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Michael Jackson biopic : pourquoi les accusations d’abus sexuels n’y sont pas

Le Michael Jackson biopic d’Antoine Fuqua, sorti en France le 22 avril, ne dit rien des accusations d’abus sexuels qui ont accompagné le chanteur jusqu’à sa mort.

Le scénario d’origine s’ouvrait pourtant sur l’affaire Jordan Chandler — il a fallu retourner une partie du film en 2024 quand l’équipe a découvert qu’un règlement de 20 millions de dollars conclu en 1994 interdisait toute mise en scène de l’épisode.

En 2024, l’équipe créative derrière le Michael Jackson biopic a reçu la nouvelle que toutes les productions hollywoodiennes redoutent : il fallait refaire des scènes. Beaucoup de scènes. Annoncé en 2022, retardé par les grèves de 2023, le film d’Antoine Fuqua avait enfin commencé son tournage en janvier 2024, et la photographie principale s’était achevée quelques mois plus tard. Les reshoots ne sont pas rares, mais plutôt que d’ajouter ou de remanier quelques séquences, Michael avait besoin d’une refonte drastique.

L’histoire ne fonctionnait pas. Pas à cause d’une intrigue alambiquée ou de personnages mal écrits. Le film qu’avait livré le réalisateur Antoine Fuqua constituait plutôt une bombe juridique géante, en violation des termes d’un règlement conclu avec l’un des garçons qui avaient accusé Michael Jackson d’abus sexuels.

Une clause de 20 millions de dollars qui a tout changé

En 1993, Jordan Chandler accuse le Roi de la Pop d’attouchements. Les accusations déclenchent une enquête du Los Angeles Police Department, et la famille Chandler porte plainte. Jackson finit par conclure un accord avec les Chandler en 1994, pour environ 20 millions de dollars, après quoi la famille cesse de coopérer avec la police et l’affaire est classée sans poursuites pénales. (Jackson a constamment nié les accusations de Chandler, ainsi que toutes celles qui ont suivi.)

L’affaire Chandler était au cœur du film original de Fuqua, selon plusieurs sources. Mais il s’est avéré que les termes du règlement avec la famille interdisaient toute représentation dramatisée des événements liés aux accusations. Auprès du New York Times, Larry Feldman, l’avocat de Chandler qui avait négocié l’accord, a précisé que celui-ci stipulait que « aucune des deux parties n’était autorisée à publier ou communiquer ce qui s’est passé, sauf dans la mesure où la famille Chandler pouvait parler à la police et témoigner sous serment ».

Quand on lui a appris que Fuqua avait non seulement intégré l’affaire Chandler à sa première version du film, mais qu’il y dépeignait largement Jackson comme la victime d’un stratagème d’extorsion mené par le père de Chandler, Feldman a répondu : « C’est exactement ce qu’ils ne pouvaient pas faire. »

Un tournage refait à l’automne 2024

Fuqua et l’équipe créative du Michael Jackson biopic — dont le scénariste John Logan et le producteur principal Graham King — auraient découvert l’existence du règlement à l’automne 2024. En novembre de la même année, on apprenait que la sortie du film était reportée d’avril 2025 à octobre 2025, sans qu’aucune raison ne soit donnée.

En janvier 2025, Puck a révélé pour la première fois que le retard était lié à l’arc Chandler. Le média indiquait que la clause du règlement Chandler avait été découverte après un article du Financial Times publié en septembre 2024, qui révélait pour la première fois de nouveaux paiements transactionnels effectués par la succession Jackson en 2020 à un autre groupe d’accusateurs. (Ces versements semblent liés aux accusations portées par les frères et sœurs Cascio, dont les allégations contre Jackson sont devenues publiques plus tôt cette année. La succession Jackson a démenti.)

Selon Puck, le scénario original du Michael commençait et se terminait sur l’affaire Chandler, en faisant la colonne vertébrale narrative du film et le cœur de son troisième acte. Fuqua avait même tourné une séquence d’action entière reconstituant la fameuse perquisition de 1993 au ranch de Neverland, qui avait culminé avec des policiers procédant à une fouille à nu de Jackson pour examiner ses parties génitales et les comparer à la description faite par Chandler. « J’ai filmé sa mise à nu, traité comme un animal, comme un monstre », a confié Fuqua au New Yorker.

Tout en disant ne pas savoir si les accusations contre Jackson étaient fondées, le réalisateur a exprimé son scepticisme à l’égard des accusateurs. Le père de Chandler, Evan, avait par exemple menacé à plusieurs reprises de « détruire » Jackson lors de conversations téléphoniques enregistrées en secret. (Evan s’est suicidé en 2009, peu après la mort de Jackson.) « Parfois », a déclaré Fuqua, « les gens font des choses pas très propres pour de l’argent. »

Fuqua a aussi suggéré qu’il existait souvent un deux poids deux mesures pour les artistes noirs comme Jackson. « Quand j’entends des choses sur nous — les Noirs en particulier, surtout dans une certaine position —, il y a toujours un temps d’arrêt », a-t-il dit, en rappelant qu’Elvis avait rencontré sa femme Priscilla quand elle avait 14 ans, et qu’ils avaient commencé à vivre ensemble quand elle en avait 17.

Pourquoi les autres accusateurs ne figurent pas dans le Michael Jackson biopic

Chandler n’a évidemment pas été le seul jeune garçon à porter des accusations contre Jackson. En 2003, Jackson est arrêté puis poursuivi pour des faits d’abus présumés sur Gavin Arvizo, alors âgé de 13 ans. Le procès, ouvert en 2005, a duré trois mois et s’est soldé par l’acquittement de Jackson sur l’ensemble des chefs.

Puis, en 2013 et 2014 — soit plusieurs années après la mort de Jackson —, Wade Robson et James Safechuck attaquent en justice la succession Jackson, accusant la pop star de les avoir agressés sexuellement quand ils étaient enfants. Les deux plaintes sont rejetées en 2017 pour cause de prescription, mais une modification de la loi californienne en 2020 permet leur réactivation. Après plusieurs appels, leur procès commun est désormais programmé pour novembre prochain. (Robson et Safechuck étaient également les principaux protagonistes du documentaire de 2019, Leaving Neverland.)

Plus récemment, en février, quatre frères et sœurs adultes — Frank, Dominic, Marie-Nicole et Aldo Cascio — ont attaqué en justice la succession Jackson, qualifiant le chanteur de « prédateur d’enfants en série qui, sur plus d’une décennie, a drogué, violé et agressé sexuellement chacun des plaignants, dont certains avaient à peine sept ou huit ans au début des faits ».

Plutôt que d’affronter quoi que ce soit de tout cela, le Michael Jackson biopic, à l’affiche dans les salles françaises depuis le 22 avril, choisit ostensiblement de s’arrêter en 1988, au milieu de la tournée Bad et plusieurs années avant les premières accusations. Colman Domingo — qui incarne Joe Jackson, le patriarche-manager autoritaire de la famille — s’est exprimé sur le sujet lors d’un récent passage dans Today, expliquant que le film se concentre « sur la fabrication de Michael ». Il l’a décrit comme « un portrait intime de qui Michael est… vu à travers ses yeux ». Domingo a aussi évoqué la possibilité d’une suite qui « pourrait traiter d’autres choses qui sont arrivées par la suite ». Et de fait, on imagine sans peine une partie deux moins centrée sur la musique et davantage sur le procès de 2005, en mode courtroom drama. Tout cela suppose toutefois de répondre à une question majeure : la succession Jackson a-t-elle réellement envie d’aller sur ce terrain ?

Les premières critiques du Michael Jackson biopic n’ont pas été tendres : « Ce n’est pas vraiment un biopic », a écrit David Fear, critique cinéma de Rolling Stone. « C’est la Passion de saint Michael, restituée avec une grande fidélité et une emphase à la fois sur la souffrance indéniable de Jackson et sur son talent tout aussi indéniable. » Mais l’enthousiasme des fans pour Jackson, lui, n’a jamais faibli. Les premières projections de box-office indiquent que Michael est en passe de devenir un carton commercial, ce qui assure que le Roi de la Pop continuera de régner.

Par Jon Blistein

Traduit par la rédaction.


Source:

www.rollingstone.fr

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