le leader de La France insoumise a donné le coup d’envoi de sa conquête de l’Elysée.
A Saint-Denis, ville dirigée depuis mars par l’insoumis Bally Bagayoko, Jean-Luc Mélenchon y croit dur comme fer : « Pour une fois, les étoiles sont alignées. » Lors de son discours de plus d’une heure, le candidat insoumis n’a pas prêté le flanc à des accusations d’antisémitisme en prononçant de manière erronée des noms de personnalités de confession juive (Jeffrey Epstein ou Raphaël Glucksmann), comme ce fut le cas de lors de la campagne des municipales.
Au contraire, il s’est livré à plusieurs traits d’humour avec un public acquis à sa cause. Frédéric en est sûr : depuis qu’il est officiellement candidat, le tribun de 74 ans « a une parole de présidentiable. Moi je suis pour la rupture, je l’aime quand il est cassant », s’amuse le militant du Loiret, animateur d’un « groupe d’action » à Angers, l’équivalent des sections dans les autres partis.
A côté de lui, son ami François, lui aussi militant angevin de La France insoumise, n’est pas d’accord : « Ce sont surtout les journalistes qui sont moins agressifs avec lui. Ils se sont rendu compte que ça le faisait monter dans les sondages. »
« Les journalistes ont compris que le bashing n’était pas suffisant. »
François, militant de La France insoumiseà franceinfo
Depuis l’officialisation de la candidature, les enquêtes d’opinion – à prendre avec beaucoup de précaution à dix mois de l’échéance – sont souvent mises en avant par le mouvement pour vanter un début de campagne prometteur. Elles placent pour l’instant le candidat en meilleure position qu’en 2011, 2016 et 2021.
Pour certains soutiens de Jean-Luc Mélenchon, qui a répété ses grands axes de campagne sur la défense de la Sécurité sociale, la VIe République ou encore la « décolonisation numérique », le changement de ton de l’insoumis n’est pas inédit. « Comme à chaque début de campagne, il y a une inflexion de la communication de Jean-Luc Mélenchon, c’est très clair », assure Maël, collaborateur parlementaire d’Elise Leboucher, députée de la Sarthe. « Il y a cinq ans, il était déjà en mode ‘campagne' », prolonge Claude, qui s' »engueulerai[t] » malgré tout avec le leader de La France insoumise, « un peu autoritaire » à ses yeux.
Ces dernières semaines, Jean-Luc Mélenchon a privilégié des interventions médiatiques plus longues qu’à l’accoutumée, notamment sur Brut ou Radio Nova. « La réaction à l’actualité et le commentaire, c’est plutôt nous qui allons les faire. C’est la deuxième ligne qui va aller rendre les coups et en donner d’autres », affirmait un cadre insoumis.
« Quel intérêt pour Jean-Luc Mélenchon de faire sept minutes d’interview en matinale, dont deux sur des polémiques ? »
Un cadre de La France insoumiseà franceinfo
Malgré l’adoucissement de la communication de Jean-Luc Mélenchon, son rapport aux « médias traditionnels » semble toujours aussi tendu. Les insultes ont beau avoir cessé depuis quelques semaines, la méfiance reste de mise, avec des conférences de presse réservées aux « nouveaux médias » sans accréditation. « On ne leur doit rien », balaie le cadre cité plus haut. Faut-il moins parler aux radios, aux télévisions et à la presse écrite pendant cette campagne, alors que les soutiens de LFI croient plus que jamais au second tour ? « Il faut davantage travailler à leur indépendance plutôt que de s’en passer. Je comprends le fait d’aller sur tous les plateaux », reconnaît Anne, une jeune sympathisante.
« Les affaires que la sphère médiatico-politique va pouvoir sortir peuvent jouer. Il faut qu’on s’attende au pire », veut croire François. « Il a adouci son discours, mais il était tellement attaqué, et il l’est encore, de façon innommable », s’insurge Marie-Christine, pour qui « il faut que les gens arrêtent de regarder les chaînes grand public, faites pour attiser la haine ». La défiance ne quittera pas le camp de La France insoumise, pour les médias ou les instituts de sondages, avec qui le mouvement souffle le chaud et le froid.
Mais les enquêtes d’opinion poussent de nombreux militants à se poser la question : la dernière tentative de l’ancien ministre du gouvernement Jospin lui permettra-t-elle d’accéder pour la première fois au second tour ? « Je pense qu’ils ont adopté l’attitude de gens responsables, prêts à gouverner », assure Claude, septuagénaire d’Orléans, dont c’est le « premier grand meeting ». Ce sympathisant estime que Jean-Luc Mélenchon « a intérêt à avoir une posture plus présidentielle, car tu t’adresses à tout le monde ». Et plus seulement à une base, certes nombreuse et rapidement mobilisée, mais pas forcément suffisante pour se qualifier en finale au printemps 2027.
C’est ce que laisse poindre le discours de Jean-Luc Mélenchon, beaucoup moins offensif à l’égard de ses rivaux de gauche que lors des municipales. « Je m’adresse à tous ceux qui m’interrogent avant une élection. Qui que vous soyez, dans quelque parti que vous soyez, surtout si c’est de gauche, vous ne pouvez pas dire, si malheur arrive : ‘Je ne savais pas’. (…) Depuis Saint-Denis, tout est à notre portée », a-t-il conclu devant une foule qui ne demande qu’à y croire.
Source:
www.franceinfo.fr


