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Après les "Piigs" des années 2010, voici les "Bif": désignés nouveaux "cancres" de l'Europe, ces 3 pays dont la France paient cher leur indiscipline budgétaire depuis le début de la guerre au Moyen-Orient

Considérés comme les plus mauvais gestionnaires d’Europe, les « Bif » ont remplacé les « Piigs », selon le Financial Times. Avec une croissance molle, une dette et un déficit élevés, la Grande-Bretagne, l’Italie et la France ont vu leurs coûts d’emprunt bondir depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. Mais leur situation n’a encore rien à voir avec celles des anciens « pays du club Med » lors de la crise des années 2010.

Ils étaient perçus comme les cancres de l’Europe au plus fort de la crise des dettes souveraines du début des années 2010. Ceux qu’on disait incapables de gérer sérieusement leurs finances publiques, au point d’être affublés à l’époque d’un surnom peu flatteur: les Piigs (« pigs » signifie « cochons » en anglais).

Derrière cet acronyme: le Portugal, l’Irlande, l’Italie, la Grèce et l’Espagne. Des pays en très mauvaise posture financière à l’époque mais qui, pour la plupart, sont parvenus à redresser leurs comptes ces dernières années tout en affichant parfois une croissance insolente, au prix néanmoins de douloureuses réformes structurelles.

Tout le contraire de la Grande-Bretagne, de la France et -toujours- de l’Italie qui endossent aujourd’hui le rôle de nouveaux mauvais élèves de l’Europe, d’après le Financial Times. Oubliez les « Piigs », ce sont désormais les « Bif » -pour Britain, Italy, France- qu’il faut pointer du doigt, juge le quotidien britannique, citant Craig Inches, responsable des taux et des liquidités chez Royal London Asset Management, à l’origine de ce nouveau surnom.

Parmi les principaux marchés obligataires européens, ce sont effectivement ces trois pays qui ont vu leurs coûts d’emprunts bondir le plus fortement depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient. Signe d’une confiance dégradée des investisseurs, lesquels exigent une meilleure rémunération pour prêter à Paris, Londres et Rome compte tenu de leurs niveaux déjà élevés de déficit et/ou de dette au moment où le retour de l’inflation énergétique fait craindre un resserrement monétaire des banques centrales.

Le Royaume-Uni emprunte bien plus cher que la France malgré des finances publiques moins dégradées

« La crise ne fait qu’accentuer les fragilités » de ces pays, observe auprès de BFM Business Alexandre Baradez, chef analyste chez IG. À commencer par la Grande-Bretagne où « l’inflation a persisté plus longtemps » qu’en France et où les divisions politiques limitent, comme dans l’Hexagone cette fois, les marges du gouvernement pour engager des réformes en pronfondeur.

Mais le principal handicap des Britanniques est ailleurs: « La situation de nos finances publiques est plus détériorée que celle des Anglais mais, pour autant, ils empruntent plus cher que nous, à des taux beaucoup plus élevés, parce qu’ils sont sortis de l’Europe. Et dans ce monde-là, il faut se serrer les coudes à plusieurs, plutôt que d’être isolé face à Trump, Xi Jinping et Poutine », souligne sur BFM Business Jean-François Robin, directeur de la recherche chez Natixis.

L’Edito de Raphaël Legendre : Déficit, la revanche des PIIGS – 18/11

Le taux d’emprunt du Royaume-Uni à dix ans s’élève aujourd’hui à environ 4,90%*, contre 4,30% la veille des premières frappes israélo-américaines en Iran. Reflet des tensions, le pays a même vendu la semaine dernière un montant record ​d’obligations d’État à 10 ans au rendement le plus élevé depuis 2008, à 4,916%.

Malgré son déficit public de 5,1% du PIB, l’un des plus élevés de la zone euro, et sa dette équivalent à 115% de la richesse nationale, la France emprunte quant à elle bien moins cher (3,64% à 10 ans) que son voisin d’outre-Manche… et peut dire merci à la monnaie unique et à la discipline budgétaire de certaines de ses voisins. « S’il n’y avait pas des pays sérieux comme l’Allemagne (taux de 2,99%), on serait sur des niveaux anglais », prévient Alexandre Baradez.

L’Italie, un cas « un peu à part »

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, le taux d’intérêt français à 10 ans a tout de même grimpé de plus de 0,40 point de pourcentage et a atteint des niveaux jamais vus depuis 2009 alors que l’instabilité politique et l’incapacité du pays à réduire ses déficits continuent d’inquiéter les investisseurs. Le gouvernement a d’ailleurs déjà fait savoir que cette remontée des coûts d’emprunts représentait à date 3,6 milliards d’euros d’intérêts supplémentaires, ce qui porterait la charge de la dette en 2026 à 64 milliards d’euros.

Quant à l’Italie, il s’agit pour Alexandre Baradez d’un cas « un peu à part ». Certes sa dette rapportée au PIB est plus élevée que celle de la France (137%) mais Rome a fait des efforts ces dernières années et réussi à ramener son déficit public proche de l’objectif européen de 3%.

Reste que « l’Italie avait de bonnes raisons de s’astreindre à cette orthodoxie budgétaire peu coutumière parce qu’elle avait quand même dans le plan européen 60 milliards nets à recevoir si elle respectait un certain nombre de critères », rappelle sur BFM Business Éric Bertrand, directeur général d’Ofi Invest Asset Management.

Les Bif: une dette record et une croissance faible

Désormais, « une des craintes qu’on pourrait avoir pour l’Italie, c’est que l’effet du plan européen s’estompe, qu’il a été l’un des éléments permettant de baisser le déficit mais que les risques arrivent maintenant: on va retrouver une économie de croissance molle et en endettement élevé » sans réforme structurelle par ailleurs, abonde Alexandre Baradez. C’est sans doute pour cette raison que Rome emprunte encore aujourd’hui plus cher que la France (3,78% à 10 ans, +0,50 point depuis le début de la guerre).

Et c’est d’ailleurs le « point commun » des Bif, juge encore Alexandre Baradez: « un ratio de dette historique, un niveau de croissance modéré et, pour ce qui est surtout de la France et du Royaume-Uni, une incapacité à faire des réformes à cause de leur fragilité politique ». À cet égard, « on pourrait rajouter un ‘B’ avec la Belgique » dont le déficit atteint également plus de 5%, note Léa Dauphas, chef économiste chez TAC ECONOMICS. Pour elle, voir ces pays dans le viseur des investisseurs « n’est pas une surprise » mais cela reste « intéressant » de constater que « ce conflit au Moyen-Orient fait réémerger ces questions » de gestion des finances publiques.

Les conséquences économiques de la guerre restreignent en effet les marges déjà maigres des Bif qui ont pourtant l’ambition d’accroître leurs dépenses pour renforcer leur indépendance énergétique et leurs capacités de défense. Mais « si vous n’avez pas les moyens nécessaires au départ, vous allez subir une pression particulière » des marchés, prévient Craig Inches dans le Financial Times.

Une situation qui n’a rien de comparable à celle des Piigs

Gare néanmoins aux comparaisons trompeuses. Il serait largement « exagéré » de comparer la situation actuelle des Bif à celle des Piigs lors de la crise des dettes souveraines. « Dans les Piigs, il y avait notamment la Grèce qui était sur une trajectoire budgétaire sans commune mesure avec celle de la France, de l’Italie ou de l’Angleterre aujourd’hui », précise Alexandre Baradez. À l’époque, les doutes sur la soutenabilité des déficits et des dettes publiques des pays du sud étaient tels que le FMI a dû voler au secours d’Athènes et de Lisbonne mais aussi de Dublin.

La crise du début des années 2010 se caractérisait de surcroît par « une fragmentation plus importante, une disclocation complète des taux européens avec des niveaux de spreads (écart entre les taux souverains) jamais vus. Il y avait vraiment un risque existentiel pour la zone euro », poursuit le chef analyste d’IG. Ce n’est pas du tout le cas aujourd’hui. D’autant que les taux souverains ont augmenté dans tous les pays avec le déclenchement du conflit au Moyen-Orient: « On est plutôt dans une phase dans laquelle les écarts de taux en zone euro sont ressérés. L’écart entre le plus faible taux et le plus élevé est même moins important qu’en 2017 », note encore Alexandre Baradez.

Il n’empêche, une remontée des taux de la BCE pourrait accroître la pression sur les Bif. Cela pourrait advenir au second semestre si la hausse des prix de l’énergie se répercutait au reste de l’économie avec des effets de second tour (boucle prix-salaires). Mais pour Alexandre Baradez, ce scénario n’est pas le plus probable, encore moins à court terme. Selon lui, « le vrai risque est moins inflationniste qu’économique » alors que plusieurs pays dont la France, l’Italie, l’Angleterre mais aussi l’Allemagne ont déjà revu ou s’apprêtent à revoir leurs prévisions de croissance pour 2026 à la baisse.

*Relevé arrêté le 22 avril 2026.


Source:

www.bfmtv.com

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