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Entre promesses d'emplois et craintes pour l'environnement, un projet XXL d'élevage de saumons divise en Gironde

La société Pure Salmon veut implanter une usine au Verdon-sur-Mer, au bout de l’estuaire de la Gironde, pour produire 10 000 tonnes de saumon par an en créant 400 emplois.


Publié le 25/04/2026 14:04

Temps de lecture : 3min

Le futur site de mégaferme de saumons de Pure Salmon, à Verdon-sur-Mer, en Gironde. (CAROLINE FELIX / FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

Les opposants au projet de « mégaferme » de saumons de Pure Salmon en Gironde mettent la pression ce week-end. D’abord avec une chaîne humaine samedi 25 avril à Royan, en Charente-Maritime, puis dimanche, une manifestation organisée de l’autre côté de l’estuaire, au Verdon-sur-Mer. C’est là que doit s’implanter cet énorme projet d’aquaculture industrielle, à partir de l’an prochain, si le préfet donne son feu vert environnemental dans les prochaines semaines.

Financée par un fonds d’investissement singapourien, la société défend « un enjeu de souveraineté alimentaire », alors que 99% du saumon consommé en France est importé. La commission d’enquête publique a donné un avis favorable le mois dernier et le Nord-Médoc se trouve donc partagé entre promesse d’emplois et crainte de pollutions. À commencer par les poissonniers, muets comme des carpes sur le marché. Pas question d’aborder le sujet Pure Salmon devant les collègues, trop technique et trop clivant.

L’ex-vice-président de l’intercommunalité Franck Laporte, en revanche, en parle volontiers. Il a porté ce projet qui doit produire 10 000 tonnes de saumons par an, soit à terme, environ deux millions de poissons élevés dans une trentaine de bassins posés sur terre, alimentés par de l’eau en circuit fermée. « Le principal investissement dans cette opération, c’est l’usine de traitement des eaux, qui vont être utilisées pour l’élevage et retraitées en permanence », explique-t-il.

Une petite partie de cette eau sera rejetée dans l’estuaire après filtrage. Il y aura aussi des sites d’abattage, de fumage et de congélation, avec au moins 175 CDI locaux prévus à différents postes. « Pour l’élevage, il y a tout ce qui est alimentation, entretien des bassins… Et puis la transformation, soit en darne, soit en saumon fumé, soit en gâterie pour les chats », énumère Franck Laporte. Des emplois dont le Nord-Médoc a besoin, d’après Christophe, qui vend des olives sur le marché : « Il n’y a pas grand-chose sur le bord de la côte ici, aux niveaux des usines ou des grosses boîtes ». Mais il se questionne sur d’éventuelles pollutions, raison pour laquelle la majorité des habitants ont rejeté le projet lors de l’enquête publique.

C’est notamment le cas de Marc Porcheron, du collectif d’opposants La Fraie sauvage. « Le projet serait juste à notre droite, au confluent d’un parc régional et d’une zone Natura 2000 », désigne-t-il, sur une jolie plage du Verdon-sur-Mer. Il prend note de toutes les promesses de Pure Salmon, qui prévoit de prohiber antibiotiques ou OGM. Il pointe toutefois le fait que malgré le traitement des eaux, l’usine devra tout de même pomper 6 500 mètres cubes d’eau neuve chaque jour.

Marc Porcheron, du collectif La Fraie sauvage. (CAROLINE FELIX / FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

Marc Porcheron, du collectif La Fraie sauvage. (CAROLINE FELIX / FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

« Pour faire fonctionner ce système qui est extrêmement compliqué, il faut beaucoup d’énergie. Il faut aussi beaucoup d’eau, explique-t-il. Elle serait pompée juste au-dessus de la nappe phréatique, qui alimente toute la région en eau potable. » Marc Porcheron craint l’inconnu à long terme sur le traitement des eaux rejetées : « On est en train de s’engager sur l’installation d’un site absolument monstrueux, donc si jamais il y a un problème au niveau des rejets, ça va avoir un impact sur le milieu marin et l’estuaire, où des pêcheurs locaux continuent à travailler ». Même si Pure Salmon annonce une montée en charge progressive, « on n’y croit pas, balaye-t-il. Une fois que ces gens-là seront installés, il n’y aura plus de moyen de les contrôler. »

Autre crainte : que l’usine fasse fuir les touristes de cette petite station balnéaire. Deux promeneurs remontent la plage, en recherche d’un logement secondaire. Baptiste, venu de Paris, se méfie notamment du trafic des camions que cela pourrait engendrer. « C’est sûr qu’on ne viendra pas au Verdon si jamais ça se construit », lance-t-il. Le Parisien achètera alors à Soulac-sur-Mer, à quelques kilomètres plus au sud.

Mi-avril, la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, s’est dite opposée à ce projet de mégaferme. Malgré l’avis favorable de la commission d’enquête publique, le conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst) doit désormais donner son avis au cours des prochains mois, avant que le préfet délivre ou non une autorisation environnementale.


Source:

www.franceinfo.fr

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