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Découverte d'une nouvelle espèce de poulpe bleu

Sur le réseau social X, la photo d’un étrange petit poulpe bleu fait parler d’elle depuis quelques semaines. Sous la publication comptant près de 40.000 likes, les internautes le comparent à une peluche et s’extasient devant son adorable apparence. Mais derrière cet engouement, se cachent une prouesse méthodologique et une découverte scientifique bien plus complexe qu’il n’y paraît.

La nouvelle espèce de poulpe, nommée Microeledone galapagensis, a été formellement décrite dans une publication du 21 mai 2026 de la revue Zootaxa, par une équipe internationale menée par Janet Voight, spécialiste des céphalopodes au Field Museum de Chicago (Etats-Unis). Une classification tardive, étant donné que l’espèce a été observée pour la première fois en 2015 au large des îles Galápagos à presque 1800 mètres de profondeur. C’est en effet lors d’une expédition océanographique menée par la fondation américaine Charles Darwin, à bord d’un navire de recherche, que le spécimen a été repéré puis collecté. À de telles profondeurs, aucune plongée humaine n’est possible : l’animal a donc été observé grâce à un robot sous-marin téléguidé, équipé de caméras et de bras manipulateurs capables de prélever avec doigté des organismes fragiles sur le fond marin.

« Il est clair qu’il était spécial »

« En un coup d’œil, il apparaissait clairement que ce poulpe était spécial, raconte Janet Voight à Sciences et Avenir, en se remémorant la première fois qu’elle a vu l’animal, en 2016. C’était un animal petit, de la taille d’une balle de golf, avec des bras courts et trapus, une coloration frappante, très éloigné des espèces habituellement observées dans les eaux peu profondes.” Mais entre cette première observation et la publication, près de 10 ans s’écoulent. “Comme il avait été collecté dans le parc naturel national des Galápagos, des lois très strictes encadraient l’exportation de spécimens, explique la zoologue. Il a fallu plusieurs années pour compléter toutes les exigences administratives. Puis, un jour, j’ai reçu un mail m’annonçant que la pieuvre était en route par avion. Elle arrivait enfin !”

Une fois entre les mains des chercheurs, et ayant été bien conservé depuis sa collecte, il était enfin temps d’en apprendre plus sur le spécimen. Mais Janet Voight avait déjà pressenti tout l’enjeu de cette découverte, et n’a pas tout de suite procédé aux expérimentations habituelles. “J’ai fait une première incision pour examiner certaines structures, comme les branchies, mais je ne voulais pas aller plus loin, explique-t-elle. Bien que le poulpe soit déjà mort, je ne voulais pas l’endommager, l’idée était de préserver un spécimen unique. Mais il fallait tout de même accéder aux informations anatomiques nécessaires pour en apprendre plus.”

Une méthodologie minutieuse

C’est ici qu’intervient l’utilisation innovante d’une technologie déjà bien connue. Afin de conserver et ne pas disséquer le spécimen, les chercheurs ont opté pour l’utilisation de la micro-tomodensitométrie (micro-CT), une technique d’imagerie à rayons X à très haute résolution qui permet de visualiser l’intérieur d’un organisme sans le découper. Concrètement, l’animal est placé dans un scanner, qui réalise alors une série de radiographies sous différents angles. Ces centaines, voire des milliers, de coupes virtuelles sont ensuite assemblées pour reconstruire un modèle tridimensionnel extrêmement précis. “Le spécimen a été placé dans le scanner, et une sorte de jumeau virtuel complet a été généré, précise Janet Voight. Après cela, toutes les étapes ont été réalisées in silico, c’est-à-dire sur ordinateur.”

Grâce à cette méthode, les chercheurs ont ainsi pu minutieusement étudier l’animal. “Nous avons utilisé les images pour identifier les organes internes, qui sont essentiels pour la classification du spécimen, souligne la zoologue. Car chez les céphalopodes, comme chez de nombreux animaux, ce sont souvent des caractères anatomiques internes, invisibles de l’extérieur, qui permettent de distinguer formellement une espèce d’une autre.”

Pour Janet Voight, cette découverte n’est en réalité que la partie visible de l’iceberg. “Nous ne savons tout simplement pas ce qui se trouve dans les profondeurs, insiste-t-elle. Dans ces milieux encore largement inexplorés, plus de 90% des espèces pourraient être nouvelles pour la science !”


Source:

www.sciencesetavenir.fr

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